Politique de la concurrence (Samsung vs Apple)

Le Monde 26 Mai 2018

Samsung lourdement sanctionné aux Etats-Unis
Le sud-coréen a été condamné à verser 539 millions de dollars de dommages à Apple pour violation de brevets
Quatre jours de déli-bérations ont été nécessaires pour aboutir à un verdict. Jeudi 24 mai, au tribunal de San Jose (Californie), un jury populaire a infligé un cinglant revers judiciaire à Samsung, lui ordonnant de payer 539 millions de dollars (460 millions d’euros) de dommages à Apple pour violation de brevets. S’appuyant sur une décision favorable de la Cour suprême des Etats-Unis, le groupe sud-coréen estimait devoir verser vingt fois moins à son grand rival. Il dit désormais étudier  » toutes les options « ,dont un appel.

Ce procès, le troisième dans cette affaire, constituait le dernier épisode d’un interminable marathon judiciaire, lancé il y a plus de sept ans. Il avait seulement pour objectif de déterminer le montant des réparations. Et non d’étudier la culpabilité de Samsung, déjà condamné en août 2012 pour avoir enfreint plusieurs brevets détenus par Apple dans la conception d’une vingtaine de smartphones et tablettes. Ces brevets concernaient notamment des éléments de design, comme le boîtier rectangulaire avec les coins arrondis et la grille d’applications, éléments caractéristiques des premiers modèles d’iPhone.

Lors du premier procès, Samsung avait été condamné à payer 1,05 milliard de dollars. Après une série de recours et d’appels, cette somme avait été ramenée à 930 millions, puis à 548 millions de dollars. L’entreprise avait alors saisi la Cour suprême, remettant en cause la méthode de calcul utilisée par la justice américaine. Celle-ci reposait sur l’interprétation d’une loi votée en 1887, qui attribue au plaignant l’ensemble des profits réalisés par un produit qui enfreint un brevet relatif au design.

Fin 2015, le fabricant de la gamme Galaxy, numéro un -mondial du secteur, avait obtenu gain de cause : l’annulation de 399 millions de dollars de dommages.  » La Cour suprême avait estimé que le plaignant ne devait pas forcément recevoir l’intégralité des bénéfices, indique Mark McKenna, professeur de droit à l’université de Notre-Dame.Mais elle n’avait pas expliqué dans quel cas de figure il devait toucher tous les profits, ni quels éléments devaient permettre d’établir le montant du préjudice « .

Débats très techniques
Autant de questions complexes auxquelles ont dû répondre les jurés. Pour Samsung, les brevets incriminés n’ont joué qu’un rôle mineur dans les décisions d’achat des consommateurs. Il chiffrait les dommages à seulement 28 millions de dollars. Au contraire, Apple a assuré que le succès de son concurrent était directement lié à l’apparence de ses produits, copiée sur celle de l’iPhone. Il réclamait plus d’un milliard de dollars, arguant que le précédent jugement avait considérablement sous-estimé les profits réalisés par Samsung.

Avant le procès, de nombreux experts prédisaient cependant que la société américaine ne pourrait pas obtenir davantage que les 399 millions de dollars qui lui avaient précédemment été accordés. Le verdict, qui a accordé 140 millions de plus, a donc surpris. Au cours de la semaine d’audiences, les experts se sont succédé à la barre. Et les débats ont essentiellement été techniques, peut-être trop techniques.

 » Il semble que les jurés ont eu des difficultés à appréhender tous les éléments du dossier, souligne Brian Love, professeur à l’université de Santa Clara. Il est donc possible qu’ils aient décidé de trancher pour une somme située au milieu des demandes des deux parties.  » Victoire importante pour Apple, ce jugement  » va à l’encontre d’une décision unanime de la Cour suprême « , regrette Samsung.

Au cours des prochains jours, l’entreprise va pouvoir déposer des recours pour contester certains calculs des jurés. Puis elle pourra faire appel auprès d’une cour fédérale composée de trois juges. Si le verdict est confirmé, Samsung aura encore la possibilité de saisir la Cour suprême, mais  » il est peu probable qu’elle accepte l’affaire « , estime M. McKenna. Samsung devra alors verser les réparations dues à Apple.

En revanche, si le verdict est annulé en appel, un quatrième procès se tiendra, une nouvelle fois à San Jose. A la demande de la juge en charge du dossier, les deux sociétés se disent également prêtes à négocier un accord à l’amiable. Mais toutes les négociations ont jusqu’à présent échoué.

Malgré ses victoires judiciaires, Apple n’a jamais obtenu l’interdiction à la vente des smartphones de Samsung sur le sol américain. Et les sommes en jeu restent faibles comparées aux profits des deux rivaux. En 2014, ils s’étaient entendus pour abandonner toutes les poursuites engagées hors des Etats-Unis. Un mouvement qui touche l’ensemble du secteur. La vaste guerre des brevets que se livraient depuis des années les acteurs du mobile a quasiment pris fin avec la multiplication d’accords à l’amiable.

Jérôme Marin

Publicités

Diversification de Google et politique de la concurrence (Le Figaro)

La question du démantèlement des Gafa se pose de plus en plus. l’article suivant permet d’illustrer la stratégie de ces grandes firmes afin d’accéder aux données personnelles des utilisateurs du numérique connecté ; on sait que ces données sont véritablement la matière première sur laquelle elles fondent leur recherche de valeur ajoutée. L’article reste factuel, n’aborde pas la politique de la concurrence, mais il permet d’illustrer cette problématique.

Nest passe sous pavillon Google et perd son deuxième cofondateur

Après Tony Fadell, Matt Rogers quitte le spécialiste de la maison connectée, Nest, qui vient d’être incorporée dans la division «hardware» de Google.

Matt Rogers quitte le nid. Après le rachat de Nest, entreprise qu’il a fondée avec Tony Fadell, par Google en 2014, les relations s’étaient peu à peu détériorées entre la maison mère et sa nouvelle filiale. Jeudi dernier, Google annonçait qu’il réintégrait la société dans sa division hardware (équipements électroniques) alors qu’elle était jusque-là dans celle «autres paris» («others bets») d’Alphabet, la maison mère de Google. Le mouvement de trop pour Matt Rogers? À n’en pas douter puisque dans la foulée, il a annoncé quitter Nest, sans acrimonie. «Nest a été une merveilleuse expérience, la créer a été l’honneur de ma carrière», a-t-il expliqué dans un tweet, «Je ne pourrais pas être plus fier de ce que nous avons tous accompli et j’ai hâte de voir les prochaines étapes pour Nest». Il se consacrera au fonds de capital-risque incite.org qu’il a aussi cofondé.

Matt Rogers et Tony Fadell ont cofondé Nest il y a neuf ans, avant de céder leur entreprise à Google en 2014 pour 3,2 milliards de dollars. Le montant de la transaction reste un record pour une acquisition d’une société dans l’Internet des Objets. Nest avait ensuite absorbé Dropcam, ce qui avait conduit à de nombreuses difficultés de management dans le groupe. Difficultés qui ont poussé Tony Fadell a quitté l’entreprise en juin 2016.

Néanmoins, Nest dispose d’un précieux savoir-faire dans le domaine de la maison intelligente. Ses thermostats, détecteurs de fumée et caméra, tous connectés, sont conçus pour apprendre les habitudes des occupants du foyer. Nest se targue d’être capable de décrypter les besoins de chacun en termes de chauffage, pour apporter le meilleur confort possible et, dans le même temps, réaliser des économies d’énergie. Ce qui est un point d’entrée dans l’univers de la maison connectée, sur laquelle Google a pris une sérieuse option avec ses assistants personnels Google Home. En les mariant officiellement avec Nest, le géant américain fait un pas de plus dans la prise en main de la vie quotidienne de ses clients.

Stabilité financière – extrait du manuel Politique Economique (Bénassy-Quéré et alii)

« Politique économique », 4ème édition

Extraits: Comment la stabilité financière est arrivée au cœur de la politique économique européenne.

La stabilité financière au cœur de la politique économique européenne© SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Stabilité financière

Une conséquence importante de la Grande crise financière a été de faire de la stabilité financière une dimension majeure de la politique économique. Alors que celle-ci relevait préalablement de régulateurs sectoriels, et que ministres ou gouverneurs des banques centrales s’en préoccupaient à peine, elle est devenue l’un des principaux objectifs stratégiques de la politique économique parallèlement à la croissance, à l’emploi, à la stabilité des prix ou à l’équité. Cela se comprend : comme l’a rappelé la partie 1, les crises financières peuvent avoir des conséquences dramatiques pour l’économie et pour les finances publiques. Toutes les grandes banques centrales publient aujourd’hui des rapports annuels sur la stabilité financière, et divers organismes ont été créés ou mis à niveau dans ce but. Alors qu’avant la crise, les discussions de politique économique internationale avaient tendance à être exprimées en termes déterministes, beaucoup plus d’attention est aujourd’hui consacrée aux risques, en particulier ceux qui proviennent de la sphère financière. Au sommet de Pittsburgh en 2009, les chefs d’État et de gouvernement du G20 ont lancé un vaste programme de réformes réglementaires, dont découlent les principales réformes détaillées dans le reste de ce chapitre. Ce programme a été mis en œuvre par le Conseil de stabilité financière qui associe banques centrales, régulateurs et ministères des Finances des grands pays développés et émergents.

“La “stabilité financière” ne constitue toutefois pas (en tout cas, pas encore) un domaine autonome de la politique économique”

La “stabilité financière” ne constitue toutefois pas (en tout cas, pas encore) un domaine autonome de la politique économique. L’analyse fait apparaître diverses complémentarités ou, au contraire, divers arbitrages avec d’autres domaines tels que la politique monétaire ou la politique de concurrence. Les politiques de stabilité financière sont de deux sortes. Les politiques microprudentielles visent à assurer la stabilité et la sécurité des institutions et des marchés pris individuellement (par exemple la régulation des banques, des assurances et du marché des valeurs mobilières). Elles reposent d’une part sur des normes visant à assurer la résilience et la transparence des institutions prises une à une, d’autre part sur le suivi de leurs comportements. Les politiques macroprudentielles visent à assurer la stabilité et l’efficacité du système financier dans son ensemble tout au long du cycle d’activité et de crédit. Au sens large, ces politiques mettent en jeu une série de leviers transversaux allant de la politique monétaire aux normes de crédit et éventuellement même à la politique budgétaire et fiscale, et nécessitent une bonne coordination entre différentes entités publiques. Dans un sens plus étroit, elles reposent sur une boîte à outils d’instruments spécifiques, applicables principalement aux banques et actionnés par une autorité macroprudentielle qui est souvent, mais pas toujours, la banque centrale. Dans ce qui suit, nous examinons ces deux dimensions tour à tour, avec une attention particulière aux défis réglementaires posés à la zone euro.

Réglementation et surveillance bancaires

Les banques sont soumises à une réglementation spécifique ainsi qu’à un contrôle prudentiel appelé supervision ou surveillance bancaire 41. Les grandes banques sont contrôlées en temps réel par des équipes chargées de vérifier que les règles sont appliquées et d’évaluer si les risques sont correctement mesurés et gérés.

Les autorités publiques en charge de cette surveillance sont généralement (mais pas toujours) indépendantes et sont souvent (mais pas toujours) intégrées à la banque centrale. Aux États-Unis, la surveillance des banques est répartie entre trois autorités : la Réserve fédérale, la Federal Deposit Insurance Corporation ou FDIC et le Bureau du contrôleur de la monnaie. Au Royaume-Uni, elle est opérée par la Prudential Regulation Authority qui fait partie de la Banque d’Angleterre (avant la crise, elle relevait d’une entité autonome qui surveillait également les marchés financiers, la Financial Services Authority). Dans la zone euro, elle relève depuis 2013 de la Banque centrale européenne pour les plus grandes banques et d’autorités nationales pour les plus petites (en France, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution ou ACPR). Au Japon comme en Allemagne, la surveillance bancaire est exercée par des autorités distinctes de la banque centrale (Japanese Financial Services Authority et Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht ou BaFin), placées sous l’autorité du gouvernement et qui sont également en charge de la surveillance des marchés. Les mérites respectifs des deux modèles (surveillance intégrée à la banque centrale ou séparée) font l’objet de débats.

“Les autorités publiques en charge de cette surveillance sont généralement (mais pas toujours) indépendantes et sont souvent (mais pas toujours) intégrées à la banque centrale”

La réglementation bancaire est décidée par les gouvernements et les parlements nationaux, mais elle découle d’un ensemble de règles mondiales dont sont convenus les régulateurs rassemblés au sein du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, un comité de la Banque des règlements internationaux. Depuis la Grande crise financière, le Comité de Bâle s’est ouvert aux grandes économies émergentes.

Principes

La réglementation bancaire porte en priorité sur le capital des institutions bancaires et sur leur liquidité, qui ont été considérablement renforcés après la Grande crise financière. Ils ont été complétés par des mesures spécifiques qui visent à éviter que les plus grandes banques ne soient “trop grandes pour faire faillite” (“too big to fail”). Il s’agissait de remédier à l’aléa moral créé par l’éventualité d’un renflouement public, c’est-à-dire d’une privatisation des profits et d’une socialisation des pertes.

À la grande frustration des économistes, l’affectation des instruments aux objectifs est moins claire en matière de réglementation bancaire que ce que Jan Tinbergen aurait probablement conseillé : les ratios de capital obligatoire poursuivent plusieurs objectifs et ils interagissent avec la réglementation de la liquidité. Par exemple, les coussins de liquidité (c’est-à-dire l’obligation faite aux banques de détenir des montants suffisants d’actifs sans risque, voir ci-dessous), présentent le bénéfice auxiliaire de réduire le risque de crédit pesant sur les banques, tandis qu’à l’inverse, des coussins de capital élevés protègent leur liquidité en rassurant les déposants sur leur solvabilité. L’utilisation d’instruments multiples peut toutefois se justifier par la multiplicité des sources de risque pour les banques et par l’incertitude sur l’efficacité de chaque instrument (Haldane, 2017). L’encadré 6.11 donne un aperçu des ratios de capital et de liquidité et discute plus en détail leurs raisons d’être.

“À la grande frustration des économistes, l’affectation des instruments aux objectifs est moins claire en matière de réglementation bancaire que ce que Jan Tinbergen aurait probablement conseillé”

Comme on l’a vu précédemment, la liquidité n’est pas exclusivement fournie par les banques, mais aussi par des acteurs de marché comme les fonds du marché monétaire ou les investisseurs qui prêtent des titres qui peuvent être mis en pension. Le risque de liquidité en dehors des banques crée également des externalités et appelle une réglementation et/ou une intervention publique. Nous y viendrons dans la partie consacrée à la réglementation du marché des capitaux.

Réglementation et surveillance bancaire dans la zone euro

Comme on l’a vu plus haut dans ce chapitre et au chapitre 5, la crise de la zone euro a été amplifiée par le lien étroit, ou boucle fatale, entre le crédit souverain et le crédit bancaire, en particulier dans de petites économies comme l’Irlande et Chypre dotées de systèmes bancaires hypertrophiés par rapport à l’économie nationale. La décision politique annoncée en juillet 2012 de lancer une union bancaire, initialement entre les 19 États membres de la zone euro, visait à briser cette boucle fatale et à atténuer l’impact des crises futures.

Mettre fin à la “boucle fatale” entre banques et États : l’union bancaire

La corrélation entre les coûts d’assurance contre l’insolvabilité des banques et des États est significativement plus élevée dans la zone euro que dans le reste du monde. Cette corrélation est due aux dettes et créances croisées entre banques et États, et au fait que la banque centrale n’agit pas comme prêteur en dernier ressort à l’égard de ces derniers : d’une part, une grande partie des avoirs des banques est constituée d’obligations souveraines du même pays, qui sont considérées comme sans risque par la réglementation européenne ; d’autre part, jusqu’à la mise en place des règles de recapitalisation interne, il était tenu pour acquis que les banques seraient renflouées en cas de difficulté par leur État d’origine, ce qui créait pour celui-ci un engagement implicite (hors-bilan). Un ensemble de décisions ont été prises en juillet 2012 pour briser la “boucle fatale” :

Un mécanisme de surveillance unique ou MSU, hébergé par la BCE à Francfort, supervise directement les 130 plus grandes banques de la zone euro, harmonise les définitions et les pratiques de supervision pour toutes les banques et supprime progressivement les différences entre pays dans la mise en œuvre de la loi européenne. Le MSU est régi par un Conseil de supervision de 25 membres, dont une présidente, une vice-présidente, 4 membres nommés par la BCE et les 19 chefs des autorités nationales de supervision (Schoenmaker et Véron, 2016).

Un mécanisme de résolution unique ou MRU approuve les plans de redressement des banques et, si nécessaire, organise leur résolution. Le MRU est régi par un Conseil de résolution unique hébergé par la Commission européenne à Bruxelles. Un Fonds de résolution unique doté de 55 milliards d’euros est mis en place entre 2016 et 2023 sur la base de contributions des banques, mutualisées progressivement par les États membres.

Un ensemble de règles ont été inscrites dans la directive sur le redressement et la résolution des banques (en anglais, BRRD) pour organiser la résolution des banques et sécuriser leur capacité d’absorption des pertes. La garantie des dépôts a été testée dans plusieurs pays (Espagne, Slovénie, Italie et, surtout, Chypre) et la procédure de résolution européenne a été utilisée pour la première fois en juin 2017 pour une banque espagnole, Banco Popular (voir Philippon et Salord, 2017) ;

Dans le domaine macroprudentiel, compétence a été donnée à la BCE de compléter si nécessaire les décisions prises par les autorités nationales.

Trois mesures importantes ont cependant été reportées à une date indéfinie :

La création d’un système européen de garantie des dépôts afin que le coût de cette garantie (obligatoire jusqu’à 100 000 euros par compte bancaire) ne soit pas entièrement supporté par chaque gouvernement, mais mutualisé ;

La possibilité pour le mécanisme européen de stabilité de procéder à une recapitalisation directe de banques (sans passer par le canal d’un prêt à l’État national, comme ce fut le cas pour l’Espagne en 2012) ;

“La création d’un système européen de garantie des dépôts
La possibilité pour le mécanisme européen de stabilité de procéder à une recapitalisation directe de banques
Des incitations pour que les banques réduisent leur exposition au risque souverain”

Des incitations pour que les banques réduisent leur exposition au risque souverain, soit sous la forme de limites quantitatives, soit sous la forme d’exigences de capital non nulles (contrairement à la situation actuelle) sur les expositions souveraines non diversifiées.

Ainsi, la “boucle fatale” n’a pas été vraiment rompue. Le risque bancaire et risque souverain demeurent corrélés.

Le livre
Politique économique

Ouvrage collectif d’Agnès Benassy-Quéré, Benoît Cœuré, Pierre Jacquet et Jean Pisani-Ferry‘Politique économique’ est une quatrième édition publiée par Deboeck Supérieur. L’ouvrage destiné à un public d’étudiants est en passe de devenir aussi célèbre que le “Raymond Barre” des années 70. “Ceci n’est pas un manuel”, proclame Jean Pisani-Ferry. De fait, c’est une interface entre la recherche pointue et la politique économique au concret. C’est aussi un guide pour l’action publique. De son côté, Benoît Cœuré remarque que dans la version sortie en 2007 “on enseignait le monde sans la finance”. Aujourd’hui, c’est une force du “bouquin” (666 pages) que d’articuler les avancées théoriques entre finance et macro. L’ouvrage propose également un appareil mathématique pour appuyer les démonstrations, mais chacun a la possibilité de s’en passer. Même sans équations, les argumentaires sont convaincants. Bien des praticiens de la vie publique auraient avantage à puiser, dans la rigueur des raisonnements tenus, matière à décider plus rationnellement.

Les auteurs
Agnès Bénassy-Quéré est professeur à l’Ecole d’économie de Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle a été aussi présidente du Conseil d’analyse économique.
Benoît Cœuré est membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) et professeur associé à Sciences Po.
Pierre Jacquet est président du Global Development Network (GDN) et professeur à l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées.
Jean Pisani-Ferry est professeur à la Hertie School of Governance (Berlin) et professeur associé à Sciences Po.

Publié le

Qualcomm et sanction pour comportement déloyal (Le Monde)

Bruxelles inflige au groupe américain Qualcomm une amende de près d’un milliard d’euros

L’entreprise est accusée d’avoir versé d’énormes sommes à son client Apple pour qu’il ne s’approvisionne pas auprès de ses rivaux.

Le Monde.fr avec AFP | • Mis à jour le | Par Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)

Abonnez vous à partir de 1 € Réagir Ajouter

Margrethe Vestager a encore frappé. Et fort : mercredi 24 janvier, la commissaire à la concurrence a annoncé une amende de près d’un milliard d’euros (997 millions d’euros) à l’encontre du géant américain de composants électroniques Qualcomm, accusé d’avoir versé d’énormes sommes à son client Apple pour qu’il ne s’approvisionne pas auprès de ses rivaux. Des pratiques considérées comme un abus de position dominante, en contradiction avec les règles de l’Union européenne (UE) sur les pratiques anticoncurrentielles.

« Qualcomm a illégalement évincé ses concurrents », a déclaré la Danoise. Selon la commissaire, Qualcomm « a versé des milliards de dollars » à Apple pour s’assurer sa fidélité, le contrat entre les deux géants du numérique courant sur 2011-2016.

« Ces paiements n’étaient pas de simples réductions de prix, mais étaient effectués à la condition qu’Apple utilise exclusivement les puces de Qualcomm dans tous ses iPhone et ses iPad. Cela signifie qu’aucun rival ne pouvait lutter contre Qualcomm sur ce marché, peu importe la qualité de leurs produits », a expliqué Mme Vestager, mercredi.

L’amende représente plus de 4 % du chiffre d’affaires 2017 du groupe américain. « J’espère qu’elle sera dissuasive », a précisé la commissaire. Elle sera directement versée au budget de l’UE, comme c’est le cas dans les affaires d’abus de position dominante en Europe.

Le fabricant a annoncé sa volonté de faire appel. « Nous sommes certains que cet accord [avec Apple] n’enfreint pas les règles de la concurrence de l’Union européenne », a déclaré Donald Rosenberg, vice-président de Qualcomm.

Enquête ouverte en 2015

Le 12 octobre, les autorités taïwanaises avaient déjà imposé une amende record de plus de 770 millions de dollars au constructeur, pour atteinte à la concurrence et manipulation de prix dans une autre enquête, lancée en 2015.

Lire aussi :   Qualcomm condamné pour abus de position dominante en Chine

A Bruxelles, une enquête avait également été ouverte en 2015 par la Commission. Qualcomm est de loin le premier fournisseur de circuits intégrés pour les smartphones. La Commission s’est intéressée tout particulièrement à une gamme de produits : des systèmes de processeurs LTE, du nom de la norme de téléphonie de troisième et quatrième générations, pour réseaux 3G et 4G. Sur ce créneau particulièrement porteur, la multinationale détenait une part de marché écrasante, de l’ordre de 90 %, entre 2011 et 2016. selon Bruxelles.

Intel est également présent sur ce marché, mais comme d’autres concurrents de Qualcomm, il s’est vu barrer l’accès à Apple, un client pourtant majeur, qui représentait environ un tiers de la demande mondiale pour ces composants sur la période du contrat avec Qualcomm, selon la Commission. Le fabricant des iPhone et des iPad n’a commencé à se fournir auprès d’Intel qu’à partir du moment où le contrat avec Qualcomm est arrivé à expiration, courant 2016.

« Se faire concurrence sur la base du mérite »

« Les multinationales en position dominante doivent se faire concurrence sur la base du mérite. C’est aussi simple que cela », a asséné Mme Vestager, se réjouissant néanmoins que ce marché ultraconcentré des composants pour smartphones soit « davantage concurrentiel aujourd’hui ».

Avec cette nouvelle condamnation, Mme Vestager prouve à nouveau qu’elle n’a pas froid aux yeux. Depuis qu’elle est en poste (fin 2014) à Bruxelles, elle a redonné à la politique concurrentielle de l’Union tout son lustre. A son actif, notamment, trois enquêtes pour abus de position dominante, et une amende contre le géant Google pour violation des règles de la concurrence contre Google. Ou encore l’obligation faite à Apple de rembourser pour 13 milliards d’euros d’aides d’Etat à l’Irlande, et les condamnations d’Amazon et de Starbucks, également pour aides d’Etat, respectivement du Luxembourg et des Pays-Bas.

Son aura est telle que son nom revient avec insistance, aujourd’hui, pour prendre la tête de la présidence de la Commission fin 2019, à la fin du mandat de Jean-Claude Juncker. La Danoise, issue de la famille libérale européenne, refuse de confirmer si elle sera candidate à ce poste. Elle s’est contentée de souhaiter un deuxième mandat à la concurrence, dans le quotidien économique belge L’Echo du 16 janvier : « Avec un deuxième mandat, je sens qu’on peut faire des choses fantastiques. » « C’est un superbe poste », a-t-elle insisté, mercredi.

Abonnez vous à partir de 1 € Réagir Ajouter

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/01/24/le-fabricant-qualcomm-condamne-a-une-amende-de-pres-d-un-milliard-d-euros_5246351_3234.html#BKUpbBoj46GWx0R0.99

Gafa et monopole sur la publicité (Libération)

La pub hexagonale, un duopole Google-Facebook

Par Christophe Alix
La croissance de la publicité numérique s’est accélérée à +12% en France, selon l’Observatoire de l’e-pub, qui révèle que Google et Facebook ont encore renforcé leur poids Photo LOIC VENANCE. AFP

De plus en plus numérique et mobile, la publicité en France est dominée de manière écrasante par les deux géants américains qui concentrent à eux seuls 78% des investissements des annonceurs.

Le support numérique confirme sa place au premier rang des investissements publicitaires en France. Sa croissance s’est accélérée à +12% l’an dernier selon l’étude de l’Observatoire de l’e-pub publié jeudi. Grâce à l’essor du mobile, la publicité digitale franchit le cap des 4 milliards d’euros (34,4% du marché publicitaire global) avec deux acteurs en situation de quasi-monopole, Google et Facebook, qui trustent à eux seuls plus des trois quarts du marché.

Déjà passée devant la télévision en 2016 (3,2 milliards d’euros et 27,2% de part de marché), la publicité numérique est de plus en plus «mobile»: avec presque 1,7 milliard d’euros (et +34%) l’écran portable n’est plus très loin de faire jeu égal avec l’ordinateur. A lui seul, le mobile capte d’ailleurs quasiment l’équivalent des investissements cumulés dans l’affichage et la radio. «Il s’agit de la plus grosse croissance depuis quatre ans, ce qui est une bonne nouvelle pour le marché digital. Et surtout un très bon chiffre pour un marché mature», comme la France, a observé Matthieu Aubusson, associé chez PwC au cours de la présentation de l’étude.

90% de la pub mobile pour Google et Facebook

En 2017, Google et Facebook auront capté 92% de la croissance du premier marché publicitaire en France et concentré 78% des investissements des annonceurs dans le numérique. Autrement dit, l’ensemble des sites et applications mobiles des médias – presse, télévision, radio – n’ont plus qu’à se partager 22% du marché, soit moins de 800 millions d’euros. Et sur le mobile, qui devrait bientôt devenir à lui seul le premier support publicitaire toutes catégories confondues, leur domination est encore plus écrasante avec une part de marché de 90% selon l’étude.

Au palmarès des formats publicitaires numériques les plus prisés par les annonceurs, le «search» (recherches sur Internet dont les résultats sont accompagnés de liens sponsorisés) reste en tête et progresse de 8% à 2,05 milliards d’euros. Un marché dominé par Google qui détient une part de marché de 90% dans les moteurs de recherche en France, bien plus importante qu’elle ne l’est par exemple aux Etats-Unis et dans d’autres pays.

Quant au «display» (bannières publicitaires, vidéos et contenus réalisés pour des marques dits «brand contents»), il croît de 20% à 1,45 milliard d’euros. Un domaine où Facebook arrive probablement en tête mais où YouTube, le site de partage de vidéos de Google est également très présent.

Comme l’an dernier, Sophie Poncin, la présidente du SRI (Syndicat des régies Internet) a de nouveau alerté sur «l’installation durable d’un grand déséquilibre» et d’une «forte concentration du marché». Mais à regarder ces chiffres, on voit mal comment les médias, qui misent désormais à fond sur les abonnements payants pour dégager des revenus de leurs activités en ligne, pourraient contrebalancer le rouleau compresseur des deux géants américains.

Christophe Alix

Gafa et politique de la concurrence (Le nouvel économiste)

Silicon Valley, nous avons un problème

Le ‘techlash’ contre Amazon, Facebook et Google, et comment ils peuvent y faire face

Un memo imaginaire analyse les réponses antitrusts souhaitables et non souhaitables

Le 'techlash' contre Amazon, Facebook et Google, et comment ils peuvent y faire face© Reed Saxon/AP/SIPA

The Economist

Chers Jeff, Mark et Sundar (si je puis me permettre cette familiarité)

J’imagine que vous êtes contrariés par le feu couvant contre la tech depuis que nous nous sommes rencontrés par hasard dans le désert, en septembre. Le ressentiment contre vos entreprises a en effet augmenté. Vous trouverez en pièce jointe de ce courriel le rapport complet que je vous avais promis, analysant les risques politiques et économiques graves que courent vos entreprises.

J’espère que vous lirez tout jusqu’au bout, merci de ne pas diffuser mon travail à vos subordonnés, aucun de nous ne souhaite une fuite de ce courriel dans la presse.

Les enseignements clés sont qu’il est assez probable que l’un d’entre vous finira comme le mannequin géant du festival Burning man, quand la foule y met le feu, pour le voir avec une fascination ravie se consumer en un tas de cendres.

Les choses sont compliquées en Europe depuis un moment. Elles empirent. Après avoir asséné une amende de 2,7 milliards de dollars à Google en 2017, la commissaire européenne à la concurrence Magrethe Vestager veut aller plus loin. Les gouvernements montrent aussi les dents. En décembre, l’office de répression des fraudes allemand a accusé Facebook d’abuser de sa position pour espionner les internautes. La France a menacé de sanctionner Facebook pour avoir partagé des données avec ses différentes applications. Presque chaque jour, vous vous faites taper sur les doigts pour ne pas faire suffisamment la police dans les contenus que vous diffusez, dont les vidéos d’extrémistes, des vidéos de “revenge porn” [vengeance par diffusion publique de vidéos intimes, ndt] qui apparaissent sur vos réseaux.

“Les enseignements clés sont qu’il est assez probable que l’un d’entre vous finira comme le mannequin géant du festival Burning man, quand la foule y met le feu, pour le voir avec une fascination ravie se consumer en un tas de cendres”

L’Amérique n’est plus le refuge qu’elle était. Sous Barack Obama, la tech était traitée comme le joyau des actifs américains. Il couvrait vos arrières. Les candidats à la Maison-Blanche en 2020, quels qu’ils soient, vont probablement se présenter avec un programme anti-tech d’un genre ou d’un autre. Les démocrates ont déjà promis de “s’attaquer aux monopoles”. Les républicains, non contents de vous haïr parce que vous êtes des libéraux de la côte Ouest qui veulent à n’importe quel prix imposer leurs opinions politiquement correctes, ont aussi des impératifs économiques. Regardez comment le département de la Justice est en train de tenter de bloquer l’acquisition de AT&T par Warner, un producteur de contenus. Je sais qu’ils ont tué le principe de la neutralité du Net. Mais c’est surtout parce qu’ils haïssent tout ce qu’a fait Obama.

Pendant ce temps, une poignée de procureurs dans les États américains, dont celui du Missouri, ont ouvert des enquêtes sur Google. Chacune d’entre elles pourrait allumer la mèche. Le procès fédéral de l’anti-trust contre Microsoft a débuté après les enquêtes d’États américains sur son comportement. Le Texas avait joué un grand rôle pour briser la Standard Oil dans les années 1880. Le Sherman Act de 1890 arriva et en 1911, avant même que la loi dite Clayton Act soit même votée, la prunelle des yeux de John D. Rockefeller, la plus grande entreprise de son époque, gisait au sol en trente-quatre morceaux. Vous devriez frémir si vous entendiez en ce moment un consultant à Washington parler d’Amazon, Facebook et Google comme des “Standard Commerce, Standard Social and Standard Data” actuels.

Rockefeller fut à son époque l’homme le plus riche du monde. Ne croyez pas que cette couronne aidera celui qui la portera au moment où la musique s’arrêtera. Le fait que quatre des cinq sociétés cotées en bourse les plus riches soient des groupes de tech, avec une valeur agrégée de 3 000 milliards de dollars, vous donne de la carrure. Comme les chiffres d’affaires colossaux que la plupart d’entre vous transforment en profits. Mais que tous les chiffres qui sortent de votre secteur soit énormes – à l’exception de votre déclaration d’impôts – est l’une des raisons qui vous créent tant d’ennemis.

“Rockefeller fut à son époque l’homme le plus riche du monde. Ne croyez pas que cette couronne aidera celui qui la portera au moment où la musique s’arrêtera”

Il y a une lueur d’espoir. Presque tous vos services sont toujours follement populaires. Vos clients utilisent vos produits pour communiquer, s’orienter, rechercher des informations, acheter et socialiser. C’est l’une des raisons pour laquelle les investisseurs considèrent la rhétorique anti-tech comme des rodomontades politiques. Mais l’humeur des marchés pourrait changer rapidement. Un analyste de RBC Capital, Mark Mahaney, a publié récemment une liste des “10 surprises que l’internet pourrait réserver en 2018”. Une “Action concrète en matière de réglementation” contre la tech arrive en tête. Il estime que la probabilité est basse mais “plus haute que celle donnée par les marchés”. Et l’impact pourrait être énorme.

“Tech” n’est pas encore un gros mot, mais pourrait bientôt le devenir.

De BAADD à pire

Dans votre secteur, on aime les acronymes. Laissez-moi donc vous en expliquer un nouveau : “BAADD”. On dit que vous êtes trop “Big”, Anti-concurrentiel, Addictifs, et Destructeurs pour la Démocratie.

Ceux qui vous reprochent d’être “big” se basent sur les recherches de ‘The Economist’, de think-tanks et de travaux universitaires, qui dénoncent la concentration croissante des entreprises américaines, à mettre en regard des inégalités. La valeur de vos montagnes de données commence à être connue, d’autant que vous continuez à investir de nouveaux domaines qui collectent encore plus d’informations sur les consommateurs tout en les liant toujours plus à vous, comme ces microphones que vous prenez soin d’appeler des “home speakers”, des haut-parleurs domestiques. Facebook et Google envoient presque 80 % des visiteurs vers les sites des médias. En 2017, ils ont mis la main sur environ 80 % de chaque nouveau dollar dépensé en publicité en ligne en Amérique. Google domine à hauteur de 85 % les recherches en ligne et les publicités associées, dans le monde entier. Si vous additionnez les produits que vend Amazon et ceux que vendent d’autres commerçants par l’intermédiaire de sa plateforme, la société contrôle quelque 40 % du e-commerce en Amérique.

“Dans votre secteur, on aime les acronymes. Laissez-moi donc vous en expliquer un nouveau : “BAADD”. On dit que vous êtes trop “Big”, Anti-concurrentiel, Addictifs, et Destructeurs pour la Démocratie.”

Beaucoup pensent aussi que vous êtes anti-concurrentiels. Amazon est un distributeur mais aussi une place de marché. Google détermine la position des médias dans les résultats d’une recherche sur Internet, et quelles publicités sont présentées à leurs lecteurs, il dicte le nombre de fois où les publicités ont été vues et la somme qui doit lui être réglée. Mme Vestager a sanctionné Google pour avoir porté tort aux services de shopping en ligne concurrents. Google pourrait écoper d’autres amendes, pour avoir obligé les fabricants de smartphones qui utilisent son système d’exploitation Android à livrer leurs téléphones équipés de différentes applications Google.

Trois d’entre vous ont utilisé les résultats des données que vous collectez pour repérer des futurs concurrents possibles et les acheter. Une application peu connue de Facebook, Onavo, qui surveille l’activité des smartphones, lui a permis d’identifier des menaces, dont l’application de photos Instagram, qu’il a achetée en 2012, ou la messagerie WhatsApp, qu’il a payée un stupéfiant 22 milliards de dollars en 2014, ou encore TBH, une application de “social-polling app” [qui permet d’envoyer des compliments, ndt], qu’il a rachetée l’an dernier. Quand Snapchat l’a éconduit en 2013, Facebook a réagi en clonant les fonctionnalités les plus populaires de l’application. Vous devriez retenir une leçon du passé. Microsoft avait tenté d’acheter le jeune moteur de recherche Netscape en 1990 ; il n’a pas pu le faire, alors, il a ajouté beaucoup des fonctionnalités de Netscape dans son propre navigateur et l’a mis à disposition gratuitement pour tous. Et cela lui a attiré de gros ennuis. Certains voient dans le cours anémique de l’action Snap (maison mère de Snapchat) la preuve que lutter contre le duopole publicitaire Google et Facebook est devenu presque impossible.

Une autre accusation : vos produits provoqueraient l’addiction. Il y a des débats sur ce point, mais la perception est que ceux qui passent leur temps sur les réseaux sociaux, surtout les adolescents, sont moins équilibrés que les autres. Les taux de dépression et de suicide chez les adolescents ont augmenté dans certains lieux. Il existe des preuves que certains adultes sont plus exposés à l’insomnie, la dépression et l’anxiété en raison de leurs activités en ligne. Deux actionnaires d’Apple, le fonds de pension des enseignants de Californie et le fonds spéculatif Jana Partners ont récemment exigé qu’il fasse quelque chose pour stopper l’addiction des adolescents à leur téléphone. Vous savez que vous filez un mauvais coton quand des fonds de Wall Street commencent à vous faire la morale.

“Trois d’entre vous ont utilisé les résultats des données que vous collectez pour repérer des futurs concurrents possibles et les acheter”

Non contentes d’atteindre à la santé mentale, vos sociétés sont accusées de détruire la démocratie. Les réseaux sociaux créent des bulles où les utilisateurs sont nourris d’informations qui confortent leurs opinions existantes. Ils répandent de fausses informations qui aggravent les conflits politiques. Après les attentats terroristes de Londres, l’an dernier, Theresa May et d’autres ont accusé YouTube, la plateforme où les jihadistes font l’apologie de propagandes extrémistes. Le rôle de la Russie sur les réseaux sociaux durant la campagne présidentielle de 2016 en Amérique jette une lumière particulièrement négative sur Facebook, qui est accusé d’en faire trop peu pour éliminer les publicités mensongères et les fausses informations. Pour ce qui est des déclarations bravaches d’un certain monsieur sur Twitter à propos du nucléaire, nous n’en parlerons même pas.

Plan d’action

Est-ce Sun Tzu qui avait dit : “Vos clients les moins satisfaits sont vos plus grandes sources d’enseignements” ? En fait, non. C’était Bill Gates. Moins utile sur un champ de bataille de la Chine antique, mais plus sage, grâce à une expérience amère, sur les façons de faire de l’anti-trust. Actuellement, vos clients les moins satisfaits ne se contentent plus de grommeler, ils sont en ligne, en train de discuter de mesures réglementaires innovantes, et certaines sont assez folles. Joshua Wright, professeur à la George Mason University, appelle ceci “l’anti-trust hipster”. Hipster ou pas, voici quelques-unes des idées qui circulent, en commençant par la plus destructrice.

Démantèlement

L’option à plusieurs supporters, surtout à gauche. L’un d’eux est Barry Lynn de l’Open Markets Institute (il a été renvoyé de la Fondation New America l’an dernier, supposément parce que Eric Schmidt, CEO de Google, n’était pas d’accord avec son opinion sur la tech). Tim Wu, qui fut un homme d’influence dans la Maison-Blanche d’Obama, a lancé l’expression “neutralité du Net”. On l’a récemment entendu dire à un journaliste de ‘The Economist’ qu’il était favorable à un remake d’une grande opération, dans la grande tradition du “trust busting” américain. Le département de la Justice ou la Commission européenne pourraient essayer d’obliger Facebook à se séparer d’Instagram et de WhatsApp (la fusion qui intéresse le plus les régulateurs européens), créant ainsi trois réseaux sociaux concurrents. Google pourrait être séparé de YouTube (qui, et c’est assez surprenant, est le deuxième moteur de recherche le plus important au monde), ou encore, contraint à lâcher DoubleClick, le logiciel qu’il a acheté en 2007 et qui place les publicités sur tout le Web.

De tels projets peuvent échouer mais le risque n’est pas celui que vous craignez. Selon M. Wu et d’autres, ces démantèlements serviront un but plus élevé, même si leurs sujets survivent. Avant de finir par démanteler AT&T, qui contrôlait les télécoms américaines, les régulateurs l’ont obligé à breveter sa technologie. Ni IBM, dans les années 1960, ni Microsoft dans les années 1990, n’ont réellement été démantelés. Mais IBM a dû ouvrir sa plateforme aux développeurs indépendants de logiciels, et Microsoft a été forcé de révéler les détails de fonctionnement interne de son système d’exploitation Windows à ses rivaux. Certains chercheurs estiment que cette “disruption” ordonnée par le gouvernement a représenté un coup de pouce aussi efficace pour le progrès que n’importe quelle “destruction créatrice” endogène. Peut-être ne vont-ils pas trop loin en faisant remonter la naissance de la tech de votre génération à ces affaires d’anti-trust.

“Commission européenne pourraient essayer d’obliger Facebook à se séparer d’Instagram et de WhatsApp, créant ainsi trois réseaux sociaux concurrents. Google pourrait être séparé de YouTube ou contraint à lâcher DoubleClick”

Des initiatives préventives sont parfois une option. Jeff [Bezos, ndt], votre recherche d’une ville pour y installer votre deuxième siège pourrait être un avant-goût de cette stratégie. Certains y voient un pas vers la séparation en une entité distincte de vos services dans le cloud, Amazon Web Services. (Ce qui ne diminuera pas les inquiétudes sur le fait qu’Amazon est à la fois un commerçant et une place de marché, mais cela pourrait calmer et distraire les régulateurs). La création de la holding Alphabet en 2015 signifie que séparer Google de, disons, YouTube, serait moins difficile que par le passé.

Il est préférable de s’auto-mutiler que d’attendre que les régulateurs décident de façon arbitraire quel membre amputer. Mais cela reste une décision grave.

Une autre option est de juste faire profil bas. Ne provoquez pas les régulateurs et dépensez un peu de votre argent pour acquérir de l’influence. En 2017, le secteur Internet a dépensé 50 millions de dollars en lobbying en Amérique, trois fois plus qu’en 2009. Mais ce n’est qu’un quart de ce que les laboratoires pharmaceutiques dépensent. Vos bataillons de la K-Street, la rue du lobbying à Washington, devraient rappeler aux régulateurs qu’attaquer des rachats déjà signés jette un froid sur les marchés. Les hipsters de l’anti-trust doivent savoir que les démantèlements ne sont pas des solutions stables. Les effets de réseaux rendent les grands réseaux plus séduisants pour les nouveaux venus. Ils donnent à ces marchés un petit côté “winner takes all”, le gagnant remporte la mise. Un réseau “Googlette” ou un “Facebaby” issus d’un démantèlement obtiendront de meilleurs résultats que les autres, et un nouveau géant s’ébrouera.

Service public

Ceci dit, n’en faites pas trop avec cet argument “le gagnant remporte la mise”, cela pourrait être un boomerang. Mark [Zuckerberg, ndt], vous et vos semblables pourriez en venir à regretter le jour où vous avez comparé Facebook à un “service public”. Vous vouliez prouver que le réseau qui domine le marché pourrait être aussi omniprésent que l’électricité. Mais vous avez donné des arguments à vos opposants. Les services publics qui deviennent tellement grands que tout le monde en dépend sont “régulés”.

“Mark où vous avez comparé Facebook à un “service public”. Vous vouliez prouver que le réseau qui domine le marché pourrait être aussi omniprésent que l’électricité. Mais vous avez donné des arguments à vos opposants”

Et là, cela pourrait devenir réellement catastrophique. Jetez un coup d’œil au livre ‘Railroaded’ de Richard White, un historien de Stanford. L’Interstate Commerce Commission (ICC) a été créée en 1886 pour empêcher les sociétés du chemin de fer d’interdire leurs services à certains agriculteurs, en établissant des prix fixes et transparents. Très vite, le procédé a débordé de ses frontières initiales pour toucher le secteur du transport routier et le télégraphe. Il s’est également avéré régulièrement sujet à la régulation – ce qui, je l’admets, pourrait être un avantage pour vous, mais qui, dans le cas de la CPI, a été un désastre.

Réglementer les prix est difficile pour les services globalement gratuits pour l’utilisateur. Mais il est possible cependant qu’un régulateur impose une augmentation des tarifs. Par exemple, en vous imposant d’offrir un service payant sans publicité. Une approche plus plausible serait de fixer un plafond de rentabilité Si l’on se base sur vos résultats du troisième trimestre, un taux imposé de 20 % de rendement représenterait une baisse du taux de rentabilité de 11 % pour Google et 56 % pour Facebook. Le cours de vos actions plongerait.

N’engager aucune nouvelle acquisition

En 1968, les règles pour les fusions en Amérique imposaient que toute nouvelle acquisition d’une société possédant plus de 3 % de parts de marché par une autre dont les parts de marché dépassaient 15 %, devait être examinée par le département de la Justice. De telles limites n’existent plus. Depuis 40 ans, l’anti-trust américain est obsédé par l’argument que le juriste Robert Bork avait posé dans “The Antitrust Paradox” : l’intérêt du consommateur devait passer avant tout. En pratique, ceci s’est réduit à penser que si les prix n’augmentaient pas, tout allait bien. À peu près à la même époque, les économistes de l’École de Chicago, fanatiques du concept d’auto-régulation des marchés, ont commencé à exercer une grande influence sur l’application des lois anti-trust sous le président Reagan. Ou plutôt, sur la non-application de ces lois.

Signe des temps : l’université de Chicago, de nos jours, est le lieu où plusieurs professeurs, comme Luigi Zingales et Guy Rolnik, haussent le ton pour exiger plus de surveillance des groupes de tech. Beaucoup pensent que considérer simplement les prix et les parts de marché est trop simpliste, surtout quand la technologie est souvent gratuite pour l’utilisateur et modifie constamment la forme du marché. Une des raisons pour lesquelles l’Office of Fair Trading de Grande-Bretagne a accepté si facilement l’achat d’Instagram par Facebook était qu’il considérait Instagram comme une “caméra et une application de retouche de photos”, et non comme un réseau social, et donc, qu’il était peu probable que l’application devienne jamais “attirante pour les annonceurs en tant qu’application indépendante”. De toute évidence, ils manquaient d’imagination.

“Beaucoup pensent que considérer simplement les prix et les parts de marché est trop simpliste, surtout quand la technologie est souvent gratuite pour l’utilisateur et modifie constamment la forme du marché”

L’Europe a toujours eu recours à un faisceau d’indicateurs, prenant en compte la concentration du marché et l’intérêt des consommateurs (qui inclue le prix, la qualité et la diversité des produits sur le marché) pour apprécier le niveau de juste concurrence. Et les pays là-bas en Europe veulent clairement contrôler davantage les acquisitions. L’année dernière, l’Allemagne et l’Autriche ont modifié leurs politiques de surveillance des fusions et évaluent les rachats sur la valeur et non sur les revenus des entreprises achetées. Cela leur permettra de contrôler l’acquisition de start-up qui ne gagnent pas encore d’argent. Mme Vestager a suggéré que la méthode pourrait s’appliquer dans toute l’Europe. Certains voudraient la voir appliquée aussi en Amérique.

Amy Klobuchar, sénatrice démocrate, a proposé deux projets de lois pour modifier la pratique des grandes fusions-acquisition. Les sociétés devraient prouver que l’achat favoriserait la concurrence et rendre des comptes sur l’impact d’une fusion pendant cinq ans. Ces projets de loi ne passeront pas, mais une nouvelle “doctrine de la concurrence”, qui prendrait en compte ce que deviennent les petites entreprises, et non où elles en sont à l’instant T, pourrait émerger à travers de nouvelles jurisprudences. Il est également possible que les corpus de données sur les utilisateurs, comme les actions, soient pris en considération.

Mon conseil ? N’engagez aucune grande acquisition dans le climat actuel. Microsoft a mal jugé l’humeur du jour en essayant d’acheter Intuit, un éditeur de logiciels financiers, pour 1,5 milliard en 1994. L’épisode a attiré l’attention sur d’autres aspects de sa puissance commerciale. Et franchement, les petits deals sont eux aussi à exclure. L’acquisition de l’application TBH par Facebook pour un misérable 80 millions a provoqué l’ire scandalisée d’observateurs comme Ben Thompson, auteur de la lettre d’information Stratechery. Il pense que les effets de réseaux entraînent qu’aucun réseau social ne devrait être autorisé à fusionner. avec un autre. Pour le moment, votre ‘panier de courses’ devrait rester vide.

Portabilité des données et interopérabilité

Deux critiques se superposent à propos des données des clients. L’une est que les données emprisonnent les utilisateurs. L’autre est que les données vous donnent un côté anti-concurrentiel. Le remède au premier problème est de permettre aux utilisateurs de transférer leurs données personnelles ailleurs. Le remède au second est de vous obliger à partager vos données avec les autres.

Google a déjà volontairement offert un “service d’export” qui laisse les utilisateurs exporter une copie de leurs données. La directive européenne sur la protection des données, qui prendra effet au mois de mai, élargira le principe de la portabilité des données vers d’autres plateformes. Les observateurs comparent la manœuvre à celle qui a touché la téléphonie mobile : les utilisateurs peuvent changer d’opérateur en conservant le même numéro. Il n’est pas nécessaire de trop vous inquiéter à ce sujet. La plupart des clients s’en fichent. Très peu de gens sont capables d’endurer l’ennui de la procédure d’exportation des données de Google. Et votre position dominante signifie qu’il y a très peu de financements pour de nouveaux moteurs de recherche et de nouveaux réseaux, et de ce fait, peu de plateformes alternatives à qui les consommateurs pourraient confier leurs données.

“Deux critiques se superposent à propos des données des clients. L’une est que les données emprisonnent les utilisateurs. L’autre est que les données vous donnent un côté anti-concurrentiel”

Mais la position dominante a ses mauvais côtés. C’est à cause d’elle que certaines personnes veulent obliger les sociétés à donner les “clés API”, qui permettent aux concurrents l’accès à des données particulières, comme les ventes d’Amazon ou le “graphe social” des utilisateurs de Facebook et de leurs contacts. Vous allez probablement vouloir résister au partage des données dans ces conditions, mais vos détracteurs ont des arguments : les nouveaux venus n’arrivent plus à vous concurrencer. Les jours où Instagram était capable de grandir en utilisant une API qui permettait aux gens d’importer tous leurs contacts sur Twitter dès qu’ils s’inscrivaient relèvent du passé, depuis longtemps. Vous pourriez découvrir que vous avez des alliés surprenants dans ce combat. Certains défenseurs de la vie privée trouvent l’idée des données partagées de gré ou de force assez inquiétante.

Perdre cette bataille pourra être inconfortable, mais pas mortel. En effet, le cours de vos actions souffrira, mais il pourra y avoir des avantages à long terme.
Vous ouvrir à la concurrence renforcera votre position centrale dans l’écosystème. Et cet écosystème pourra par conséquent croître plus vite. L’interopérabilité imposée à Microsoft au début de notre siècle, qui permit à ses concurrents de rendre leurs produits compatibles avec Windows, a eu un effet accélérateur – et on ne peut vraiment pas dire que Microsoft a disparu depuis. Il vaut trois fois aujourd’hui ce qu’il valait à l’époque.

De nouvelles instances de médiation pour les litiges

Les ennemis de la tech pensent que la raison pour laquelle les régulateurs sont si en retard est qu’ils sont écrasés par le nombre de secteurs qu’il leur faut réguler. De nouveaux groupes dédiés aux plaintes et à la résolution des litiges pourraient rendre les processus plus rapides, et plus simples. Un distributeur qui pense qu’il a été injustement écrasé dans les résultats de recherche sur Amazon, ou encore un journal qui juge que son classement dans le flux Facebook est trop bas, pourraient demander l’arbitrage de ces nouvelles institutions.

Il y a deux modèles possibles. Les sociétés pourraient lancer leur propre “comité technique”, composé d’experts externes qui auront l’accès au code propriétaire concerné, aux données et algorithmes. Ils pourraient se voir confier le pouvoir de décider si les autres entreprises sont traitées équitablement. Encore une fois, c’est ce qui s’est passé avec l’affaire Microsoft. L’alternative serait un tribunal indépendant externe. L’Amérique a des procédures pour les litiges sur les brevets, et pour la discrimination de chaînes par les opérateurs de TV par câble, qui pourraient servir de précédents.

“Un distributeur qui pense qu’il a été injustement écrasé dans les résultats de recherche sur Amazon, ou un journal qui juge que son classement dans le flux Facebook est trop bas, pourraient demander l’arbitrage de ces nouvelles institutions”

Vous n’aimez peut-être pas l’idée de créer un nouveau tribunal (ou même, vous n’aimez pas le simple mot “tribunal”), mais il est de votre intérêt que les plaintes soient examinées facilement et à un coût supportable. En attendant, soyez plus prudents dans la façon dont vous traitez vos concurrents. C’était peut-être différent avant, mais les comportements anti-concurrentiels doivent désormais être pris très au sérieux. Comme les accusations de harcèlement sexuel, ils entraînent un risque pour votre réputation. “M”, comme monopole, est une lettre dangereuse de nos jours.

Responsabilité des contenus

Les lois et les jurisprudences qui vous délestaient de toutes responsabilités pour les contenus que vous hébergiez ont été sacrément utiles. Mais elles n’étaient pas adaptées à un monde dans lequel vos réseaux sont devenus le socle des médias. Votre couverture de protection tout terrain ne va pas durer.

Certains d’entre vous ont chargé vos lobbyistes de limiter (en devinant qu’on s’aventurait sur le fil du rasoir) un projet de loi qui devait être voté et qui vous aurait rendu responsables de trafics sexuels. L’Allemagne peut maintenant imposer de grosses amendes si un contenu signalé n’est pas supprimé dans les 24 heures. Des lois de cette nature ne sont probablement pas les catastrophes qu’on décrit. Il vous faudra embaucher encore plus de modérateurs, mais avec le temps, vous développerez de nouveaux outils pour traiter les contenus indésirables, comme vous le faites déjà pour les spams. Google a survécu aux demandes de “droit à l’oubli”, qui permettent aux internautes de faire disparaître du Net des informations les concernant. La procédure est désormais une routine bien huilée, loin du fardeau insupportable que certains craignaient.

Ce que vous devez faire

En général, quand vous le pouvez, il serait bon de précéder l’appel. Décider d’imposer la transparence sur le financement des campagnes politiques avant que le Congrès ne vous le demande était très malin. Dépêchez-vous aussi de former vos propres “comités techniques”.

Mark, vos bonnes résolutions de nouvelle année, celles de “réparer Facebook”, semblent une initiative courageuse dans cette direction. Faites attention cependant : certaines personnes pourraient vouloir vous “réparer” plus que vous n’êtes prêt à le faire. Certains disent que vous ne pourrez jamais concrétiser la promesse sans démolir votre business model, qui repose sur la publicité, et qui valorisera toujours plus “l’engagement” que la qualité de l’expérience-usager. Quand les changements apportés à votre algorithme auront des conséquences sur beaucoup d’autres sociétés, vous pourriez faire du tort à Facebook tout en augmentant les inquiétudes provoquées par votre immense pouvoir.

Il est très important de vous concurrencer entre vous. Si vous menez une guerre sur différents fronts, comme le commerce et la publicité en ligne, vous aurez l’air beaucoup moins monopolistiques. Cela devrait vous persuader de conserver des activités que vous pensiez supprimer, comme Google l’a fait avec son réseau social Google+. Agir comme si vos concurrents étaient trop riches et puissants pour que même un autre géant comme vous ose l’attaquer crédibilise les campagnes montées contre vous.

“Il vous faudra embaucher encore plus de modérateurs, mais avec le temps, vous développerez de nouveaux outils pour traiter les contenus indésirables, comme vous le faites déjà pour les spams”

Il y a une autre leçon à retenir des “barons voleurs” de l’Amérique, une leçon que vous et vos semblables ont déjà comprise. La philanthropie peut changer l’opinion des gens sur vous, et définir votre réputation dans un futur lointain. Parce que vous n’employez pas autant de gens que les groupes américains des temps passés, il est très important de réfléchir à des initiatives locales qui puissent séduire les opinions publiques du monde entier. Mark a fait un pas de géant en lançant sa fondation. Les autres pourraient aussi créer des fondations personnelles et d’entreprises.

Pour toute question, contactez-moi par application cryptée.

Très cordialement,

Eve Smith
Invisible Hand Strategies, LLC

© 2018 The Economist Newspaper Limited. All rights reserved. Source The Economist, traduction Le nouvel Economiste, publié sous licence. L’article en version originale : http://www.economist.com.

Publié le

Biais cognitifs et politiques publiques (Le Monde)

Un article (un peu long) qui fait le lien entre biais cognitifs et politiques publiques. De nombreux renvois aux travaux d’économie comportementale.

Intéressant pour travailler sur le thème de l’intervention de l’Etat dans le domaine de l’allocation des ressources (cf le sujet écrit ESCP 2017)

http://internetactu.blog.lemonde.fr/2017/07/15/tout-est-il-nudgable-lincitation-comportementale-en-ses-limites/

%d blogueurs aiment cette page :