Montée du précariat et ploutocratie (N.Roubini)

https://www.project-syndicate.org/commentary/main-street-manifesto-for-covid19-crisis-by-nouriel-roubini-2020-06/french

Le manifeste du précariat

NEW YORK – Si les manifestations de masse observées depuis le meurtre de George Floyd par un officier de police à Minneapolis dénoncent le racisme systémique et les violences policières aux États-Unis, elles sont le signal d’une révolte bien plus générale encore. Ceux qui envahissent aujourd’hui les rues de plus de 100 villes américaines incarnent une critique plus large du président Donald Trump, et de ce qu’il représente. Une importante sous-catégorie d’Américains de plus en plus endettés et socialement impuissants – Afro-Américains, Latinos, et Blancs dans une proportion croissante – se soulève actuellement contre un système qui l’a trahie.

Ce phénomène ne se limite évidemment pas aux États-Unis. Rien qu’en 2019, des manifestations massives ont notamment secoué Bolivie, Chili, Colombie, France, Hong Kong, Inde, Iran, Irak, Liban, Malaisie, Pakistan. Si ces épisodes ont été déclenchés par des détonateurs différents, tous sont le reflet d’une colère face au malaise économique, à la corruption, et au manque d’opportunités économiques.Ces mêmes facteurs contribuent à expliquer la montée du soutien électoral en faveur des dirigeants populistes et autoritaires ces dernières années. Après la crise financière de 2008, de nombreuses entreprises ont cherché à booster leurs profits en réduisant les coûts, à commencer par celui du travail. Plutôt que de recruter des employés dans le cadre de contrats de travail formels accompagnés de salaires et d’avantages satisfaisants, elles ont adopté un modèle basé sur le temps partiel, le travail horaire, le travail indépendant, et le travail à la mission, donnant ainsi naissance à ce que l’économiste Guy Standing appelle le « précariat ». Dans cette catégorie, explique-t-il, un certain nombre de « divisions intérieures ont conduit à la diabolisation des migrants et d’autres groupes vulnérables, dont certains sont exposés aux dangers de l’extrémisme politique ».Ce précariat correspond à la version moderne du prolétariat de Karl Marx : une nouvelle classe de travailleurs aliénés et précaires, enclins à se radicaliser et à se mobiliser contre la ploutocratie (que Marx appelait la bourgeoisie). Cette classe est à nouveau en augmentation aujourd’hui, à l’heure où des entreprises hautement endettées répondent à la crise du COVID-19 comme elles l’avait fait après 2008 : en taillant dans les coûts du travail, tout en profitant des sauvetages pour atteindre leurs objectifs de bénéfices.L’un des segments du précariat se compose des jeunes conservateurs blancs, religieux, au faible niveau d’études, qui habitent les petites villes et les régions semi-rurales, et qui ont voté pour Trump en 2016. Ils espéraient que le nouveau président agirait enfin contre le « carnage » économique décrit dans son discours d’investiture. Seulement voilà, si Trump a mené une campagne populiste, il a en fin de compte , en réduisant l’imposition des plus fortunés, en malmenant travailleurs et syndicats, en s’attaquant à l’Affordable Care Act (Obamacare), et plus généralement en appuyant des politiques défavorables à de nombreux Américains qui avaient voté pour lui.Avant le COVID-19, et avant même l’arrivée au pouvoir de Trump, quelque 80 000 Américains mourraient déjà chaque année d’overdose médicamenteuse, tandis que de nombreux autres sombraient dans le suicide, la dépression, l’alcoolisme, l’obésité, et autres maladies liées au mode de vie. Comme le soulignent Anne Case et Angus Deaton dans leur livre intitulé Deaths of Despair and the Future of Capitalism, ces pathologies impactent de plus en plus les Blancs désespérés, faiblement qualifiés, sans emploi ou sous-employés – une cohorte qui voit son taux de mortalité en milieu de vie augmenter.

Mais le précariat aux États-Unis se compose également de progressistes urbains, diplômés, qui depuis quelques années soutiennent des candidats de gauche comme les sénateurs Bernie Sanders pour le Vermont, ou Elizabeth Warren pour le Massachusetts. C’est cette catégorie d’Américains qui descend aujourd’hui dans la rue pour exiger non seulement la justice raciale, mais également des opportunités économiques (ces deux aspects étant en effet étroitement liés).

Rien de tout cela n’est surprenant, dans la mesure où les inégalités de revenus et de richesse s’accentuent depuis des décennies, en raison de parmi lesquels la mondialisation, le commerce, les migrations, l’automatisation, l’affaiblissement des syndicats, la montée en puissance des marchés du tout au vainqueur, ou encore les discriminations raciales. Le système d’éducation, racialement et socialement ségrégué, nourrit le mythe de la méritocratie tout en consolidant la position des élites, dont les enfants accèdent systématiquement aux meilleures écoles puis aux meilleurs emplois (avant de se marier généralement avec leurs semblables, ce qui reproduit éternellement les conditions dont ils ont eux-mêmes bénéficié).Dans le même temps, ces tendances créent des boucles de rétroaction politiques via le lobbying, le financement des campagnes, et d’autres formes d’influence qui consolident encore davantage un régime fiscal et réglementaire favorable aux plus fortunés. Comme s’en amuse Warren Buffet lui-même, pas étonnant que le taux d’imposition marginal de sa secrétaire soit inférieur au sien.« Les manifestants critiqués pour avoir pillé des entreprises sans avoir au préalable constitué une société d’investissement privé », titrait récemment le journal satirique The Onion. Les ploutocrates tels que Trump et ses amis pillent en effet les États-Unis depuis des décennies, en usant d’outils financiers hautement techniques, de brèches juridiques en matière de fiscalité et de faillite, et d’autres méthodes leur permettant de puiser richesse et revenus dans les classes moyenne et ouvrière. Dans ce contexte, l’indignation des commentateurs de Fox News autour d’une poignée d’épisodes de pillage à New York et dans d’autres villes constitue le summum de l’hypocrisie morale.Ce n’est un secret pour personne : ce qui est bon pour Wall Street ne l’est pas pour la population générale, ce qui explique pourquoi les grands indices boursiers ont atteint de nouveau sommets alors même que la classe moyenne se retrouvait démunie et plongée dans un désespoir encore plus profond. Le top 10 % des ultrariches possédant 84 % des actions, et la base des 75 % n’en détenant aucune, un marché boursier en hausse n’apporte absolument rien au portefeuille de deux tiers des Américains.Comme le démontre l’économiste Thomas Philippon dans The Great Reversal, la concentration du pouvoir oligopolistique dans les mains des grandes sociétés américaines aggrave les inégalités, et marginalise les citoyens ordinaires. Quelques licornes chanceuses (startups valorisées à plus d’un milliard $), dirigées par quelques heureux vingtenaires, ne changeront rien au fait que la plupart des jeunes Américains vivent une existence de plus en plus précaire, exerçant un travail indépendant qui ne les mène nulle part.Certes, le rêve américain a toujours été davantage une aspiration qu’une réalité. La mobilité économique, sociale et intergénérationnelle n’a jamais été à la hauteur de ce que promettait le mythe du self-made man ou de la self-made woman. Mais à l’heure où cette mobilité sociale décline, pendant que les inégalités se creusent, les jeunes d’aujourd’hui ont raison d’être en colère.Version moderne du prolétariat, le précariat se soulève aujourd’hui. Pour paraphraser Marx et Friedrich Engels dans le Le Manifeste du parti communiste : « Puissent les classes ploutocrates trembler à l’idée d’une révolution du Précariat. Les précaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Travailleurs précaires de tous les pays, unissez-vous ! ».Traduit de l’anglais par Martin Morel

Nouriel Roubini, Professor of Economics at New York University’s Stern School of Business and Chairman of Roubini Macro Associates, was Senior Economist for International Affairs in the White House’s Council of Economic Advisers during the Clinton Administration. He has worked for the International Monetary Fund, the US Federal Reserve, and the World Bank. His website is NourielRoubini.com.

De la difficulté à réaliser la transition énergétique (l’exemple de la convention citoyenne sur le climat)

Je n’ai pas lu l’ensemble du rapport mais uniquement cet article du Monde dans lequel on peut constater que lorsque les citoyens envisagent la transition énergétique, ils ne mobilisent pas l’instrument de la taxe carbone. Or, on peut se demander comment modifier les comportements sans les incitations produites par cette taxe ? Pourtant on sait que certains travaux académiques font de cet instrument, un instrument d’efficacité et de justice sociale (le principe du double dividende que l’on retrouve chez E.Laurent par exemple). Il est donc étonnant de constater comment les travaux des économistes influencent finalement très peu l’opinion publique. La solution que propose cette convention citoyenne pour décarboner l’économie = uniquement l’innovation. Ce sont donc des adaptes du principe de soutenabilité faible !

Climat : les 50 propositions de la convention citoyenne pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société »

Logement, voitures, alimentation, publicité, innovation : les mesures, que « Le Monde » s’est procurées, doivent encore être amendées et votées par l’assemblée plénière.

Par et Publié le 11 avril 2020 à 02h29 – Mis à jour le 11 avril 2020 à 14h24

Lors d’une manifestation pour la lutte contre le changement climatique, à Bordeaux, le 14 mars.
Lors d’une manifestation pour la lutte contre le changement climatique, à Bordeaux, le 14 mars. MEHDI FEDOUACH / AFP

Comment préparer la sortie de crise du Covid-19 ? Comment « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société », répondant tant au défi climatique que sanitaire et économique ? Réunis en visioconférence les 3 et 4 avril, les membres de la convention citoyenne pour le climat ont décidé d’envoyer, jeudi 9 avril, cinquante pistes de mesures à l’exécutif mais sans les rendre publiques. Elaborées par leurs cinq groupes thématiques – se loger, se déplacer, se nourrir, consommer, produire et travailler –, elles doivent encore être amendées et votées par l’assemblée plénière.

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Les 150 Français ont sélectionné celles qui permettent de répondre à un triple objectif : avoir un effet positif sur le climat, sur l’économie à court ou moyen terme dans un esprit de justice sociale ainsi que sur la santé et le bien-être des populations. Alternatives économiques a publié une partie des mesures vendredi, Le Monde, s’est procuré ces cinquante propositions.

  • Rénover 20 millions de logements

Les citoyens proposent tout d’abord de rendre obligatoire la rénovation énergétique globale des bâtiments d’ici à 2040, et d’ici à 2030 pour les « passoires thermiques », ces logements étiquetés F et G pour leurs faibles performances énergétiques. « Notre ambition, écrivent-ils, est de passer d’une rénovation par petits gestes et à petits pas à une rénovation globale (toit, isolation, fenêtres, chauffage et VMC), en multipliant par trois le rythme des rénovations. »

Cela représente environ 20 millions de logements à rénover de manière globale, dont environ 5 millions de « passoires thermiques », ainsi que des bâtiments tertiaires et publics, qui devront atteindre un niveau de performance énergétique A, B ou C. Actuellement, la loi énergie-climat, promulguée en novembre 2019, prévoit l’obligation de travaux dans les « passoires thermiques » à partir de 2028, mais sans rénovation globale et avec des objectifs de résultats moins ambitieux (pour atteindre au moins la classe E).

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Pour réaliser ce « grand chantier national », qui permettrait de créer des emplois, de réduire la facture énergétique et les dépenses de santé, les citoyens proposent des leviers incitatifs mais aussi des sanctions (par exemple un malus sur la taxe foncière), et des mesures d’accompagnement comme une « aide minimum pour tous » et un réseau de guichets uniques.

  • Contenir l’étalement urbain

Les citoyens souhaitent ensuite lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain « de manière beaucoup plus efficace », afin d’agir en faveur de la biodiversité et de réduire les consommations d’énergie liées aux déplacements. Il s’agirait notamment de limiter, entre 2021 et 2030, le nombre d’hectares artificialisés par commune au quart de ce qui a été artificialisé entre 2000-2020, de stopper « immédiatement » les aménagements de nouvelles zones commerciales périurbaines « très consommatrices d’espaces » ou encore d’autoriser les réquisitions de logements et de bureaux vacants.

  • Réduire la place de la voiture individuelle

Les « 150 » se sont également attaqués au chantier des transports et en particulier de la voiture individuelle, qui représente 16 % des émissions de gaz à effet de serre du territoire.

Pour encourager d’autres modes de transport, le groupe « se déplacer » propose de rendre obligatoire et d’augmenter (entre 500 et 1 800 euros par an) la prime de mobilité durable prévue par la loi d’orientation des mobilités pour qu’elle bénéficie à l’ensemble des Français qui effectuent leur trajet domicile-travail à vélo ou par le biais du covoiturage.

Ils veulent aussi augmenter les montants du fonds vélo de 50 à 200 millions d’euros par an pour financer des pistes cyclables et interdire l’accès aux centres-villes pour les véhicules les plus polluants. Les citoyens souhaitent également accroître l’usage du train, notamment en réduisant la TVA sur les billets de 10 % à 5,5 %.

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La convention propose de nombreuses mesures visant à faire évoluer rapidement le parc automobile français, majoritairement thermique et composé d’une part croissante de SUV. Il s’agit, entre autres, d’interdire dès 2025 la commercialisation de véhicules neufs très émetteurs (plus de 110 g de CO₂/km), de proposer des prêts à taux zéro pour l’achat d’un véhicule propre et d’augmenter les bonus pour les véhicules peu polluants et, dans le même temps, de renforcer « très fortement » les malus pour ceux qui polluent.

  • Favoriser les circuits courts et une alimentation durable

La crise sanitaire et ses effets sur le mode de vie, le confinement en premier lieu, ont évidemment donné plus de force à l’une des mesures du groupe de travail « se nourrir », avec le développement des circuits courts. La mesure n’est pas nouvelle puisqu’elle figure déjà dans la loi Egalim d’octobre 2018, mais, selon les citoyens de la convention, le changement de pratiques est insuffisamment mis en œuvre. Ils souhaitent promouvoir des outils comprenant « la création de fermes municipales et de plates-formes de regroupement des productions ». Il faut aussi, écrivent-ils, « utiliser le levier de la commande publique pour valoriser les produits issus de circuits courts, locaux, durables et à faible coût environnemental, sous la forme d’un “guide d’achat” à adresser aux acheteurs publics ».

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Dans ce chapitre consacré à l’alimentation, les citoyens mettent encore en avant le développement des pratiques agroécologiques, et de « renégocier le CETA [traité de commerce entre l’Union européenne et le Canada] au niveau européen ».

  • Freiner la surconsommation

La volonté de tourner la société vers des modes d’alimentation et de production plus sains se retrouve aussi dans les nombreuses propositions issues du groupe de travail « consommer ». L’essentiel porte sur l’éducation et la formation du consommateur aux pratiques de « sobriété numérique », ainsi qu’à l’environnement et au développement durable. Afin d’« encourager la participation citoyenne », les membres de la convention proposent de décliner celle-ci dans de « miniconventions citoyennes pour le climat, pour élaborer collectivement des propositions concrètes pour l’environnement dans nos villes, nos campagnes, nos quartiers, nos régions »…

Surtout, les citoyens appellent à réguler la publicité pour « mettre un frein à la surconsommation ». Il s’agirait, dès 2023, d’interdire la publicité sur les produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre (« une sorte de loi Evin sur le climat ») mais aussi, de manière plus générale, de « limiter fortement les incitations quotidiennes et non choisies ».

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Les panneaux publicitaires seraient ainsi prohibés « dans les espaces publics extérieurs », hors l’information locale ou culturelle. De même, proposition est faite que soit rendue obligatoire dans toutes les publicités une mention de type « En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète ».

  • Décarboner l’économie

La sortie de crise devrait aussi être l’occasion, estiment les membres de la convention citoyenne, de revisiter les modes de production et de travail. L’objectif est d’accélérer la transition vers une économie décarbonée, un objectif européen et français fixé à 2050.

Pour l’atteindre, les citoyens proposent que « d’ici à 2025, tout soutien à l’innovation s’inscrive dans une logique de sortie d’un modèle basé sur le carbone ». La recherche publique doit être financée dans les secteurs de l’innovation ayant un intérêt environnemental et écologique. Il faut « sortir de l’innovation pour l’innovation ». Ainsi pointent-ils le passage de la 4G vers la 5G qui générerait plus de 30 % de consommation d’énergie carbonée en plus, « sans réelle utilité (pas de plus-value pour notre bien-être) ».

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Parmi les cinquante propositions transmises, se trouvent aussi l’augmentation de la longévité des produits et la réduction de la pollution liée aux modes de production et de fonctionnement : écoconception, développement des filières de réparation et de réemploi, du recyclage aussi, d’ici à 2023.

Même si l’impact de ces mesures est moins important sur les émissions de gaz à effet de serre, elles touchent aux ressources et aux pollutions. Elles sont donc « emblématiques d’un changement de société que nous souhaitons », écrivent les conventionnels.

De la difficulté à réaliser la transition énergétique (l’exemple du plan de relance français)

 On va investir des milliards dans des entreprises polluantes sans aucune contrepartie »

Le député écologiste Matthieu Orphelin s’insurge contre le projet consistant à augmenter la participation de l’Etat sans contrepartie dans des secteurs comme l’automobile ou l’aérien, durement touchés par l’épidémie due au coronavirus.

Propos recueillis par Publié le 16 avril 2020 à 18h36 – Mis à jour le 16 avril 2020 à 19h03

Le député Matthieu Orphelin, le 4 février à l’Assemblée nationale.
Le député Matthieu Orphelin, le 4 février à l’Assemblée nationale. THOMAS SAMSON / AFP

Le projet de budget rectificatif qui prévoit un paquet de mesures d’urgence pour permettre de soutenir l’économie française en pleine crise sanitaire doit être voté en urgence, vendredi 17 avril, à l’Assemblée nationale. Parmi les dispositions de ce plan de plus de 100 milliards d’euros, figure une ligne budgétaire de 20 milliards d’euros, dont l’objectif prioritaire est de « contribuer au redressement économique et financier des entreprises stratégiques les plus affectées par la crise sanitaire ».

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Le député écologiste du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin (ex-La République en marche, LRM) estime que le gouvernement fait une erreur en ne conditionnant aucunement ces aides au respect de la trajectoire climatique de la France.

Pourquoi vous semble-t-il important d’intégrer la question climatique dans ce budget d’urgence ?

Ce qui est en cours est absolument fou : on va voter sur 20 milliards de participation de l’Etat dans des entreprises sans demander aucune garantie ou aucune trajectoire qui respecte l’accord de Paris sur le climat ! Ces soutiens sont bien sûr indispensables pour préserver nos emplois, mais il faut les conditionner à des engagements de moyen terme. La logique dans laquelle est le gouvernement, c’est : « Il faut d’abord sauver les entreprises, la transformation et le climat, on verra après. » Cela révèle un problème de compréhension des enjeux : on va déverser des milliards d’argent public, sans fixer aucun cadre sur le monde d’après ? Les enjeux climatiques n’ont pas disparu soudainement.

On voit que tous les lobbys industriels et polluants sont à l’œuvre. Le Medef a déjà écrit à la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, pour demander à renégocier les lois sur la mobilité ou sur l’économie circulaire. C’est comme si on n’apprenait rien d’une crise sur l’autre. On va investir des milliards dans des entreprises polluantes sans aucune contrepartie.

Que peut-on demander à ces grandes entreprises en difficulté ?

Premièrement, ces entreprises devraient s’engager à respecter les règles existantes et ne pas batailler pour les amoindrir. On voit le lobby de l’automobile à l’œuvre – y compris Renault et PSA – qui fait pression au niveau européen pour repousser les limitations d’émissions des véhicules, qui doivent s’appliquer dès cette année. C’est irresponsable. Leur imposer de respecter les engagements pris me semble être la moindre des choses.

Ensuite, il faut se projeter sur le moyen terme. D’accord pour aider Air France, mais en réfléchissant à progressivement arrêter des lignes intérieures et à les remplacer par des offres TGV, comme par exemple Paris-Bordeaux ou Paris-Lyon. Ou généraliser le roulage électrique des avions sur les tarmacs, par exemple. Il ne s’agit pas de tout faire du jour au lendemain, mais d’imposer une trajectoire.

Vous critiquez également la manière dont se déroule ce vote…

On nous demande en vingt-quatre heures de voter 20 milliards d’euros de soutien public ! Cela peut se justifier pour les aides sur du fonds de solidarité, mais on parle ici de participer au capital d’entreprises. Mais ces délais ne respectent aucune règle de l’Assemblée et aucun cadre démocratique. Nous avons déposé un amendement, soutenu par plusieurs députés LRM, pour demander une prise en compte de l’accord de Paris et des impératifs climatiques au texte. Mais, puisque chaque groupe est représenté par trois députés seulement pour respecter les mesures de confinement, les députés signataires ne pourront même pas voter pour leur propre amendement !