Inégalités économiques et inégalités sociales se renforcent (Lucas Chancel)

Mettre la question sociale au cœur des politiques écologiques

Entretiens 4 mai 2021

Les inégalités économiques s’articulent avec des inégalités environnementales. Comment peut-on les définir, les mesurer et les réduire ? Entretien avec Lucas Chancel, économiste, co-directeur du Laboratoire sur les inégalités mondiales. Monde Revenus et patrimoine Conditions de vie Revenus Conditions de vie

Dans votre livre Insoutenables inégalités, vous proposez d’explorer les liens entre les inégalités économiques et les inégalités environnementales. Qu’entendez-vous par « inégalités environnementales », de quoi parle-t-on ?

Je tente d’analyser comment s’articulent les inégalités classiques de richesse, entre classes sociales, entre hommes et femmes, les discriminations etc. avec de nouvelles formes d’inégalités environnementales. Concrètement, ces inégalités environnementales sont liées à l’accès – facile ou difficile – aux ressources naturelles (accès à des espaces verts par exemple). Elles sont liées à l’exposition aux risques (comme la pollution aux particules fines ou aux risques industriels), qui n’est pas la même pour tous. Elles sont liées au fait que nous ne sommes pas égaux dans la façon dont nous polluons (notamment en matière d’émissions de gaz à effet de serre). Et enfin elles sont liées au fait que tout le monde n’a pas le même poids dans les décisions politiques, alors que les mesures pour protéger l’environnement n’ont pas le même impact pour tout le monde. Ces inégalités environnementales sont très intriquées aux formes plus classiques d’inégalités sociales.

Sait-on mesurer les inégalités environnementales ?

Très mal. Il y a là un grand paradoxe. D’un côté, des milliards de données surgissent aux quatre coins du monde et sont vendues au plus offrant. Ce sont les informations personnelles, collectées au travers des réseaux sociaux et exploitées à des fins commerciales. De l’autre, les États sont à l’ère de la préhistoire dans la collecte et le traitement des données sur les inégalités. Rien que sur les inégalités sociales, que l’on croit bien observer, on sous-estime probablement leur niveau à cause de l’opacité extrême des flux financiers internationaux. Sur les inégalités environnementales, c’est encore pire. Le sujet est plus récent et l’outillage statistique encore peu développé.

Néanmoins, a-t-on une idée sur la façon dont elles ont évolué dans le temps ?

Le fait que l’on soit très loin d’avoir un bon service public de mesure et d’évaluation des inégalités environnementales ne signifie pas que l’on ne peut rien en dire. Des chercheurs, des organisations non gouvernementales, des institutions, ont fait progresser notre savoir.

Si l’on prend une photo de ces inégalités aujourd’hui, les ménages les plus modestes sont en général les plus exposés aux risques environnementaux. Ce n’est pas systématique, tout le monde est exposé, mais certains le sont plus que d’autres. C’est une réalité statistique.

On le mesure par exemple dans l’exposition aux inondations. Dans les zones inondables, notamment dans les pays pauvres, les populations les plus modestes sont surreprésentées. C’est en partie lié à la dynamique du marché immobilier. Les lieux les plus sûrs, les plus protégés de ces risques, sont aussi les plus valorisés. On l’a vu de façon très spectaculaire au moment de l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans aux États-Unis. On retrouve aussi une telle inégalité dans des pays européens.

Le schéma général se retrouve : plus vous êtes pauvre, plus vous êtes exposé. S’ajoute à cette exposition inégalitaire, le fait que les plus pauvres, les plus concernés, ont également moins de ressources pour faire face aux conséquences (réparer, reconstruire, etc.).

On peut aussi évoquer le cas des agriculteurs, en France. Ils sont les premières victimes des produits chimiques utilisés en agriculture intensive. Ils sont plus exposés aux risques pour leur santé, mais l’accès aux soins leur est rendu plus difficile du fait de la concentration dans les villes des établissements de soins et des professionnels de santé.

Les travaux manquent pour mesurer l’évolution des inégalités environnementales. Pour tout de même prendre un exemple, une étude récente [1] de Pascale Champalaune, de l’École d’économie de Paris, montre que les actions des agglomérations pour améliorer la qualité de l’air n’ont pas profité aux quartiers les plus pauvres, mais semblent, au contraire, avoir favorisé les zones qui étaient à l’origine moins exposées aux particules et relativement aisées. Les plus pauvres ont donc été les grands délaissés de ces plans liés à la qualité de l’air. L’enjeu aujourd’hui est de mettre l’équité au cœur des politiques écologiques. Sinon, on risque le clash social.

Quel est le facteur qui rend le plus vulnérable aux risques environnementaux, le pays où l’on habite ou sa classe sociale ?

C’est une question importante et dont la réponse va dépendre largement des risques auxquels on s’intéresse (exposition au plomb, engrais, températures, etc.). Pour y répondre, un détour par la question des inégalités économiques est utile.

Il faut revenir à ce que l’on connaissait avant la révolution industrielle, période durant laquelle l’essentiel des inégalités mondiales de richesse était expliqué par votre place dans la société, plus que par l’endroit où vous étiez né dans le monde. La révolution industrielle a changé la donne. Des pays sont devenus beaucoup plus riches que d’autres, en raison de forts gains de productivité et du processus colonial. Les inégalités entre citoyens du monde sont alors expliquées davantage par le pays où l’on nait, plus que par la classe sociale. Et puis, dans les années 1980, retournement de la situation à nouveau : ce n’est plus le pays mais à nouveau votre classe sociale à l’intérieur de votre pays qui est le principal facteur d’inégalités de richesse au niveau mondial. Retour, en quelques sortes, à la situation préindustrielle.

Pour les inégalités environnementales, on est sur des logiques un peu semblables. Aujourd’hui les pays pauvres sont plus exposés aux risques climatiques que les pays riches. Mais au sein des pays pauvres, les plus pauvres le sont encore davantage et les plus aisés ont les moyens de se protéger (climatisation, accès aux soins, etc.). Par conséquent, la classe sociale joue largement, et de plus en plus, au sein de chaque pays.

Ajoutons quand même une nuance importante. Dans de nombreux pays du Nord, le fait que les températures montent d’un ou deux degrés est potentiellement plutôt bénéfique : on fait des économies de chauffage, les rendements de certaines cultures augmentent, etc. Nos pays tempérés s’en sont plutôt bien sortis – jusqu’à présent. Cela nous a d’ailleurs empêché de voir venir la catastrophe en cours.

En revanche, dans les zones tropicales plus chaudes, même une hausse de quelques dixièmes de degré est bien plus nuisible et ses effets se font déjà largement ressentir. C’est visible à travers les catastrophes comme les cyclones ou ouragans. Mais c’est surtout à travers la baisse de la productivité agricole que les pays les plus pauvres pâtissent et vont pâtir encore davantage de la hausse des températures : dans les pays du Sud, le dérèglement climatique diminue les rendements et risque d’exposer de larges populations à la faim. Les populations paysannes seront les premières affectées.

Vous parlez de cercle vicieux des inégalités sociales et environnementales. Pouvez-vous expliciter cette dynamique ?

En France, les inégalités sont plus fortes qu’il y a trente ans. L’augmentation des revenus n’est pas la même selon les catégories sociales. Celles situées en haut de l’échelle des revenus se sont enrichies plus, et plus rapidement, que celles du bas de l’échelle. Les gens sont conscients de cette dynamique. Dans un tel contexte, les mesures politiques, quelles qu’elles soient, qui ne prennent pas en compte les situations très inégalitaires au sein de la population ont toutes les chances d’être massivement rejetées. Cela risque de faire exploser en vol les politiques environnementales. Le niveau des inégalités économiques et sociales crée des difficultés à traiter les problèmes environnementaux.

Prenons l’exemple de la taxe carbone. Augmenter la taxation des carburants – comme c’était le projet du gouvernement en 2018 – n’était pas en soi une mauvaise idée. Mais, vue la manière dont l’exécutif a voulu le faire, sans considération de l’effort que cette augmentation allait représenter sur le budget des classes populaires, ça ne pouvait pas marcher. D’un côté, on a voulu organiser un prélèvement de quatre milliards d’euros par an en taxe carbone, appliquée de la même façon pour tous sans considération du niveau de revenu. De l’autre côté, on a redonné aux mieux nantis quatre milliards d’euros en supprimant l’impôt de solidarité sur la fortune. C’était insoutenable.

Si demain, on interdit le diesel, les gens aisés pourront sans difficulté changer de voiture, alors que d’autres n’en auront pas les moyens. Qu’il s’agisse de prix ou de mesures politiques, de lois ou de normes, l’important est de répondre à la question : quels moyens donne-t-on aux plus modestes pour que telle mesure écologique soit socialement acceptable ?

Même chose en matière d’emplois. La balance entre les emplois détruits et les emplois créés par la transition écologique est très favorable selon toutes les études qui regardent la question sérieusement. En orientant l’activité économique vers des activités plus durables (isolation thermique des bâtiments, énergies renouvelables, recyclage, etc.), on créera plus d’emplois qu’on en détruira. Mais comment faire pour accompagner les secteurs qui perdront des emplois ? Comment indemnise-t-on les perdants ? Une grande transparence sera nécessaire pour accompagner au mieux les perdants, et notamment les plus modestes. Il nous manque en France et en Europe une sécurité sociale-écologique adaptée aux transitions à venir.

Les plus riches détruisent-ils la planète ?

Commençons par dire que la destruction de la planète est un fait partagé. Chacun a sa part de responsabilité. C’est une responsabilité commune. Commune, mais différenciée : la responsabilité n’est pas de même grandeur selon les pays : les pays riches sont largement les plus pollueurs, les plus destructeurs. De même, à l’échelle des ménages au sein de chaque pays, les riches sont plus pollueurs que les pauvres.

Les 10 % des plus riches de la population de la planète émettent 50 % des émissions de gaz à effet de serre selon les travaux réalisés avec mon collègue Thomas Piketty. Dans cette perspective, oui, les plus riches détruisent davantage. La France fait partie de ces pays. Au sein de notre pays, les super-pollueurs sont les 5 % à 10 % des plus riches ménages français. Il ne faut pas se laisser berner par la mauvaise foi ou l’ignorance qui nous fait parfois entendre : « oui, je suis riche, mais j’habite en ville et je pollue peu car mes deux voitures sont bas carbone ». En réalité, les émissions de gaz à effets de serre proviennent largement de ce que l’on achète et consomme, par seulement de l’essence que l’on met ou pas dans sa voiture. Au-delà de leur mode de vie, les plus aisés sont aussi les détenteurs du patrimoine, et en particulier des portefeuilles financiers. Ils sont actionnaires d’industries qui pour la plupart continuent de polluer et à ce titre, sont en partie responsables des émissions de ces entreprises.

La sensibilité à la question de l’environnement ne risque- t-elle pas de masquer la question sociale ?

Au contraire, je pense qu’elle la fait apparaître sous un angle nouveau. Il n’y a pas une seule manière de traiter la question écologique. Il y aura plusieurs trajectoires plus ou moins égalitaires ou inégalitaires. Donc : veut-on une écologie qui réduise les inégalités économiques, sociales, ou veut-on une écologie qui laisse s’accroître les inégalités ?

La France va devoir faire des investissements colossaux, dans le logement, dans les transports, pour traiter une part du problème environnemental. Qui va faire ces investissements ? Des fonds de pension, c’est-à-dire les détenteurs de gros patrimoines qui, aujourd’hui, disposent des moyens financiers les plus grands ? Ou bien, va-t-on décider que c’est aux collectivités locales de les faire ? Va-t-on confier le soin de faire ces investissements à des milliardaires ou à des coopératives de production d’énergie renouvelable ? Privé ou public ? On ne se pose pas assez ces questions. Or, celle de la propriété des ressources et des infrastructures est essentielle. Nous avons besoin d’un grand service public de la transition énergétique.

Les États ont tendance à dire : «  on n’a pas suffisamment d’argent public pour faire ces investissements ». Mais ce n’est pas une fatalité.

Les comportements que nous pouvons changer à l’échelle de chaque citoyen peuvent-ils suffire ?

Très clairement, non. Des transformations sont nécessaires à l’échelle de l’individu. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut l’intervention de la puissance publique pour s’attaquer aux normes et faire les investissements écologiques indispensables. La consommation des individus ne représente qu’un tiers ou un quart du problème ! Il est impératif de s’attaquer à la dimension collective, donc politique, du problème.

Typiquement, les enjeux en termes d’énergie ou de transports ne relèvent pas de la seule échelle individuelle. Les problèmes écologiques qu’ils nous posent aujourd’hui résultent de choix politiques anciens. On a besoin de nouveaux choix politiques.

Quelles voies collectives, quelles politiques publiques vous paraissent les plus urgentes à mettre en œuvre ?

On a d’abord besoin de mieux mesurer et de mieux suivre ces questions. On en est encore à mesurer la richesse principalement avec le produit intérieur brut (PIB) – la richesse globale créée à l’échelle d’un pays –, ce qui ne dit absolument rien de l’évolution des inégalités. Les émissions de CO2 ? On en parle avec des chiffres qui ont deux ans de retard ! Créer des outils de mesure statistique relève d’un choix politique. Or, on fait le choix de ne pas créer ces outils de connaissance.

Nous avons aussi besoin d’investissements colossaux. Ils nécessitent une propriété partagée, plus collective, à l’échelle des communes, des régions, des États. Il faut dépasser le régime de propriété actuel, qui tend à revenir vers une situation d’Ancien Régime, au sens où certains héritent et d’autres non. Cela veut dire développer un régime dans lequel la propriété circule davantage, notamment via la fiscalité (fiscalité sur les patrimoines, sur les donations) et quand cela est utile, est davantage collective (sur les infrastructures énergétiques notamment). Nous devons donc rouvrir le chantier de la fiscalité et revenir à une fiscalité beaucoup plus progressive, c’est-à-dire qui prélève davantage à ceux qui détiennent le plus. Bref, nous devons mieux redistribuer et répartir la richesse pour créer une propriété commune publique demain, qui permette de faire face aux inégalités environnementales, à l’avenir du climat et de la planète.

C’est tout à fait faisable et cela s’est déjà fait par le passé. Dans les années 1930, aux États-Unis et dans les pays anglo-saxons, les taux d’imposition étaient de l’ordre de 90 % sur les tranches les plus hautes des revenus et des patrimoines. Des taux qui nous paraissent aujourd’hui confiscatoires ! C’est ce qui a permis à ces pays d’investir dans des infrastructures et de flamboyer.

Thomas Piketty avance aussi la proposition d’un héritage minimum à hauteur de 120 000 euros de patrimoine qui serait versé à chacun à l’âge de 25 ans. Il pourrait être financé par un prélèvement sur les gros patrimoines. Ce serait une nouvelle forme de redistribution et une façon de donner à chacun un minimum de « pouvoir faire ».

La question des inégalités a été très bien formulée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : les inégalités sont supportables tant qu’elles répondent à « l’utilité commune ». Par exemple, des niveaux de richesse à la Jeff Bezos ou à la Bernard Arnault contribuent-ils au bien commun ? On a du mal à en être convaincus et à ne pas y voir un lien entre inégalités et injustice !

Lucas Chancel est professeur d’économie à Sciences Po. Il co-dirige le Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Database). Il est l’auteur d’Insoutenables inégalités. Pour une justice sociale et environnementale, éd. Les Petits Matins, octobre 2017.

Propos recueillis par Marie-Paule Mémy, Gérard Grosse et Marc Lévy de l’Observatoire des inégalités.

Photo / DR


[1] Voir « Exposition à la pollution atmosphérique en France : quelles inégalités ? », Pascale Champalaune, Paris School of Economics, décembre 2020.

Une approche locale de la justice climatique (Le Monde)

« Les endroits les plus chauds sont ceux où vivent les communautés de couleur et les populations à bas revenus »

Professeur à l’université de Portland (Oregon), spécialiste de l’adaptation des villes au changement climatique, Vivek Shandas a révolutionné la méthode de relevé des températures.

Propos recueillis par Corine Lesnes(Portland, envoyée spéciale) Publié le 08 juillet 2021 à 19h13

Vivek Shandas, professeur à l’université de Portland (Oregon), le 6 juillet 2021 à Portland.
Vivek Shandas, professeur à l’université de Portland (Oregon), le 6 juillet 2021 à Portland. TONI GREAVES POUR « LE MONDE »

Professeur à l’université de Portland (Oregon), spécialiste de l’adaptation des villes au changement climatique, Vivek Shandas a fondé un laboratoire de recherche sur les zones urbaines durables (Sustaining Urban Places Research lab). Son équipe a dessiné des cartes de températuresdans 24 villes des Etats-Unis et du monde. Jusque-là, les études sur les îlots de chaleur urbaine reposaient sur les données obtenues par les stations des institutions publiques ou les satellites. Le chercheur a été le premier à collecter des données en utilisant des capteurs mobiles déployés par des « scientifiques citoyens ».

Vous avez mis au point une approche dite « mobile transversale » de mesure de la chaleur. De quoi s’agit-il ?

Je voudrais d’abord rappeler comment on mesure les températures. C’est moins immédiat que ça n’en a l’air. Quand il s’agit de vastes étendues, comme des villes, on dispose de trois méthodes. La première, c’est d’installer une station de mesure quelque part. C’est ce que font les cités. En général elles ont de trois à cinq endroits de ce type en activité. Ce sont de très bonnes mesures sur la durée, mais ce n’est pas suffisant pour avoir une idée des variations entre les quartiers.

La deuxième méthode, qui existe depuis vingt-cinq ans, c’est le satellite. Le soleil envoie une radiation à onde courte riche en énergie. La surface l’absorbe et, à terme, elle renvoie la chaleur dans l’environnement par une radiation à onde longue, qui est saisie par les capteurs des satellites. On peut voir certains éléments : les parcs, la différence entre l’asphalte et le toit des immeubles. L’ennui, c’est que les pixels sont très grands : des carrés de 90 mètres par 90, ou 1 kilomètre, ou 5 kilomètres. Cela ne représente pas ce que ressent un individu en marchant. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Canicule à Portland : trois jours en « enfer »

L’approche mobile transversale permet de récolter énormément de données. Sur une journée très chaude par exemple, comme fin juin à Portland, on fait des mesures en se déplaçant ; on ne reste pas statique comme les stations officielles. Cela permet de voir comment la géométrie des bâtiments ou les différences de construction affectent la température. On peut aussi mesurer l’humidité, ce qui n’est pas le cas avec les satellites.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Nous avons des capteurs de température très précis. Nous les avons conçus nous-mêmes pour qu’ils soient très faciles à utiliser. Le capteur est un appareil circulaire. L’air entre d’un côté. A l’intérieur, il y a un thermomètre très sensible qui mesure l’humidité et la température, une fois par seconde. Il est couplé à une petite unité GPS qui enregistre la localisation des données. On peut le fixer sur un vélo ou l’installer du côté du siège passager d’une voiture. Les gens font des relevés juste avant le lever du soleil, puis à 15 heures puis à 19 heures, ce qui nous permet d’avoir le cycle complet de températures.

Qui fait les mesures ?

Nous travaillons en partenariat avec les ONG du secteur de la justice environnementale grâce à une subvention de la National Oceanic Atmospheric Administration (NOAA). Elles recrutent des bénévoles et nous les formons. Nous avons besoin de 30 personnes pas plus en général pour toute une ville. A part au Texas où tout est plus grand qu’ailleurs. En 2020, on a effectué des mesures sur Houston et le comté de Harris. Soit 1 000 square miles (2 589 km2) : il a fallu 120 personnes, et 250 000 données ont été collectées. Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Amérique du Nord, le mois de juin le plus chaud jamais observé

Quelles sont les conclusions de ces mesures ?

Quand on consulte son téléphone, on est informé d’une température unique pour une ville. Ce que nous montrons, c’est qu’il y a une variabilité énorme. On voit des poches de chaleur amplifiées dans certains quartiers. Nous avons travaillé dans tout le pays. Partout nous avons constaté la même corrélation : les endroits les plus chauds sont ceux où vivent les communautés de couleur et les populations à bas revenus. Certains collègues disent : c’est l’effet « luxe ». Les gens riches ont des réseaux politiques, des lobbies, ils réussissent à agrandir les trottoirs, ils peuvent mettre leur argent dans les arbres, les jardins. J’avoue que cette approche « individuelle » ne m’a jamais satisfait. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Qu’est-ce que le dôme de chaleur qui étouffe le nord-ouest du continent américain ?

Pendant la vague de chaleur extrême à Portland, je suis allé faire des relevés avec une demi-douzaine de personnes. Quand la station de l’aéroport indiquait 115 degrés F (46 °C), nous avons enregistré des températures allant jusqu’à 124 F (51 °C) à certaines intersections.

Le résultat de ces expériences, c’est que les gens posent des questions. Ils se demandent pourquoi il fait plus chaud dans leur quartier que dans le quartier voisin. Pourquoi on utilise dans certains quartiers des matériaux qui ne réfléchissent pas suffisamment la radiation du soleil ? Pourquoi on a choisi les solutions les plus rapides et les moins chères, alors qu’elles sont les plus absorbantes en matière de chaleur. C’est là que les questions de justice commencent à surgir. Les bénévoles qui font les relevés posent des questions. Ils font la connexion avec l’histoire du quartier.

La solution est-elle de planter des arbres et de mettre de la verdure sur les toits ?

Dans le centre de Portland, c’est maintenant obligatoire : tout immeuble de plus de 20 000 square feet (1 885 m2) doit avoir un « toit vert ». En fait, on a déterminé que c’était utile pour la température au sommet mais, si on marche dans la rue, cela ne fait pas de différence. C’est utile pour l’énergie, pour l’habitat, pour la gestion des eaux de pluie, mais du point de vue des températures c’est très incertain.

Le professeur d’université Vivek Shandas, ici le 6 juillet 2021 à Portland (Oregon), a étudié les températures recensées lors de la vague de chaleur.
Le professeur d’université Vivek Shandas, ici le 6 juillet 2021 à Portland (Oregon), a étudié les températures recensées lors de la vague de chaleur. TONI GREAVES POUR « LE MONDE »

Je ne veux pas dire que les arbres ne font pas partie des solutions. Il y a plein d’endroits où les arbres sont très utiles et les gens les demandent. Mais ils ne constituent qu’une des myriades de possibilités que nous devons envisager. Nous devons penser à une meilleure utilisation de l’air. Il faut cesser de placer des tours le long des cours d’eau. On voit ça partout dans le monde : des hôtels ou des immeubles de luxe, au bord des rivières. Mais cela bloque la différence de pression, on perd du vent. Les quartiers de l’autre côté du cours d’eau sont cuits.

Penser aux mouvements de l’air, les populations connaissent cela depuis des millénaires au Moyen-Orient. Nous redécouvrons ça maintenant. Le vent, c’est le moyen de refroidissement le plus efficace dans un environnement urbanisé, et pourtant nous n’avons pas de bonnes données. Les villes devraient trouver le moyen de déplacer l’air dans les couloirs. Lire aussi La canicule au Canada jugée responsable d’une centaine de morts dans la région de Vancouver

Il y a aussi actuellement énormément de recherches sur les couleurs. Les ingénieurs essaient de mettre au point des peintures qui réfléchissent fortement le rayonnement. L’idée c’est de mettre du blanc sur les toits plutôt que du vert. Il y a plein de projets autour de la peinture blanche. A Los Angeles, ils ont même repeint des routes en blanc. Mais ça ne s’est pas révélé être une bonne idée. Grâce au blanc, la surface elle-même est plus fraîche mais, quand on marche, l’énergie rebondit sur la surface et c’est encore plus chaud parce que le sol lui-même n’absorbe pas la chaleur…

Une autre idée, qui est très populaire en Europe, est de mettre un treillis sur les murs des bâtiments et de faire pousser de la verdure. Le soleil chauffe les feuilles, mais les feuilles absorbent les radiations. En plus, le mur se retrouve à l’ombre : le matériau n’absorbe plus toute la chaleur. On finit par avoir un double bénéfice. On a vu environ 40 °F de différence entre un mur pourvu de verdure et un autre. Ce que j’aimerais, c’est réussir à convaincre les architectes et les urbanistes de dessiner des villes en fonction de la chaleur. Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’Ouest américain accablé par des chaleurs extrêmes

Corine Lesnes(Portland, envoyée spéciale)

Lutter contre les inégalités (T.Piketty)

Thomas Piketty : « La solution la plus simple pour diffuser la richesse est l’héritage pour tous »

Chronique

Thomas Piketty Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris

L’économiste plaide pour un système de redistribution de la richesse basé sur trois piliers : revenu de base, garantie d’emploi et, surtout, héritage pour tous.

Chronique. La crise du Covid-19 oblige à repenser les outils de la redistribution et de la solidarité. Un peu partout les propositions fleurissent : revenu de base, garantie d’emploi, héritage pour tous. Disons-le d’emblée : ces propositions sont complémentaires et non substituables. A terme, elles doivent toutes être mises en place, par étapes et dans cet ordre. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : « Il est temps de rebâtir un contrat social et fiscal plus juste »

Commençons par le revenu de base. Un tel système fait dramatiquement défaut aujourd’hui, notamment dans le Sud, où les revenus des travailleurs pauvres se sont effondrés et où les règles de confinement sont inapplicables en l’absence de revenu minimum. Les partis d’opposition avaient proposé d’introduire un revenu de base en Inde lors des élections de 2019, mais les nationalistes-conservateurs au pouvoir à Delhi traînent toujours des pieds.

En Europe, il existe différentes formes de revenu minimum dans la plupart des pays, mais avec de multiples insuffisances. En particulier, il est urgent d’en étendre l’accès aux plus jeunes et aux étudiants (c’est déjà le cas au Danemark depuis longtemps), et surtout aux personnes sans domicile ou sans compte bancaire, qui font souvent face à un insurmontable parcours d’obstacles. On notera au passage l’importance des discussions actuelles autour des monnaies numériques de banque centrale, qui dans l’idéal devraient déboucher sur la création d’un véritable service public bancaire, gratuit et accessible à tous, aux antipodes des systèmes rêvés par les opérateurs privés (qu’ils soient décentralisés et polluants, comme le bitcoin, ou centralisés et inégalitaires, comme les projets de Facebook ou des banques privées).

Outil ambitieux

Il est par ailleurs essentiel de généraliser le revenu de base aux travailleurs à bas salaire, avec un système de versement automatique sur les bulletins de salaire et les comptes bancaires, sans que les personnes concernées n’aient à le demander, en lien avec le système d’impôt progressif (également prélevé à la source).

Le revenu de base est un outil essentiel, mais insuffisant. En particulier, son montant est toujours extrêmement modeste : il est généralement compris suivant les propositions entre la moitié et les trois quarts du salaire minimum à plein temps, si bien qu’il ne peut s’agir par construction que d’un outil partiel de lutte contre les inégalités. Pour cette raison, il est d’ailleurs préférable de parler de revenu de base que de revenu universel (notion qui promet davantage que cette réalité minimaliste). Lire aussi la tribune : RSA jeunes : « Il est temps que les plus fortunés de nos aînés contribuent à leur tour »

Un outil plus ambitieux qui pourrait être mis en place en complément du revenu de base est le système de garantie d’emploi, récemment proposé dans le cadre des discussions sur le Green Deal (La Garantie d’emploi. L’arme sociale du Green New Deal, de Pavlina Tcherneva, La Découverte, 2021). L’idée est de proposer à toutes les personnes qui le souhaitent un emploi à plein temps au salaire minimum fixé à un niveau décent (15 dollars [12,35 euros] par heure aux Etats-Unis). Le financement serait assuré par l’Etat et les emplois seraient proposés par les agences publiques de l’emploi dans le secteur public et associatif (municipalités, collectivités, structures non lucratives). Placé sous le double patronage de l’Economic Bill of Rights proclamée par Roosevelt en 1944 et de la Marche pour l’emploi et la liberté organisée par Martin Luther King en 1963, un tel système pourrait contribuer puissamment au processus de démarchandisation et de redéfinition collective des besoins, en particulier en matière de services à la personne, de transition énergétique et de rénovation des bâtiments. Il permet aussi, pour un coût limité (1 % du PIB dans la proposition de Mme Tcherneva), de remettre au travail tous ceux qui en sont privés pendant les récessions et d’éviter ainsi des dommages sociaux irrémédiables.

Perte de docilité

Enfin, le dernier dispositif qui pourrait compléter l’ensemble, en complément du revenu de base, de la garantie d’emploi et de l’ensemble des droits associés à l’Etat social le plus étendu possible (éducation et santé gratuites, retraites et allocations-chômage fortement redistributives, droit syndical, etc.), est un système d’héritage pour tous. Quand on étudie l’inégalité dans le long terme, le plus frappant est la persistance d’une hyperconcentration de la propriété. Les 50 % les plus pauvres n’ont quasiment jamais rien possédé : 5 % du patrimoine total en France actuellement, contre 55 % pour les 10 % les plus riches. L’idée selon laquelle il suffit d’attendre que la richesse se diffuse n’a pas beaucoup de sens : si tel était le cas, on l’aurait vu depuis longtemps.

La solution la plus simple est une redistribution de l’héritage permettant à l’ensemble de la population de recevoir un héritage minimal, qui pour fixer les idées pourrait être de l’ordre de 120 000 euros (soit 60 % du patrimoine moyen par adulte). Versé à tous à l’âge de 25 ans, il serait financé par un mélange d’impôt progressif sur la fortune et sur les successions rapportant 5 % du revenu national (montant significatif mais envisageable à terme). Ceux qui actuellement n’héritent de rien auraient 120 000 euros, alors que ceux qui héritent de 1 million d’euros recevraient 600 000 euros après imposition et dotation. On est donc encore loin de l’égalité des chances, principe souvent défendu à un niveau théorique, mais dont les classes privilégiées se méfient comme de la peste dès lors que l’on envisage un début d’application concrète. Certains voudront mettre des contraintes à son utilisation ; pourquoi pas, à condition qu’elles s’appliquent à tous les héritages. https://www.youtube.com/embed/QQ7ytRIH4F8?autoplay=0&enablejsapi=1&origin=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr&widgetid=1

L’héritage pour tous vise à accroître le pouvoir de négociation de ceux qui ne possèdent rien, à leur permettre de refuser certains emplois, d’acquérir un logement, de se lancer dans un projet personnel. Cette liberté a tout pour effrayer les employeurs et les possédants, qui perdraient en docilité, et pour réjouir les autres. Nous sortons péniblement d’une longue mise sous cloche. Raison de plus pour se remettre à penser et à espérer.

Thomas Piketty(Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris)

Le salaire est-il l’ennemi de l’emploi ? L’exemple américain

Joe Biden lance la bataille du salaire minimal aux Etats-Unis

Le nouveau président américain veut doubler le salaire minimal pour le porter à 15 dollars de l’heure. Cela entraînera une révolution dans les Etats les plus pauvres du Sud et du Midwest et pour les minorités.

Par Arnaud Leparmentier(New York, correspondant) Publié le 25 janvier 2021 à 09h58

Temps de Lecture 5 min.

Manifestation en faveur d’un salaire minimum à 15 dollars de l’heure, devant le siège de McDonald’s, le 15 janvier à Chicago.
Manifestation en faveur d’un salaire minimum à 15 dollars de l’heure, devant le siège de McDonald’s, le 15 janvier à Chicago. SCOTT OLSON / AFP

Joe Biden a décidé de doubler le salaire minimal fédéral à 15 dollars (12,30 euros). Ce salaire fut instauré en 1938 par Franklin Delano Roosevelt pendant la Grande Depression mais il est devenu théorique ; son niveau est si bas – 7,25 dollars de l’heure depuis 2009 – qu’il concerne moins de 2 % des 80 millions de travailleurs américains payés à l’heure, soit 1,6 million de personnes. Si elle était étalée jusqu’en 2025, cette hausse entraînerait une augmentation de salaire directe pour 23 millions d’Américains, soit plus de 15 % de la population active, selon David Cooper, économiste à l’Economic Policy Institute (EPI).

La mesure n’est pas acquise, car elle doit être approuvée à 60 % par le Sénat, dans lequel les républicains détiennent la moitié des sièges. Mais la dynamique politique est forte sur le terrain. Depuis des années, faute d’action fédérale, ce sont les Etats et collectivités locales qui ont augmenté le salaire minimum local. En 2021, plus de 20 Etats auront augmenté le leur. Dernière à rejoindre le mouvement, la Floride a décidé par référendum en novembre 2020 de passer de 8,56 à 15 dollars d’ici à 2026.

Les écarts territoriaux restent considérables : la rémunération minimale locale est au plus haut dans les riches régions démocrates (San Franciso, 16,07 dollars, Seattle et New York (15 dollars), Californie (13 dollars) et au plus bas dans le Wyoming ou en Géorgie (5,15 dollars). Entre salaire minimal fédéral et local, c’est le plus élevé qui s’applique. Ainsi, une grande partie du chemin vers les 15 dollars a été de facto accomplie : au total, le salaire minimal « moyen » aux Etats-Unis était en 2019 de 11,80 dollars, selon l’économiste Ernie Tedeschi. Les entreprises ont bougé elles aussi : Amazon a augmenté sa rémunération à 15 dollars sous la pression politique et face au manque de main-d’œuvre.

Amazon a augmenté sa rémunération
à 15 dollars sous la pression politique
et face au manque de main-d’œuvre

La révolution Biden ne changera rien dans les régions riches au salaire local élevé, mais elle va entraîner une révolution dans les Etats les plus pauvres du Sud et du Midwest et auprès des minorités. Selon l’EPI, la hausse toucherait 28 % des salariés d’Alabama, de Louisiane et d’Arkansas, 26 % en Floride ou dans le Montana, mais personne en Californie et 1,4 % seulement dans l’Etat de New York. Elle bénéficierait à 25 % des Noirs, 20 % des Hispaniques et 13 % des Blancs. Dans la restauration et de l’hôtellerie, 40 % et 33 % des salariés en profiteraient, contre 3,7 % des employés du public et 10 % des salariés souvent syndiqués de l’industrie et de la construction. Le gain annuel moyen serait de 3 580 dollars, soit de 20 %. S’y ajoutent les gains de 2 760 dollars pour 10 millions de salariés payés au-dessus de 15 dollars et dont la rémunération serait poussée à la hausse par la dynamique du smic.

En termes réels, le salaire minimal fédéral n’a cessé de reculer : il fut d’abord laminé par l’inflation alors qu’il aurait fallu compenser la désyndicalisation des années 1980, qui réduisait le pouvoir de négociation des salariés. Ensuite, pour ne pas augmenter le coût du travail et lutter contre le chômage, les pouvoirs publics ont préféré instaurer des aides fiscales pour lutter contre la pauvreté. En 2007, après dix ans de pause, George W. Bush fit voter une hausse faisant progresser le salaire de 5,15 à 7,25 en juillet 2009. Mais ni Barack Obama, après la crise financière de 2008, ni Donald Trump n’ont décidé de nouvelle hausse, alors que le pays avait retrouvé le plein-emploi.

Les républicains craignent une pénalisation de l’emploi

Les républicains craignent que la hausse de Joe Biden pénalise l’emploi. C’est ce qu’a fait remarquer le 19 janvier le sénateur républicain Tim Scott (Caroline du Sud) à la secrétaire désignée au Trésor Janet Yellen. Une projection du Congrès estime que la mesure devrait détruire 1,3 million d’emplois. Mme Yellen a réfuté cette prédiction, estimant que les études contredisaient cette intuition : lorsqu’un Etat comme New York augmente le salaire minimal et que son voisin comme la Pennsylvanie ne le fait pas, on ne constate pas de baisse d’emplois supérieure à New York.

Les économistes progressistes estiment que le salaire minimal doit suivre les gains de productivité accomplis depuis un demi-siècle. C’est la manière de partager les fruits de la croissance. S’il en était ainsi, il faudrait que le salaire minimal atteigne 22,20 dollars en 2024. Ryan Bourne, économiste pour le site conservateur Cato Institute, conteste cette approche. Selon lui, le salaire minimal prévaut dans des secteurs comme le commerce, l’hôtellerie-restauration, la santé et l’éducation, ayant connu des gains de productivité les plus faibles (voire un déclin comme les bars). Ils ne pourraient pas se permettre une hausse des coûts salariaux.

L’économiste français Jean Pisani-Ferry rétorque qu’il peut y avoir une opportunité, forcer les secteurs restés en retrait à accomplir la modernisation nécessaire. « Cela supprime le serveur d’eau dans les restaurants américains », concède M. Pisani-Ferry. Ces salariés sont les plus mal payés, le salaire minimal fédéral des professions touchant un pourboire étant fixé depuis 1991 à… 2,13 dollars. La hausse Biden pourrait remettre sur le marché du travail des personnes qui en sont sorties, jugeant leur rémunération insuffisante et entraîner un cycle de productivité.

« Aucune personne travaillant quarante heures par semaine ne devrait être sous le seuil de pauvreté », Joe Biden

Le troisième argument est social. « Aucune personne travaillant quarante heures par semaine ne devrait être sous le seuil de pauvreté », a déclaré M. Biden. Effectivement, la hausse du salaire minimal ferait passer le revenu annuel au-dessus du niveau de pauvreté défini par l’Etat fédéral pour un couple avec deux enfants (26 000 dollars). Toutefois, cette mesure est jugée mal ciblée. « Le salaire minimal n’est pas un bon outil pour lutter contre la pauvreté », confirme Jean Pisani-Ferry. Celle-ci dépend énormément de la situation familiale : un jeune smicard habitant chez ses parents n’est pas pauvre, tandis qu’une mère élevant seule deux enfants l’est très souvent.

Le taux de pauvreté chez les familles dont un des membres touche le salaire minimal ou moins n’est « que » de 20 %, selon une étude gouvernementale « C’est pour cela que les économistes ont souvent considéré que les programmes comme les crédits d’impôts ciblaient mieux la réduction de la pauvreté », écrit Ryan Bourne. Il n’empêche, selon l’Economic Policy Institute, 50 % des ménages pauvres bénéficieraient de la hausse du salaire minimal et un tiers de ceux gagnant moins de deux fois le seuil de pauvreté. Article réservé à nos abonnés Lire aussi

Arnaud Leparmentier(New York, correspondant)Contribuer

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