Les transformations du travail indépendant par Olivier Passet (Xerfi)

http://www.xerficanal-economie.com/emission/Olivier-Passet-Les-salaries-et-independants-face-aux-plateformes-digitales_3746153.html

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L’histoire des mutuelles et de la protection sociale naissante en France (Libération)

«Le poids des mutuelles en France s’explique, car l’intervention de l’Etat dans le social a été tardive»

Par Frantz Durupt

Leur rôle est régulièrement critiqué, certains plaidant pour un système de santé intégralement géré par la Sécurité sociale. Pourquoi les mutuelles existent-elles, et pourquoi sont-elles aussi importantes aujourd’hui ?

Emmanuel Macron a présenté ce mercredi les grandes lignes de sa vision de la protection sociale en France, en confirmant pour 2021 l’aboutissement d’une promesse de campagne : le remboursement intégral de certaines lunettes, prothèses dentaires et audioprothèses. Une mesure qui devrait se répercuter sur les tarifs des complémentaires santé, a prévenu UFC-Que Choisir, dénonçant les «dérives» du secteur, avec des cotisations qui sont déjà passées de «468 euros par personne et par an en moyenne en 2006 à 688 euros en 2017», soit une inflation de 47%, contre 14% pour l’économie en général. Pourquoi les mutuelles ont-elles ce poids dans le système social français ? Les réponses de Michel Dreyfus, directeur de recherche au CNRS-Centre d’histoire sociale de l’université Paris-I, spécialiste de l’histoire de la mutualité.

Pourquoi les mutuelles existent-elles ?

C’est le fruit d’une très longue histoire qui remonte à la Révolution française où la loi Le Chapelier, votée en 1791, interdit toute forme d’association ouvrière ou paysanne : les syndicats ne seront reconnus et légalisés qu’un siècle plus tard, en 1884, avec la loi Waldeck-Rousseau. Apparues à la veille de la Révolution, les sociétés de secours mutuels couvrent 250 000 personnes en 1848. Jusqu’alors, elles organisent des luttes revendicatives, tout en prenant en charge la maladie, les obsèques et peu à peu les retraites. L’Etat est encore absent sur ces terrains. En 1852, Napoléon III réorganise les sociétés mutualistes et en fait un instrument de contrôle social. Il s’opère alors une division du mouvement social entre les sociétés de secours mutuels et ce que seront les syndicats. Les mutualistes continuent de progresser : au nombre de quatre millions en 1914, ils sont fois dix plus que nombreux que les syndicalistes.

Pourquoi les mutuelles n’ont-elles pas été supprimées à la Libération, lors de la création de la Sécurité sociale ?

Le poids des mutuelles en France s’explique par le fait que l’intervention de l’Etat dans le social y a été beaucoup plus tardive que dans la majorité des pays européens. Contrairement à ce qui est dit trop souvent, la Sécurité sociale n’a pas été créée ex nihilo. Elle repose sur deux lois antérieures : une votée en 1910, qui a constitué des retraites pour 2,5 millions de personnes et une en 1930, établissant les Assurances sociales, inspirées du système mis en place par Bismarck en Allemagne de 1883 à 1889. Les Assurances sociales ont été copiées par toute l’Europe, mais en dernier par la France. Elles ont été investies par les mutualistes : aussi notre pays compte 15 millions de mutualistes à la Libération. Le rapport de force est alors favorable à la gauche et aux syndicats. La Sécurité sociale innove sur trois points. D’abord, à la différence des lois de 1910 et 1930, elle prétend couvrir tous les Français. Elle prend aussi en charge l’ensemble des risques sociaux, jusqu’alors gérés par des acteurs différents ; seule exception, le chômage qu’on croit avoir vaincu. Enfin les caisses de Sécurité sociale sont gérées par les syndicats. Il s’agit donc d’un moment difficile pour la mutualité, qui doit réduire ses moyens. Mais elle comprend très vite qu’elle doit négocier. En 1947, la loi Morice établit un accord entre l’Etat et la mutualité : cette dernière reconnaît la Sécurité sociale, mais gagne le droit de gérer celle des fonctionnaires et les enseignants. La Sécurité sociale bénéficie aux mutualistes : ils étaient 15 millions en 1945, ils sont 38 millions aujourd’hui.

Comment le système des mutuelles a-t-il évolué depuis ?

A partir des années 1970, les compagnies d’assurance commencent à réinvestir dans le domaine de la santé, au détriment des mutualistes. Elles sont confortées par le cadre européen, qui privilégie les compagnies d’assurance. Par ailleurs, la mutualité a très longtemps ignoré les syndicats. La Fédération nationale de la mutualité française (FNMF), aujourd’hui Mutualité française, créée en 1902 au Musée social à Paris, doit attendre 1971 pour rencontrer officiellement la CFDT, la CGT et FO : la division entre les mouvements mutualistes et syndicaux a donc été très longue. Elle a contribué à l’isolement de la Mutualité française.

UFC-Que Choisir reproche aujourd’hui aux mutuelles françaises d’être trop chères, pas assez lisibles…

Ce reproche actuel est aussi extrêmement ancien. Le mouvement mutualiste est soumis aujourd’hui à une concurrence de plus en plus sévère, notamment parce que l’Union européenne favorise les compagnies d’assurances. Aussi les mutuelles doivent se regrouper : elles sont moins de 400 actuellement, et les financiers y prennent de plus en plus de pouvoir.

Est-il envisageable ou souhaitable aujourd’hui de les supprimer et les remplacer par une Sécurité sociale intégrale ?

L’idée a été avancée lors de la dernière campagne présidentielle par Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, et par Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Je pense que cette idée est irréaliste, car on ne raye pas d’un coup de plume un mouvement social de 38 millions de personnes. L’idée de supprimer les complémentaires santé, comme en Alsace-Moselle, où les soins sont remboursés à 90% par le guichet unique de la Sécurité sociale, moyennant une cotisation salariale supplémentaire (1), est également erronée. La question n’est pas que financière. La Mutualité française est un mouvement social qui emploie de nombreux salariés et a construit un important réseau national d’établissements sanitaires et sociaux : comment imaginer que tout cela soit repris par l’Etat ? Ce qui pose la question du rapport des mutualistes avec ce dernier. Cette question s’est posée tout au long de leur histoire. En dépit de leurs nombreuses déclarations d’apolitisme, les mutualistes ont été constamment en rapport avec l’Etat et le sont encore, car les questions qu’ils traitent sont éminemment politiques.

(1) En avril 2017, le Monde diplomatique a publié un article envisageant, arguments chiffrés à l’appui, d’instaurer un système «tout-Sécu».

Frantz Durupt

Au-delà de la croissance (Le Monde)

Le Monde daté du 26 mars 2017

Candidats cherchent croissance désespérément

Quelle politique économique proposer pour garantir la prospérité des Français dans un monde sans ressort ? C’est le grand défi des prétendants à l’Elysée
Elle reste l’alpha et l’oméga de la politique économique. Son absence de dynamique a plombé une partie du quinquennat Hollande, hypothéquant l’inversion de la courbe du chômage sur laquelle le président sortant avait tant misé. La croissance économique demeure le baromètre de la santé de la France. Ou plutôt de ses difficultés. Poussive, molle, modeste… l’année 2016 s’est terminée sur une faible hausse du produit intérieur brut (PIB) de 1,1 %, contre 1,5 % prévu. Et les tenants de la décroissance, ou au moins d’initiatives alternatives à la course au progrès économique, sont très présents dans le débat. L’idée de  » revenu universel d’existence  » avancée par Benoît Hamon ne lui a-t-elle pas permis de s’imposer lors de la primaire de la gauche ? Il reviendra au prochain locataire de l’Elysée de chercher à faire revenir la croissance… ou d’essayer de penser au-delà de cet indicateur-clé.

Comment mesure-t-on la croissance ?
En France, comme ailleurs dans le monde, la hausse du produit intérieur brut (PIB) sert d’indicateur principal de croissance. » Le PIB vise à rendre compte de toute l’activité de production de biens et de services durant une période donnée. La croissance reflète l’évolution en volume, hors impact des mouvements des prix, de la valeur ajoutée générée sur le territoire entre deux périodes « , explique Ronan Mahieu, responsable des comptes nationaux à l’Insee, l’organisme qui publie chaque trimestre cet indicateur. Mais le PIB ne mesure pas tout : le travail domestique, réalisé gratuitement à l’intérieur d’un ménage, est par exemple laissé de côté. Quant aux échanges de biens ou de services réalisés par les plates-formes Internet (Leboncoin, Airbnb),  » ils n’ont le plus souvent pas d’impact sur le PIB. La valeur ajoutée de ces nouveaux usages se limite généralement aux commissions prélevées par ces sites « , précise M. Mahieu. Surtout, le PIB ne dit rien des deux grandes caractéristiques de nos sociétés : la hausse des inégalités et la crise écologique. Conséquence : de plus en plus de voix s’élèvent pour souligner les limites du PIB comme indicateur de prospérité d’une société.  » Le PIB compte ce qu’il y a en plus – des maisons, par exemple – mais pas ce qui a disparu sur la planète à cause de notre activité – moins de ressources naturelles, l’impact sur le climat, etc. – « , explique Jean-Marc Jancovici, enseignant à Mines Paris Tech.

Que disent les candidats ?
En 2012, François Hollande et Nicolas Sarkozy, prévoyaient tous deux une hausse du PIB de… 2 % à 2,5 % en 2017. Cinq ans plus tard, tout a changé.  » Je ne crois plus dans le mythe de la croissance « , lançait, bravache, Benoît Hamon en décembre 2016. Des propos qui font écho aussi bien chez les perdants de l’économie mondialisée qu’au sein de classes moyennes aspirant à un mode de vie moins centré sur le travail.  » Même quand le PIB progresse, il échoue aujourd’hui à faire augmenter le revenu des ménages « , soutient Eloi Laurent, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et auteur de Notre bonne fortune. Repenser la prospérité (PUF, 96 pages, 12 euros). Au cours des cinquante dernières années, il a calculé que le PIB américain a grimpé de 260 % tandis que le revenu médian des ménages ne s’accroissait que de 20 %. Idem en France, où le pouvoir d’achat a baissé de 1,1 % entre 2012 et 2014 tandis que le PIB augmentait de 1,1 % sur la même période.  » Penser que la croissance doit être l’objectif final des politiques économiques est donc une erreur « , estime M. Laurent, qui regrette que  » les candidats soient prisonniers de ce totem, y compris Jean-Luc Mélenchon, car l’important n’est pas le chiffrage mais le déchiffrage !  » L’économiste prône de nouveaux indicateurs pour le débat budgétaire, prenant en compte la santé, la soutenabilité des actifs naturels de la France ou encore les inégalités.

Comment expliquer le décrochage de la France ?
En France, la croissance peine désormais à dépasser les 1 % par an, lorsque le rythme annuel atteignait en moyenne 2 % à 3 % entre le milieu des années 1970 et celui des années 1990. Ce ralentissement a beau être mondial, la France reste à la traîne de ses voisins. Depuis 2014, l’Hexagone fait moins bien que la moyenne de la zone euro, dont le PIB a crû de 1,7 % en 2016. En cause d’abord, un phénomène de rattrapage : les spécificités de l’économie tricolore (salaire minimum élevé, protection chômage…) garantissent traditionnellement un effet d’amortisseur en cas de crise, mais aussi un redémarrage plus mou.

 » Les erreurs de pilotage de la politique économique ont également bridé le potentiel de reprise de la croissance française. La consolidation budgétaire a été trop rapide et le pacte de responsabilité a été financé par des prélèvements trop importants sur les ménages « , estime Daniel Cohen, directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure (et membre du conseil de surveillance du Monde). Une allusion au  » choc fiscal  » qui a pesé sur les ménages à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy (depuis 2011) et au début de celui de François Hollande.

D’ailleurs,  » le pouvoir d’achat, par tête, des ménages peine à retrouver son niveau d’avant la crise « , souligne M. Cohen. Ce dernier voit dans ce retard une source d’espoir : » La France dispose d’une capacité de rebond pour les deux ou trois prochaines années.  » Les candidats à la présidentielle auraient tiré les leçons de ces dernières années, explique l’économiste :  » Aucun ne prévoit de consolidation budgétaire qui pourrait faire dérailler la croissance. Même François Fillon prévoit de laisser filer le déficit en même temps qu’il baissera les charges des entreprises « , souligne M. Cohen. Reste à savoir combien de temps peut durer ce rebond.

Sommes-nous condamnés à une croissance molle ?
Le débat n’est pas que français, mais mondial. Aux Etats-Unis, il s’est ouvert en 2013 lorsque l’ancien secrétaire au Trésor Larry Summers a déclaré que le monde risquait de sombrer dans une  » stagnation séculaire  » – une expression inventée par l’économiste américain Alvin Hansen en 1939. L’économie mondiale est-elle confrontée à un ralentissement passager, que l’essor du numérique et des nouvelles technologies viendront finalement combler, ou sommes-nous entrés dans une nouvelle ère ?

Les Prix Nobel d’économie Paul Krugman et Joseph Stiglitz, ou l’économiste Robert J. Gordon, de l’université Northwestern (Illinois), penchent pour la seconde alternative.  » La révolution numérique offre des potentialités intéressantes, mais en termes de croissance pour les classes moyennes et populaires, la force de traction des ordinateurs et des smartphones est bien plus faible que celle des révolutions de l’urbanisation ou de l’automobile au XXe siècle « , confirme M. Cohen. Par-delà la crise de 2008, qui continue à imposer ses stigmates à l’économie, le vieillissement de la population, la moindre productivité (autrement dit : la moindre efficacité du travail) mais aussi la hausse des inégalités et le développement d’emplois moins bien payés (services à la personne, de proximité) ont peut-être fait entrer le monde moderne dans une ère de croissance anémique.  » A l’horizon d’une décennie, il faut se garder de prévisions radicales. Mais à deux ou trois ans, il semble difficile d’imaginer une nette amélioration de la productivité de notre économie « , estime Patrick Artus, économiste chez Natixis.

Est-ce un problème ?
Pas tant que cela, à écouter les tenants de la décroissance et ceux qui estiment que le progrès et la création de richesses se font au détriment des ressources humaines et naturelles de notre planète. » La question est aujourd’hui de savoir ce que changerait la croissance si elle revenait ? L’emploi en est largementdéconnecté « , pointe M. Laurent, chiffres à l’appui. Aux Etats-Unis, entre 2000 et 2010, le PIB a crû de 20 % tandis que les créations nettes d’emplois reculaient de 1 %. En France, avec 1,2 % de croissance du PIB en 2015, le secteur marchand a créé 82 300 emplois nets, tandis que l’année suivante et malgré une progression du PIB légèrement plus faible (1,1 %), 187 200 emplois marchands ont été créés.

Par conséquent,  » c’est l’emploi que doivent directement viser les politiques publiques, plutôt que de chercher comment réanimer la croissance pour augmenter l’emploi « , déclare M. Laurent.C’est le sens de la proposition initiale de revenu universel de Benoît Hamon : valoriser  » un travail partagé « . Toutefois, la croissance reste, en l’état actuel de notre système économique, le premier moyen de faire reculer le chômage, de financer nos institutions sociales, à commencer par notre système de retraite, et de tenter de maîtriser notre dette. C’est d’ailleurs sur la prévision de croissance du PIB que se construit le budget de l’Etat.  » Les recettes mais aussiles dépenses publiques sont corrélées à la croissance du PIB. Lorsque l’activité se contracte, le chômage augmente au bout de quelques mois, ce qui génère des dépenses d’indemnisation chômage ou de minima sociaux supplémentaires « , précise M. Mahieu, de l’Insee.  » Sinon, il faut être prêt à se dire que nos dépenses publiques, nos dépenses de santé ne pourront plus augmenter de plus de 1 % par an « , abonde M. Artus – en comparaison, l’objectif national de dépenses de l’Assurance-maladie était de + 1,75 % en 2016, un niveau historiquement bas. Il devrait augmenter de 2,1 % en 2017.

Quelles politiques économiques privilégier ?
Les programmes des candidats à la présidentielle visent à relancer la dynamique de la machine France. D’ailleurs, même le programme de Benoît Hamon prévoit une hausse du PIB qui atteindrait 1,6 % cette année, et 2,5 % en 2019 ! Mais de nouvelles pistes émergent, plus ou moins abouties.  » Il faut repenser le modèle social, et en cela, le revenu universel pointe dans la bonne direction. Non pas pour préparer la fin du travail mais pour traverser les tempêtes de ses mutations « ,défend M. Cohen.  » La proposition d’Emmanuel Macron d’étendre l’assurance-chômage aux indépendants et aux personnes démissionnaires témoigne aussi de la recherche d’un mécanisme nouveau. C’est reconnaître la fin du travail à vie, que la révolution numérique a fait voler en éclats « , souligne l’économiste.

La réforme des retraites prônée par le candidat d’En marche ! vise aussi à instaurer un  » système universel  » dans lequel chaque euro cotisé donnerait les mêmes droits à tous. Mais l’ancien ministre indique lui-même que ce chantier herculéen prendra une décennie. Le principe d’un plan d’investissement se retrouve aussi chez plusieurs candidats, même si son ampleur varie assez largement, de 50 milliards d’euros chez Emmanuel Macron à plus de 100 milliards pour Jean-Luc Mélenchon. L’idée est de renforcer ou de remplacer le plan européen Juncker, régulièrement critiqué pour son manque d’ambition et de pertinence. Au-delà, l’innovation, les réformes structurelles (marché du travail…) et l’investissement en capital humain (éducation, apprentissage) constituent autant de pistes à même de relancer la productivité et donc la croissance.

Quid des jeunes générations ?
La persistance du débat autour de la croissance nourrit les incertitudes des jeunes générations. Au troisième trimestre 2016, pour un taux de chômage global de 9,7 % en France métropolitaine, selon l’Insee, celui des 15-24 ans dépassait les 25 %, alors que celui des plus de 50 ans plafonnait à 7 %. En 2011 (derniers chiffres disponibles), 67 % des Français de 60 ans estimaient que leur situation financière était meilleure que celle de leur famille quand eux-mêmes étaient adolescents, contre seulement 41 % parmi les trentenaires.

 » Cette perte de repères accentue le grand désarroi des classes moyennes, qui ne sont plus capables de se projeter dans l’avenir, ni pour elles ni pour leurs enfants « , prévient M. Cohen. Des craintes sur lesquelles jouent les partis populistes, Front national en tête. Et auxquelles certains candidats tentent de parer, comme en témoigne le slogan de campagne de Benoît Hamon,  » pour un futur désirable « . Une manière de montrer qu’il a entendu les aspirations des jeunes générations, pour lesquelles l’allongement de l’espérance de vie ou la hausse de pouvoir d’achat ne suffisent plus pour parler de bien-être et de prospérité.  » Et si la vraie question n’était pas celle de la répartition de ces gains de productivité mais celle de l’opportunité même de ces derniers ? Si le véritable progrès passait par la réalisation de gains de qualité et de durabilité ? « , s’interrogent la sociologue Dominique Méda et ses coauteurs dans l’essai Vers une société post-croissance (Les Editions de l’aube, 224 pages, 22 euros). Si ces propos apparaissent encore peu dans les programmes des candidats de 2017, nul doute que ces questions sous-tendront une partie du quinquennat à venir.

Audrey Tonnelier

Simuler l'impact d'une réforme des retraites (une réforme dont vous êtes le héros)

Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) qui est un organisme public. Son objectif est d’éclairer les décisions publiques concernant le système des retraites afin d’en assurer la pérennité.

http://www.cor-retraites.fr/simulateur/

Il propose un simulateur qui permet de connaître l’impact sur le système des retraites de telle ou telle mesure : situation financière du système, niveau de vie des retraités, durée de la vie après la retraite.

J’ai dit en cours qu’il était possible d’utiliser trois leviers : le montant des cotisation, le montant des pensions et l’âge de départ à la retraite.

Vous pouvez donc, grâce à ce simulateur, connaître l’impact sur ces leviers d’une hausse de l’âge de départ, ou au contraire d’une baisse, d’une augmentation des cotisations ou d’une baisse.

La simulation nécessite au départ de choisir un scénario de croissance et un taux de chômage : prenez par exemple, celui de la situation actuelle (2% de croissance, 10% de chômage) et observez ce qui se passe en termes de situation financière lorsque l’on fait passer la retraite à 60 ans … ou à 65 ans.

On constate très clairement que lorsque l’on touche un seul « levier » par exemple l’âge de la retraite, on peut facilement obtenir un équilibre financier du système de retraite (dans mon scénario l’âge optimal est de 63 ans), mais que par contre cela peut provoquer des déséquilibres sur d’autres objectifs, comme celui du maintien du niveau de vie des retraités …

Il faut donc faire des arbitrages entre les objectifs que l’on cherche à atteindre et préciser si un objectif doit être prioritaire (équilibre financier ou maintien du niveau de vie ou baisse des cotisations), ou si l’on cherche à un équilibre entre ces différents objectifs.

Protection sociale et intégration mondiale, le cas suédois (Le Monde 18/03/2017)

La Suède défend avec ardeur la mondialisation
Le royaume scandinave soutient l’ouverture des marchés, tout en maintenant un généreux système de protection sociale
Le patron de la puissante centrale syndicale suédoise Landsorganisationen i Sverige (LO), forte de 1,5 million d’adhérents, ne comprend pas ses homologues européens, qui sont descendus dans la rue à l’automne dernier pour protester contre l’accord de libre-échange conclu par l’Union européenne (UE) avec le Canada (CETA).  » Le CETA va ouvrir de nouveaux marchés et entraîner de nouveaux investissements. Des emplois seront créés « , martèle Karl-Petter Thorwaldsson.

Voix discordante sur la scène européenne, la Suède défend fermement la mondialisation et s’inquiète des discours protection-nistes qui remettent en cause le libre-échange et plaident pour un retour des frontières.  » Il ne s’agit pas seulement des entreprises. Les politiciens et les syndicats aussi ont une perception positive de la globalisation « , constate Therese Nilsson, professeure associée auprès de l’Institut de recherche d’économie industrielle (IFN).

Avec un marché intérieur de 10 millions d’habitants, le royaume n’a de toute façon pas le choix, assure la ministre du commerce, la sociale-démocrate Ann Linde :  » Nous sommes extrêmement dépendants de nos exportations, et une grande majorité des Suédois le comprend.  »

En 2016, la Suède a exporté pour 1913 milliards de couronnes (202 milliards d’euros) de biens et de services, soit 44 % de la valeur de son PIB. Les trois quarts à destination de l’UE.  » Sans l’accès au marché international, les compagnies suédoises n’auraient jamais pu se développer et rencontrer de tels succès « , relève Olof Erixon, chargé du commerce extérieur au sein de la Confédération suédoise des entreprises.

 » Pragmatisme à la scandinave « 
Le patron de LO abonde :  » Ikea, H&M, Volvo, LKAB seraient restées de toutes petites sociétés.  » Les syndicats en sont bien conscients, affirme-t-il :  » On se bat pour de bons salaires et de bonnes conditions de travail, mais sans jamais tricher avec la compétitivité des entreprises, car nous savons que c’est ce qui nous fait vivre.  » M. Thorwaldsson évoque un  » pragmatisme à la scandinave « , qui fonctionne, selon lui :  » La Suède arrive à la 6e place mondiale en termes de compétitivité selon le Forum économique mondial et nous avons le taux d’activité le plus élevé depuis 1992, à 82 %.  »

Ce pragmatisme s’applique aussi lorsque l’un des fleurons de l’industrie suédoise passe sous pavillon étranger, comme ce fut le cas de Volvo Cars, racheté par l’américain Ford, puis contrôlé par le chinois Geely depuis 2010.  » Pourquoi s’y opposer ?, demande Olof Erixon. C’était une opération mutuellement bénéfique. Les Chinois étaient intéressés par le prestige d’une marque automobile européenne et les transferts de technologie. Le rachat a entraîné une injection de capital et de nouveaux canaux de vente.  »

Pas de mobilisation non plus contre les délocalisations, du moment que la recherche et le développement restent en Suède :  » Nous ne pouvons pas être compétitifs avec de vieilles techniques et de mauvaises méthodes, expliqueMme Linde. Les entreprises qui n’arrivent pas à faire face à la concurrence disparaissent. Nous l’acceptons car il n’est pas tenable sur le long terme d’avoir des compagnies qui ne sont pas compétitives.  »

Tout cela fonctionne, car la Suède dispose d’un puissant système de protection sociale, précise cependant Mme Linde.  » Ce n’est pas à l’ouvrier dont l’entreprise ferme parce qu’elle n’est plus compétitive de payer le prix de la globalisation, souligne la ministre. Cette responsabilité doit être assumée par toute la société. C’est d’ailleurs la seule façon de garantir le soutien de l’opinion publique à la mondialisation.  »

Certains secteurs, comme la construction et les transports, font preuve de plus de scepticisme.  » Ils ont été moins exposés à la concurrence et doivent faire face à un phénomène nouveau : non seulement les biens passent les frontières, mais aussi les personnes « , constate la chercheuse Therese Nilsson. Les syndicats suédois ont été en première ligne pour se battre contre le dumping social et réclamer une réforme de la directive européenne sur les travailleurs détachés. Ils se sont aussi mobilisés contre les tribunaux d’arbitrage privés, prévus dans le cadre des accords de libre-échange.

L’économiste Roland Spånt, ancien responsable du syndicat des employés TCO, met en garde, néanmoins, contre  » une certaine naïveté, qui consiste à ne pas voir l’envers de la mondialisation « . Car, observe-t-il,  » s’il y a des gagnants, il y a aussi des perdants, qui ne bénéficient pas toujours de la même protection que les Suédois « .

Anne Françoise Hivert

Revenu de base (pour y voir plus clair) sur La vie des idées

J’ai déjà posté des documents pour faire le point sur les différentes formes et justifications du revenu de base; celui-ci est un peu long mais très synthétique:

http://www.laviedesidees.fr/L-adieu-au-gagne-pain.html

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