Google vs UE (Le Monde)

Google de nouveau sanctionné à Bruxelles
Cécile Ducourtieux Et Alexandre Piquard (À Paris)
Le géant américain s’est vu infliger 1,49 milliard d’euros d’amende par la Commission pour abus de position dominante. C’est la troisième fois que l’institution le condamne
BRUXELLES – bureau européen
Et de trois. Mercredi 20 mars, la Commission européenne a sanctionné Google d’une nouvelle amende pour abus de position dominante : 1,49 milliard d’euros. Cette fois-ci, la décision concerne AdSense for Search, un système de publicité contextuelle du leader mondial de la recherche en ligne.
Google a cherché à « empêcher » l’essor de ses rivaux, a expliqué la Commissaire européenne à la concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, à l’occasion d’une conférence de presse. Les deux précédentes sanctions visaient le système d’exploitation Android, qui équipe smartphones et tablettes, et le comparateur de prix Google Shopping.
« Entre 2006 et 2016, Google a eu un comportement illégal avec AdSense for Search », a estimé Mme Vestager. Ce service permet à tous types de sites Web d’installer sur leurs pages un moteur de recherche de Google qui, quand un internaute tape un mot-clé, affiche des liens de publicité contextuelle. Si le visiteur clique sur ces liens, Google et le site qui affiche AdSense for Search sont rémunérés.
Le problème, selon la Commission, est que Google a limité artificiellement la possibilité, pour les sites, d’utiliser des services d’affichage de publicités contextuelles concurrents : d’abord, le géant de la recherche en ligne a imposé, dans ses contrats, « l’exclusivité » de son service, de 2006 à 2009. Puis il a exigé que les partenaires affichent « un minimum de liens publicitaires » d’AdSense for Search et lui réservent « les meilleurs emplacements ».
« Un cercle vicieux »
Pour répondre à ces accusations, Google a procédé à certains ajustements et a « mis fin à ces clauses en 2016 », a noté Margrethe Vestager. « Mais le marché publicitaire est régi par de puissants effets de réseau, qui favorisent les acteurs ayant la plus grande taille. Les clauses de Google ont créé un cercle vicieux », a jugé la commissaire. Celle-ci a reconnu que le marché de l’intermédiation publicitaire avait, pour Google, une valeur limitée et en décroissance, mais a rappelé qu’il le dominait à plus de 70 %.
Jusqu’au bout, Margrethe Vestager a placé son mandat, qui se termine théoriquement fin octobre, sous le signe des sanctions spectaculaires. En juillet 2018, elle avait déjà infligé à Google une amende record de 4,34 milliards d’euros en raison de « pratiques illégales » favorisant, sur son système d’exploitation Android, son moteur de recherche et son navigateur. Un an plus tôt, elle avait frappé un grand coup en décidant d’une amende de 2,42 milliards d’euros – la toute première de cette importance – car Google Shopping était accusé de défavoriser les autres comparateurs de prix.
Avec Google Shopping, AdSense est l’un des premiers services de Google à avoir attiré l’attention de l’institution communautaire, dès 2009, en raison de plaintes de concurrents. A l’époque, le commissaire chargé de la concurrence, l’Espagnol Joaquin Almunia, avait opté pour une négociation avec Google. Le géant américain avait proposé une série de modifications, jugées cependant insuffisantes. En arrivant à Bruxelles, Mme Vestager a privilégié une approche radicalement différente : la manière forte et les lourdes amendes. Google a certes interjeté appel des deux premières auprès de la Cour de justice de l’Union européenne, mais il se garde désormais de contester trop frontalement les sanctions.
On sent presque une lassitude chez les dirigeants du groupe, qui aimeraient en finir avec ces enquêtes et la pression médiatique qu’elles entretiennent. « Des marchés prospères sont dans l’intérêt de tous », a plaidé Kent Walker, vice-président responsable des affaires internationales chez Google, dans un post de blog publié juste avant la décision de Mme Vestager. « Chaque année, nous appliquons des milliers de modifications à nos produits, encouragés par le retour d’expérience de nos partenaires et de nos utilisateurs. Ces dernières années, nous avons aussi modifié Google Shopping, notre système de licences d’applications mobiles, ou AdSense en réponse directe aux préoccupations de la Commission », a-t-il ajouté.
Politique ferme
Est-ce une manière d’apaiser l’ire des plaignants, qui restent vigilants ? Ou de préparer le terrain politiquement au changement de Commission – et de commissaires – qui devrait résulter des élections européennes du 26 mai ? Mercredi, M. Walker a promis que, « dans les prochains mois », Google offrirait plus de choix à ses utilisateurs. « Nous allons commencer à demander aux utilisateurs de nos appareils Android en Europe quels navigateurs et moteurs de recherche ils souhaitent choisir ». Sur Google Shopping, le groupe teste une nouvelle mise en page proposant des liens directs vers d’autres comparateurs de prix.
« Ce sont des développements positifs. C’est une bonne nouvelle que Google renforce ses efforts », a salué Margrethe Vestager. Mais la commissaire s’est servie des changements effectués par l’entreprise pour justifier sa politique ferme : en juin 2018, seulement 30 % des cases de l’espace Google Shopping montraient un concurrent du service de Google, contre 75 % aujourd’hui, s’est-elle félicitée. La part des clics générés vers des services rivaux serait, elle, passée de 6 % à 40 %.
Si Google est prudent, c’est que les dossiers politiques et réglementaires sont loin d’être clos. Outre les débats en cours sur la fiscalité du numérique, Mme Vestager a confirmé qu’elle allait « se pencher dans le détail » sur deux autres services de Google : ses moteurs de recherche d’annonces d’emploi et de commerces de proximité. La commissaire a aussi dit attendre « très bientôt » un rapport commandé à trois experts sur l’impact du numérique.
L’enjeu est politique. L’importance du thème de la régulation des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) dans la campagne des européennes et le résultat des élections donneront des indications sur la suite. D’autant plus que Mme Vestager, qui a nié mercredi être hostile aux entreprises technologiques américaines, devrait être candidate pour remplacer Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission.
Interrogée sur la « politisation » de son action et la compatibilité de sa fonction de commissaire avec sa candidature aux européennes, l’intéressée a répondu que les règles de la concurrence étaient « transparentes » et qu’elle espérait, par son action, « amener des gens à voter » pour combattre la forte abstention. Un discours de campagne.

Abus de position dominante, Google sanctionné par l’UE

http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2019/03/20/32001-20190320ARTFIG00077-publicite-en-ligne-l-europe-condamne-google-a-une-amende-de-149-milliard-d-euros.php

Fusion Alstom-Siemens (la décision de la Commission européenne de la concurrence)

La Commission européenne justifie son rejet de la fusion Alstom-Siemens

Lionel Steinmann Le 06/02 à 12:16

Les deux groupes souhaitaient créer un géant européen du ferroviaire. Mais Bruxelles a jugé que ce rapprochement serait néfaste pour la concurrence.

La Commission européenne a annoncé mercredi, comme prévu, qu’elle bloquait  le projet de fusion Siemens-Alstom . Une décision que Margrethe Vestager, la commissaire chargée de la Concurrence, a justifiée avec énergie lors d’une conférence de presse, répliquant (sans les nommer) aux critiques virulentes formulées ces derniers jours par les deux entreprises concernées.

Elle a d’abord vanté le sérieux du travail de ses équipes, qui ont démarré leur enquête au mois de juillet 2018, et ont examiné dans ce cadre « plus de 800.000 documents ». Sur la plupart des marchés couverts par les deux groupes, comme les rames de métro ou les trains régionaux par exemple, de nombreux constructeurs ferroviaires sont présents et la fusion de Siemens et d’Alstom n’aurait pas posé de problème.

« Des observations négatives »

Mais ce n’est pas le cas pour les trains à très grande vitesse et pour la signalisation ferroviaire, deux domaines sur lesquels la fusion « aurait réduit de manière significative la concurrence, a avancé Margrethe  Vestager. Sur certains segments, il n’y aurait même plus eu de concurrence du tout. » Ce qui se serait traduit par une hausse des prix pour les clients et une réduction de l’innovation.

La Commission n’était pas seule à faire cette analyse, a souligné la Danoise. « Durant l’enquête, elle a reçu plusieurs plaintes émanant de clients, de concurrents, d’associations professionnelles et de syndicats. Elle a aussi reçu des observations négatives de plusieurs autorités nationales de la concurrence ».

« Pas de remèdes appropriés »

Face aux problèmes soulevés, Alstom et Siemens « auraient pu obtenir notre approbation en apportant des solutions appropriées. Mais ces remèdes n’étaient pas très clairs », a pointé Margrethe Vestager, les deux entreprises ayant refusé selon elle des cessions d’actifs à la hauteur des enjeux. Dès lors, « l’interdiction s’imposait. »

La commissaire a également écarté de manière très sèche  la réalité de la menace chinoise, souvent invoquée par les partisans de la fusion pour la justifier. « CRRC réalise 90 % de son chiffre d’affaires en Chine. Mais il n’y a aucune perspective d’entrée des Chinois en Europe dans un avenir prévisible. » Même constat sur le marché de la signalisation ferroviaire : « Ils ne sont nulle part en Europe. »

Questionnée sur les pressions politiques exercées par Paris et Berlin, Margrethe Vestager s’est posée en garante de l’intérêt de l’ensemble de l’Union : « L’intérêt pour cette fusion a été très important de la part de l’Allemagne et de la France, mais il y a 26 autres pays qui eux aussi ont un intérêt pour ce marché, a-t-elle soutenu. Ce n’est pas seulement ceux qui crient le plus fort qu’il faut écouter, mais aussi ceux qui nous ont écrit pour exprimer leurs préoccupations. »

« Une mauvaise décision »

Cela n’a pas empêché les patrons des deux entreprises et les gouvernants des deux pays de monter dans les décibels, après l’officialisation du veto bruxellois. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a dénoncé « une mauvaise décision » prise « sur de mauvais fondements ». La secrétaire d’Etat à l’Economie, Agnès Pannier-Runacher, a qualifié le veto de « complètement à côté de la plaque ».

Même son de cloche chez Siemens : « Protéger les intérêts des clients localement ne signifie pas se priver d’être sur un pied d’égalité avec des pays leaders comme la Chine et les Etats-Unis », a déploré le patron Joe Kaeser. A l’inverse, les syndicats français d’Alstom se sont déclarés « satisfaits » de la décision de la Commission, alors que le canadien Bombardier (concurrent direct de Siemens et Alstom) s’est dit, lui, « heureux ».

Lionel Steinmann

Le développement de la finance peut provoquer la maladie hollandaise (le Monde 6/10/2018)

La  » malédiction de la finance  » étouffe l’économie

Le poids excessif de la City a eu un impact négatif sur le PIB du Royaume-Uni, montre une nouvelle étude

Les politiciens qui se lèchent les babines à l’idée d’attirer de nombreux banquiers à Paris grâce au Brexit feraient bien de faire attention à ce qu’ils souhaitent.. Economiquement, cela pourrait se retourner contre eux « , prévient Nicholas Shaxson.

L’auteur de The Finance Curse. How Global Finance is Making Us All Poorer ( » la malédiction de la finance « éditions Bodley Head, non traduit), sortie presse le 5  octobre, n’est pas un dangereux -anticapitaliste primaire. La finance est absolument nécessaire au développement économique, selon le journaliste. Mais son ouvrage vient vulgariser un -concept ancien, redéveloppé depuis une dizaine d’années par un groupe d’économistes : trop de finance peut finir par étouffer la croissance.

Une nouvelle étude, d’Andrew Baker, de l’université britannique de Sheffield, Gerald Epstein, de l’université du Massachusetts à Amherst, et Juan Montecino, de l’université de Columbia, à New York, publiée pour coïncideravec la parution du livre, chiffre pour la première fois les dégâts de cet excès de finance pour le Royaume-Uni, pays où la City possède un poids prépondérant. Résultat : de 1995 à 2015, le pays aurait perdu 4 500  milliards de livres, l’équivalent de deux ans du -produit intérieur brut (PIB) actuel. Soit 170 000  livres par foyer en moyenne.  » Le chiffre est une estimation qui demande d’autres recherches, précise immédiatement M.  Baker. Mais il est gigantesque, et c’est un ordre de grandeur qui donne une bonne idée de la façon dont la finance écrase tout le reste de l’économie. «  Ce résultat est particulièrement intéressant comparé à celui des Etats-Unis : sur la même période, la première puissance économique mondiale aurait perdu environ un an de PIB seulement.  » Le coût pour le Royaume-Uni serait donc deux à trois fois plus grand parce que la finance y est proportion-nellement beaucoup plus importante « , explique M. Baker. Au Royaume-Uni, le secteur financier pèse 6,5  % de l’économie, après un pic à 9  % en  2009. En Europe, seuls le Luxembourg (27  %) et la Suisse (9  %) ont des secteurs financiers plus importants. En France, son poids est de 4  %, d’après une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Il identifie une série de phénomènes où le secteur financier déforme le reste de l’économie, à commencer par un brain drain des meilleurs talents.  » Les ingénieurs spécialisés dans l’aérospatial finissent par modéliser les risques des firmes financières plutôt que de travailler sur des fusées « , résume M. Baker. Les salaires très élevés renchérissent le coût de la vie à Londres, repoussant dans les lointaines banlieues enseignants et infirmières. L’attraction des flux financiers augmente le niveau de la livre sterling, sapant la compétitivité des autres secteurs d’activité..  » Londres et son secteur financier dominent les autres régions du Royaume-Uni depuis si longtemps que le pays a fini par perdre une partie de ses compétences « , estime M.  Baker.

Nombreux phénomènes actuelsL’étude de M.. Baker met aussi au jour un autre phénomène : plus le secteur financier est important, plus les flux financiers se dirigent majoritairement vers des activités peu productives.  » Au Royaume-Uni, seuls 3,5  % des prêts vont vers l’industrie « , s’inquiète-t-il. L’immense majorité va vers l’immobilier et les actifs financiers, provoquant des bulles et une économie circulaire sans réelle valeur ajoutée.

Les seuls bénéficiaires directs en sont les personnes qui travaillent dans le secteur financier lui-même : c’est un traditionnel phénomène de  » rente « , comme le documentaient déjà les économistes classiques.

L’ensemble de ces phénomènes coûterait 2 700  milliards de livres, selon l’étude, auxquels il faut ajouter 1 800  milliards de livres dus à la crise financière de 2008, ce qui donne le total de 4 500  milliards de livres.

La  » malédiction de la finance  » est un concept dérivé de la malédiction du pétrole : beaucoup de pays riches en matières premières restent très pauvres, écrasés par un seul secteur qui développe la corruption, aspire tous les meilleurs talents, renchérit le coût de la vie et le cours de la monnaie locale…

Dans les années 1990, M.  Shaxson était journaliste, basé en Angola, et il a largement documenté le phénomène. En  2007, il a -rencontré John Christensen, un ancien conseiller économique de l’île de Jersey qui a ensuite fondé Tax Justice Network, l’une des associations britanniques les plus influentes de la lutte contre l’évasion fiscale. Pour ce dernier, le constat était évident : à Jersey, la finance écrasait tout le reste, et ses rapports appelant à la diver-sification de l’économie restaient lettre morte, tandis que les secteurs économiques locaux étaient asphyxiés.  » Quand John Christensen m’en a parlé,le parallèle m’a paru immédiatement -logique, se rappelle M. Shaxson. Le concept permet de rassembler de nombreux phénomènes actuels : la financiarisation de l’économie, le développement des paradis fiscaux, le poids excessif des monopoles, le court-termisme… « 

Si Adam Smith, Karl Marx ou encore John Maynard Keynes ont tous averti des risques de l’excès de finance, très peu d’économistes avaient tenté de chiffrer son impact. La crise de 2008 a changé les choses. En  2012, une étude du Fonds monétaire international a mis au jour une sorte de plafond maximal de la finance : quand les prêts au secteur privé dans un pays dépassent 90  % ou 100  % du PIB, la croissance commence à ralentir. Or, ce niveau atteignait 134  %, en  2016, au Royaume-Uni. Depuis, la recherche a progressé. La parution de ce livre, et de cette nouvelle étude, espère maintenant vulgariser le concept.

Éric Albert

  • Les chiffres
    4 500

    C’est, en milliards de livres, ce qu’aurait perdu le Royaume-Uni entre 1995 à 2015 à cause du poids excessif de la finance. Soit l’équivalent de deux ans du produit intérieur brut actuel.

    23 000

    C’est, en milliards de dollars la perte atteinte (depuis 1990) par les Etats-Unis, soit environ un an de PIB.

    134  %

    C’est, en  2016, la part des prêts au secteur privé rapporté au PIB du Royaume-Uni. Au-delà de 90  % ou de 100  % du PIB, l’impact sur la croissance est négatif.

    6,5  %

    C’est le poids du secteur -financier dans l’économie -britannique.

Politique de la concurrence (Samsung vs Apple)

Le Monde 26 Mai 2018

Samsung lourdement sanctionné aux Etats-Unis
Le sud-coréen a été condamné à verser 539 millions de dollars de dommages à Apple pour violation de brevets
Quatre jours de déli-bérations ont été nécessaires pour aboutir à un verdict. Jeudi 24 mai, au tribunal de San Jose (Californie), un jury populaire a infligé un cinglant revers judiciaire à Samsung, lui ordonnant de payer 539 millions de dollars (460 millions d’euros) de dommages à Apple pour violation de brevets. S’appuyant sur une décision favorable de la Cour suprême des Etats-Unis, le groupe sud-coréen estimait devoir verser vingt fois moins à son grand rival. Il dit désormais étudier  » toutes les options « ,dont un appel.

Ce procès, le troisième dans cette affaire, constituait le dernier épisode d’un interminable marathon judiciaire, lancé il y a plus de sept ans. Il avait seulement pour objectif de déterminer le montant des réparations. Et non d’étudier la culpabilité de Samsung, déjà condamné en août 2012 pour avoir enfreint plusieurs brevets détenus par Apple dans la conception d’une vingtaine de smartphones et tablettes. Ces brevets concernaient notamment des éléments de design, comme le boîtier rectangulaire avec les coins arrondis et la grille d’applications, éléments caractéristiques des premiers modèles d’iPhone.

Lors du premier procès, Samsung avait été condamné à payer 1,05 milliard de dollars. Après une série de recours et d’appels, cette somme avait été ramenée à 930 millions, puis à 548 millions de dollars. L’entreprise avait alors saisi la Cour suprême, remettant en cause la méthode de calcul utilisée par la justice américaine. Celle-ci reposait sur l’interprétation d’une loi votée en 1887, qui attribue au plaignant l’ensemble des profits réalisés par un produit qui enfreint un brevet relatif au design.

Fin 2015, le fabricant de la gamme Galaxy, numéro un -mondial du secteur, avait obtenu gain de cause : l’annulation de 399 millions de dollars de dommages.  » La Cour suprême avait estimé que le plaignant ne devait pas forcément recevoir l’intégralité des bénéfices, indique Mark McKenna, professeur de droit à l’université de Notre-Dame.Mais elle n’avait pas expliqué dans quel cas de figure il devait toucher tous les profits, ni quels éléments devaient permettre d’établir le montant du préjudice « .

Débats très techniques
Autant de questions complexes auxquelles ont dû répondre les jurés. Pour Samsung, les brevets incriminés n’ont joué qu’un rôle mineur dans les décisions d’achat des consommateurs. Il chiffrait les dommages à seulement 28 millions de dollars. Au contraire, Apple a assuré que le succès de son concurrent était directement lié à l’apparence de ses produits, copiée sur celle de l’iPhone. Il réclamait plus d’un milliard de dollars, arguant que le précédent jugement avait considérablement sous-estimé les profits réalisés par Samsung.

Avant le procès, de nombreux experts prédisaient cependant que la société américaine ne pourrait pas obtenir davantage que les 399 millions de dollars qui lui avaient précédemment été accordés. Le verdict, qui a accordé 140 millions de plus, a donc surpris. Au cours de la semaine d’audiences, les experts se sont succédé à la barre. Et les débats ont essentiellement été techniques, peut-être trop techniques.

 » Il semble que les jurés ont eu des difficultés à appréhender tous les éléments du dossier, souligne Brian Love, professeur à l’université de Santa Clara. Il est donc possible qu’ils aient décidé de trancher pour une somme située au milieu des demandes des deux parties.  » Victoire importante pour Apple, ce jugement  » va à l’encontre d’une décision unanime de la Cour suprême « , regrette Samsung.

Au cours des prochains jours, l’entreprise va pouvoir déposer des recours pour contester certains calculs des jurés. Puis elle pourra faire appel auprès d’une cour fédérale composée de trois juges. Si le verdict est confirmé, Samsung aura encore la possibilité de saisir la Cour suprême, mais  » il est peu probable qu’elle accepte l’affaire « , estime M. McKenna. Samsung devra alors verser les réparations dues à Apple.

En revanche, si le verdict est annulé en appel, un quatrième procès se tiendra, une nouvelle fois à San Jose. A la demande de la juge en charge du dossier, les deux sociétés se disent également prêtes à négocier un accord à l’amiable. Mais toutes les négociations ont jusqu’à présent échoué.

Malgré ses victoires judiciaires, Apple n’a jamais obtenu l’interdiction à la vente des smartphones de Samsung sur le sol américain. Et les sommes en jeu restent faibles comparées aux profits des deux rivaux. En 2014, ils s’étaient entendus pour abandonner toutes les poursuites engagées hors des Etats-Unis. Un mouvement qui touche l’ensemble du secteur. La vaste guerre des brevets que se livraient depuis des années les acteurs du mobile a quasiment pris fin avec la multiplication d’accords à l’amiable.

Jérôme Marin

Diversification de Google et politique de la concurrence (Le Figaro)

La question du démantèlement des Gafa se pose de plus en plus. l’article suivant permet d’illustrer la stratégie de ces grandes firmes afin d’accéder aux données personnelles des utilisateurs du numérique connecté ; on sait que ces données sont véritablement la matière première sur laquelle elles fondent leur recherche de valeur ajoutée. L’article reste factuel, n’aborde pas la politique de la concurrence, mais il permet d’illustrer cette problématique.

Nest passe sous pavillon Google et perd son deuxième cofondateur

Après Tony Fadell, Matt Rogers quitte le spécialiste de la maison connectée, Nest, qui vient d’être incorporée dans la division «hardware» de Google.

Matt Rogers quitte le nid. Après le rachat de Nest, entreprise qu’il a fondée avec Tony Fadell, par Google en 2014, les relations s’étaient peu à peu détériorées entre la maison mère et sa nouvelle filiale. Jeudi dernier, Google annonçait qu’il réintégrait la société dans sa division hardware (équipements électroniques) alors qu’elle était jusque-là dans celle «autres paris» («others bets») d’Alphabet, la maison mère de Google. Le mouvement de trop pour Matt Rogers? À n’en pas douter puisque dans la foulée, il a annoncé quitter Nest, sans acrimonie. «Nest a été une merveilleuse expérience, la créer a été l’honneur de ma carrière», a-t-il expliqué dans un tweet, «Je ne pourrais pas être plus fier de ce que nous avons tous accompli et j’ai hâte de voir les prochaines étapes pour Nest». Il se consacrera au fonds de capital-risque incite.org qu’il a aussi cofondé.

Matt Rogers et Tony Fadell ont cofondé Nest il y a neuf ans, avant de céder leur entreprise à Google en 2014 pour 3,2 milliards de dollars. Le montant de la transaction reste un record pour une acquisition d’une société dans l’Internet des Objets. Nest avait ensuite absorbé Dropcam, ce qui avait conduit à de nombreuses difficultés de management dans le groupe. Difficultés qui ont poussé Tony Fadell a quitté l’entreprise en juin 2016.

Néanmoins, Nest dispose d’un précieux savoir-faire dans le domaine de la maison intelligente. Ses thermostats, détecteurs de fumée et caméra, tous connectés, sont conçus pour apprendre les habitudes des occupants du foyer. Nest se targue d’être capable de décrypter les besoins de chacun en termes de chauffage, pour apporter le meilleur confort possible et, dans le même temps, réaliser des économies d’énergie. Ce qui est un point d’entrée dans l’univers de la maison connectée, sur laquelle Google a pris une sérieuse option avec ses assistants personnels Google Home. En les mariant officiellement avec Nest, le géant américain fait un pas de plus dans la prise en main de la vie quotidienne de ses clients.

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