Prix Nobel 2017

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/10/09/qui-sont-les-laureats-des-prix-nobel-2017-et-qu-ont-ils-fait_5198518_4355770.html#xtor=AL-32280270

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Dialogue social, entreprise et société (Le Monde, 20 Juin 2017)

Le Monde du 20/06/2017 par R.Hatchuel

Confondre entreprise et société rend le référendum complexe

La loi travail a introduit les référendums d’entreprise ; le nouveau gouvernement veut en étendre les applications. Ces consultations permettraient de valider des accords locaux dérogatoires aux conventions collectives. Mais elles conforteraient aussi, indéniablement, l’idée qu’une entreprise est une communauté de salariés solidaires et dotés d’un pouvoir de décision. Or, une telle représentation de l’entreprise est-elle réaliste ? A-t-elle même un fondement en droit ? A ces questions, le récent procès Lapeyre est venu spectaculairement répondre en rappelant que  » l’entreprise  » reste une notion de nature culturelle et que, du point de vue du droit, seule existe la  » société « .

1 700 salariés accusent
Il y a quelques jours, plus de 1 700 salariés des diverses sociétés du groupe Lapeyre ont accusé ce dernier de les avoir spoliés de leur part légale des bénéfices. Comment ? D’abord, en organisant le groupe en de multiples sociétés (un magasin ou un centre de production peut être une société autonome). Ensuite, en fixant les prix des échanges entre ces sociétés de façon que la grande majorité des bénéfices soit imputable à la société mère, qui n’a que très peu de salariés, quand le gros du personnel se trouve concentré dans des sociétés qui ne font que très peu de bénéfices.

Sans préjuger de l’issue juridique de cette affaire, on peut noter que le groupe Lapeyre ne nie pas les faits, mais rappelle que ces pratiques sont légales.

Or, ces architectures de sociétés posent au référendum d’entreprise une question oubliée. Supposons qu’un effort de productivité soit demandé contre un maintien de l’emploi : quel collectif de salariés consulter ? La loi et ses modalités d’application sont claires : c’est le fait d’avoir un même employeur qui définit le collectif de salariés. On confond ainsi  » l’entreprise  » avec le montage juridique qui définit la personne morale : à savoir la société anonyme. Or, ce montage peut répondre à de nombreux objectifs financiers et fiscaux. Et rien ne dit que sa vocation soit d’organiser une communauté de salariés, solidarisés par une activité créatrice profitable et offrant des perspectives communes.

Des chercheurs de disciplines diverses ont, depuis longtemps, attiré l’attention sur les dangers de la confusion entre entreprise et société, ainsi que sur l’absence de définition juridique de  » l’entreprise  » (L’entreprise, point aveugle du savoir, de Blanche Segrestin, Baudoin Roger, Stéphane Vernac, Editions sciences humaines, 2014).

Un collectif créateur
Car le droit ne connaît que la société et son avatar : l’employeur. Il faudrait donc parler d’un référendum de société et non d’entreprise. Mais le terme d' » entreprise  » est bien plus fédérateur. Plutôt qu’une assemblée d’actionnaires, il évoque un collectif créateur tendu vers la satisfaction de ses clients, développant des compétences et des règles communes de production. Un collectif, dirigé par un chef inventif et attentif à créer des bénéfices pour toutes les parties prenantes. Or, rien de tout cela n’existe, ni dans la lettre ni dans l’esprit du droit des sociétés.

Faut-il alors renvoyer aux seuls syndicats la responsabilité de refuser des référendums qui s’appuieraient sur un montage légal mais sans pertinence pour la solidarité demandée aux salariés ? Ne faut-il pas ajouter des garde-fous à la loi, pour que l’outil référendaire ne soit possible que s’il existe un collectif de salariés approprié ? Par exemple, en permettant la consultation de salariés provenant de plusieurs employeurs, mais qui forment en réalité une seule et même entreprise. Un tel référendum  » intersociétés  » s’approcherait, lui, d’une réelle logique d’entreprise.

Le référendum d’entreprise veut relancer le dialogue social et l’emploi. Mais il jette une lumière crue sur les lacunes d’un droit qui sait dire ce qu’est un référendum, mais pas ce qu’est une entreprise.

par Armand Hatchuel

L'évolution du pouvoir d'achat en France (Le Monde, 16 avril 2017)

Les candidats au défi de regonfler le pouvoir d’achat

Sujet de préoccupation majeur des Français, l’évolution du pouvoir d’achat est également au centre des propositions des prétendants à l’Elysée. Mais la notion, largement débattue, recouvre des réalités très différentes
C’est un classique des campagnes présidentielles, et le millésime 2017 ne fait pas exception. Avec les thèmes de l’emploi et du protectionnisme, le pouvoir d’achat revient comme un mantra dans la bouche de la majorité des prétendants à l’Elysée. Benoît Hamon (Parti socialiste) se pose en  » candidat de la feuille de paie « , reprenant une formule lancée par son concurrent Arnaud Montebourg pendant la primaire de la gauche, en janvier.  » Le vrai serial killer du pouvoir d’achat des Français, c’est Mme Le Pen avec la sortie de l’euro et le retour du franc « , avait taclé le 20 mars François Fillon, le candidat Les Républicains, accusé de présenter un programme défavorable aux plus modestes.

Il faut dire que les séquelles de la crise financière, couplées à une politique fiscale particulièrement douloureuse pour les ménages, ont à plusieurs reprises érodé les capacités financières des Français durant le quinquennat de François Hollande. Depuis deux ans, la situation s’améliore, mais le décalage entre les chiffres et la perception qu’en ont les citoyens n’a jamais semblé aussi criant. Quant aux économistes, ils mettent en garde contre les effets de la progressive remontée de l’inflation. Que reflète véritablement le pouvoir d’achat, et que disent, en la matière, les propositions des candidats de la société qu’ils souhaitent dessiner ? Tour d’horizon.

Qu’est-ce qui détermine le pouvoir d’achat ?
Pour beaucoup de Français, la notion paraît abstraite. Elle est souvent confondue avec le salaire ou le niveau de vie. Pourtant, la comptabilité nationale et l’Insee donnent une définition très précise du pouvoir d’achat : il s’agit de l’évolution du revenu disponible brut (RDB) des ménages, corrigé du prix de la dépense des ménages.  » Dit autrement, ce sont les revenus d’activité, comme les salaires ; les revenus du patrimoine, comme les loyers perçus et les dividendes ; les prestations sociales, comme les retraites et les allocations familiales ; auxquels on retire les impôts directs, les cotisations sociales et l’inflation « , précise Axelle Lacan, économiste chez CŒ-Rexecode.

Le pouvoir d’achat dépend en premier lieu du salaire, qui pèse plus 60 % du RDB. Autant dire que l’état du marché du travail a une influence déterminante en la matière. Il dépend également du lieu de vie, car les prix et loyers varient beaucoup selon les villes et régions. En outre, il est érodé par l’inflation lorsque celle-ci progresse à un rythme plus rapide que les salaires.

Pourquoi y a-t-il débat autour des chiffres du pouvoir d’achat ?
Parce qu’il n’en existe pas une seule mesure, mais au moins trois ! Or, chacune offre un tableau un peu différent. Lorsqu’ils veulent un panorama d’ensemble des évolutions en la matière, les économistes regardent ainsi le pouvoir d’achat global des Français.  » Mais cette mesure ne prend pas en compte la hausse de la population « , détaille Pascale Hébel, économiste spécialiste de la consommation au Crédoc. Ni l’évolution de la composition des ménages, marquée ces dernières années par le phénomène des  » décohabitations  » liées aux divorces.

Pour une mesure plus fine, ils se penchent donc sur le pouvoir d’achat par habitant. Ou mieux, par  » unité de consommation « , qui prend en considération le fait que la vie en commun permet de partager les dépenses. Au sein d’un foyer, le premier adulte compte ainsi pour une unité de consommation (UC), le second pour 0,5 UC, et chaque enfant de moins de 14 ans pour 0,3 UC. Le pouvoir d’achat global a ainsi progressé de 1,6 % en 2015 et 1,9 % en 2016, selon l’Insee, contre 1,2 % et 1,4 % pour celui par unité de consommation.

Pour se rapprocher un peu plus de la perception des ménages, les statisticiens ont également développé la notion de  » dépenses contraintes « , qui regroupe toutes les dépenses liées à des contrats difficiles à renégocier à court terme : assurances, frais de cantine, électricité… Leur part est passée de 12 % des dépenses en 1960 à près de 30 % aujourd’hui. Dès lors, le  » revenu arbitrable  » des ménages, autre indicateur de l’Insee, se mesure en enlevant du revenu disponible toutes ces dépenses préengagées.

Comment a-t-il évolué ces dernières années ?
Durant les vingt années qui ont précédé la crise financière (1988-2007), la hausse du pouvoir d’achat a été importante et régulière.  » Les ménages français ont gagné en moyenne 450 euros de pouvoir d’achat par an, et même 540 euros entre 1999 et 2007 « , calcule ainsi Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). En 2008, c’est la rupture. Mais le pouvoir d’achat se reprend en 2009-2010, au moment de la brève politique de relance en zone euro. En revanche, il continue à reculer par la suite :  » En 2014, les Français avaient en moyenne perdu 1 750 euros annuels par rapport à leur situation de 2010 « , souligne l’économiste de l’OFCE. En cause principalement, une forte hausse de la fiscalité pesant sur les ménages à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, puis sous celui de François Hollande. Mais également la baisse des revenus du travail (en fait, la hausse du chômage), qui n’était plus compensée par la hausse des prestations sociales.

Le rebond du pouvoir d’achat a été particulièrement important en 2015 et 2016, à la faveur du retour (relatif) de l’emploi et d’une inflation au plus bas, sur fond de prix de l’énergie très faibles. Mais l’écart avec le niveau de vie d’avant la crise n’a pas été comblé. En 2016, les ménages français touchaient toujours, en moyenne, 687 euros de moins par an qu’en 2008.  » Jusqu’alors, au contraire, les niveaux de vie avaient toujours augmenté d’une génération à l’autre « , pointe M. Plane. De quoi expliquer, aussi, la grogne de nos concitoyens en matière de pouvoir d’achat. Et rendre d’autant plus incongru, rétrospectivement, le succès de Nicolas Sarkozy en 2007 sur le thème du pouvoir d’achat, avec son slogan  » Travailler plus pour gagner plus « , alors même que celui-ci était alors particulièrement dynamique (+ 2,4 % de hausse du revenu disponible brut à fin 2006).

Pour cette année, le tableau s’assombrit de nouveau : l’Insee prévoit une remontée de l’inflation qui ne manquera pas d’éroder les gains de pouvoir d’achat des Français. D’autant que les salaires et les prestations sociales, indexés sur l’inflation passée, resteront modérés après trois années de stabilisation des prix.

Pourquoi ce décalage entre la perception des ménages et la réalité des chiffres ?
Lorsqu’on les interroge sur le sujet, les Français ont tendance à se montrer pessimistes. Selon le sondage Ipsos Sopra Steria diffusé le 30 mars, 81 % d’entre eux estiment que leur pouvoir d’achat a baissé au cours des dernières années. Ce n’est pourtant pas ce que montrent les chiffres !

Ce décalage tient en partie à notre caractère national, qui a plutôt tendance à voir le verre à moitié vide. Mais pas seulement.  » Il y a également un effet d’optique : on remarque toujours les prix qui montent, mais rarement ceux qui baissent « , explique Mme Hébel. A l’exemple des abonnements téléphoniques, dont les montants ont nettement chuté depuis le début des années 2000. S’ajoute à cela un effet  » qualité  » : dans l’indice des prix, les statisticiens suivent l’évolution des tarifs des produits à qualité constante. Mais lorsqu’ils achètent un ordinateur ou un téléviseur, les ménages, eux, se tournent en général vers le dernier modèle, qui a monté en gamme. Ils ne perçoivent donc pas la baisse de prix du modèle précédent…

 » La perception du pouvoir d’achat est également très corrélée avec l’évolution du chômage, note Mme Hébel. Quand ils constatent que des membres de leur entourage sont à la recherche d’un emploi, les Français ont plus de mal à reconnaître que leur propre pouvoir d’achat progresse « .

S’ajoute à cela le poids des dépenses préengagées. Mais aussi, une forme de pression sociale, poussant les consommateurs à acheter le tout dernier modèle d’iPhone ou le jean à la mode pour se conformer aux standards du moment… Et que beaucoup de personnes vivent comme une contrainte sur leur pouvoir d’achat.

Les prix ont-ils bondi avec l’euro ?
Non ! Et pourtant, beaucoup de particuliers sont toujours convaincus que l’inflation a flambé lors du passage à la monnaie unique (1999 pour les transactions financières, 2002 pour les pièces et billets).  » Il suffit pourtant de regarder les chiffres pour constater que ce n’est pas le cas, explique Olivier Chemla, économiste à l’Association française des entreprises privées (AFEP). Depuis 1999, les prix à la consommation ont progressé de 1,5 % par an en moyenne, contre 2,3 % entre 1986 et 1998.  » Et plus encore les années précédentes : en 1982, les prix ont flambé jusqu’à 13 %.

Seulement voilà : quelques étiquettes ont été arrondies à la hausse au début des années 2000, et beaucoup de ménages en ont tiré des généralités. La grande distribution a ainsi largement anticipé le passage à l’euro : en septembre 2001, les prix ont grimpé dans leurs rayons jusqu’à 6 %, selon l’Insee. Mais ils sont vite retombés par la suite, tandis que les prix des services et biens manufacturés, eux, sont restés très modérés. Reste que pour beaucoup de ménages, l’euro est resté le grand coupable de la valse de prix…

Le pouvoir d’achat suit-il la croissance économique ?
Pouvoir d’achat et croissance vont généralement de pair : en effet, le pouvoir d’achat détermine en grande partie la consommation, elle-même pilier de la croissance tricolore.  » En principe, la croissance alimente la hausse des salaires, de la productivité et de l’emploi, qui viennent soutenir les revenus des ménages « , abonde M. Plane, de l’OFCE.

En outre, les efforts du gouvernement peuvent permettre de pallier les phases de récession : ainsi, en 2009, au plus fort de la crise, alors que le PIB avait reculé de 2,9 %, le pouvoir d’achat a crû de 1,6 % grâce aux prestations sociales et aux baisses d’impôts. Mais ces chiffres cachent de fortes inégalités :  » Proportionnellement, l’inflation touche davantage les ménages les plus modestes – dont les dépenses contraintes représentent une part plus importante des revenus – . Quand elle repart, cela accroît donc les inégalités liées au pouvoir d’achat « , souligne Ludovic Subran, directeur de la recherche économique pour les assureurs Euler-Hermes et Allianz.

Que peut faire l’Etat pour soutenir le pouvoir d’achat ?
L’Etat peut jouer sur les prestations sociales, qui ont un rôle d’amortisseur.  » Elles représentent en moyenne 30 % du revenu disponible brut des Français « , rappelle M. Subran. La revalorisation des minima sociaux est d’ailleurs proposée par Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de La France insoumise souhaite également augmenter le smic de 16 %, à 1 326 euros nets mensuels.

La fiscalité constitue un autre levier. A cet égard, le  » choc fiscal  » entamé sous Nicolas Sarkozy et poursuivi durant le quinquennat qui s’achève a eu l’effet inverse.  » Cela s’apparente à une politique d’austérité : les Français ont eu le sentiment qu’on leur en a demandé beaucoup pendant la crise, alors qu’ils n’en étaient pas responsables « , assène M. Plane, qui a planché dans l’équipe d’Arnaud Montebourg durant la primaire à gauche, en janvier dernier.

Le pouvoir d’achat est d’ailleurs au cœur du programme du candidat du Parti socialiste, avec le revenu universel de base, transformé dans sa première étape en un gonflement du revenu de solidarité active (RSA) et le relèvement des salaires les plus bas. Emmanuel Macron, le candidat d’En marche !, entend jouer pour sa part sur la fiscalité immobilière en exonérant 80 % des Français de la taxe d’habitation, qualifiée  » d’impôt injuste « .

Autre piste : l' » enrichissement de la croissance en emplois « . Là-dessus, le gouvernement de François Hollande a été plus volontariste, avec des mesures comme le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui semblent selon les économistes avoir joué favorablement sur le nombre de créations de postes depuis deux ans. Enfin, les dépenses publiques dans les domaines de l’éducation ou de la santé peuvent également servir d’amortisseurs en cas de crise, et ainsi participer à soutenir le pouvoir d’achat.

Marie Charrel, et Audrey Tonnelier

La difficile lutte contre la déflation au Japon

Deux articles des Echos à propos de la déflation au Japon et de l’échec des politiques économiques pour en sortir:

Japon : inflation et consommation toujours en berne

Les Echos Le 27/12 à 08:09Mis à jour à 08:17

Baisse des prix et de la consommation pour le neuvième mois consécutif, légère remontée du chômage… L’économie japonaise est restée à la peine en novembre.

Quatre ans exactement après la mise en oeuvre des « Abenomics » et en dépit du vent d’optimisme qui a conduit récemment le gouvernement et la banque centrale à relever leurs anticipations sur l’activité , l’économie japonaise reste à la peine. Et les derniers chiffres publiés ce mardi continuent de dépeindre un tableau contrasté de l’état de santé de l’archipel.

A commencer par la situation des prix à la consommation, dont la faiblesse récurrente est au centre de l’action du gouvernement de Shinzo Abe. En novembre, hors produits périssables, les prix à la consommation ont affiché leur neuvième mois de repli en rythme annuel. Affichant, tout comme en octobre, une baisse de 0,4% sur 12 mois.

Un repli largement imputable à l ‘énergie et à l’alimentation puisque, si l’on exclut ces deux postes de dépenses, les prix affichent une progression annuelle de 0,1%. Et même si la hausse atteint 0,5% si l’on tient compte des produits périssables, l’objectif de 2% d’inflation visé par la banque centrale et le gouvernement apparaît toujours bien illusoire .

Et comme visiblement, pour Shinzo Abe, une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, la consommation des ménages japonais a encore reflué en novembre, là encore pour le neuvième mois consécutif. Elle baisse de 1,5% sur un an, un recul plus prononcé que la baisse de seulement 0,4% d’octobre, qui avait laissé espéré une amélioration de la situation.

Le chômage autour de ses plus bas niveaux depuis 20 ans

Une baisse qui montre bien que les Japonais restent prudents, en dépit d’une situation de l’emploi qui reste favorable : bien qu’il soit remonté de 0,1 point en novembre, à 3,1% de la population active, le taux de chômage continue de naviguer autour de ses plus bas niveaux en 20 ans.

Et les chances d’être embauché demeurent élevées puisque, selon les chiffres publiées par le ministère du Travail, il y a en moyenne dans l’archipel 141 offres d’emploi pour 100 demandes (140 en octobre). Du jamais vu en un quart de siècle, a précisé le ministère.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/0211635847392-japon-inflation-et-consommation-toujours-en-berne-2052989.php#tpOQYkxK5MxwkmfZ.99

La Banque du Japon a échoué à réveiller l’inflation

Yann Rousseau Le 01/11 à 09:04Mis à jour à 19:59


La banque centrale repousse encore une fois son objectif d’inflation. Elle n’avoue pas son échec de peur de déstabiliser les marchés

Le 7 octobre dernier, la Banque du Japon (BoJ), présentant son dernier relevé de comptes, affichait à son bilan un volume d’obligations japonaises proche du cap phénoménal des 400.000 milliards de yens (3.465 milliards d’euros) qu’au­cune autre grande banque centrale n’avait jamais osé tutoyer. Par comparaison, la Réserve fédérale américaine ne détient « que » 2.463 milliards de dollars (2.241 milliards d’euros) de bons du Trésor américain.

Ce mardi, la BoJ, qui amasse déjà 40 % de la totalité des obligations souveraines japonaises en circulation, a indiqué, à l’issue de son conseil de politique monétaire, qu’elle allait continuer à acheter de la dette publique, un programme initié en 2013. « Nous allons poursuivre les ajustements nécessaires pour maintenir une dynamique permettant d’atteindre notre objectif d’une hausse des prix à 2 % », a assuré, mardi, son gouverneur, Haruhiko Kuroda, après la réunion. Le cadre a toutefois perdu de son assurance.

Pari perdu

Après plus de trois ans d’ef­forts, la banque a échoué à ré­veiller l’inflation au Japon. En 2013, Haruhiko Kuroda promettait d’atteindre 2 % de hausse des prix dans les deux ans. En 2014, puis en 2015, il a repoussé ce calendrier. Désormais, il explique que l’objectif pourrait être approché durant l’année fiscale qui s’achèvera au printemps… 2019, après la fin de son mandat à la tête de la banque centrale.

Depuis sept mois, les prix, qui avaient artificiellement progressé à la suite d’une hausse de TVA et d’une chute du yen, ont pourtant repris leur mouvement baissier. En août, l’indice des prix à la consommation, calculé sans tenir compte des denrées périssables, a encore ac­cusé une baisse, en glissement annuel, de 0,5 %. En septembre, le rythme de chute a probablement été similaire, avancent les experts. « Il faut beaucoup de temps pour éradiquer l’état d’esprit déflationniste qui a pesé sur l’économie pendant quinze ans », a regretté le gouverneur, pointant les hésitations des en­treprises.

Timide rebond

S’ils anticipent un timide rebond de l’inflation en 2017, du fait de la légère hausse des prix de l’énergie, les analystes ne croient plus aux projections de la banque centrale. « Les anticipations d’inflation n’ont pas beaucoup progressé et la BoJ a épuisé ses options », résume Ryutaro Kono, le chef économiste de BNP Paribas. Il est convaincu que la BoJ a compris son échec mais agite encore la cible des 2 % pour ne pas effrayer les marchés. Si l’institution donnait le sentiment qu’elle renonce à sa politique monétaire accommodante, le yen bondirait, au grand désespoir des entreprises.

Yann Rousseau

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/0211450645762-la-banque-du-japon-repousse-a-lhorizon-2019-ses-promesses-dinflation-2039458.php#f3tf7elIOekSXllw.99

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