Protégé : PPT Chapitre Allocation des ressources ECE2 (maj 13 janvier)

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La réglementation contre la pollution (Le Monde)

Le fioul lourd, ultrapolluant, banni des eaux territoriales islandaises

Lors de sa combustion, ce carburant émet des particules de soufre hautement nocives pour la santé et contribue aux émissions de gaz à effet de serre.

Le Monde avec AFP Publié le 06 décembre 2019 à 18h44 – Mis à jour le 06 décembre 2019 à 19h21

Temps de Lecture 2 min.

L’Islande a annoncé vendredi 6 décembre l’interdiction quasi totale des navires consommant du fioul lourd dans ses eaux territoriales. Le ministère de l’environnement a fait savoir qu’il abaissait la teneur en soufre autorisée dans ses eaux de 3,5 % à 0,1 % à compter du 1er janvier 2020.

« Avec ces changements que je viens de signer, l’Islande aura les normes parmi les plus strictes du monde en matière de fioul », s’est félicité le ministre Gudmundur Ingi Gudbrandsson, cité dans un communiqué. Les eaux territoriales islandaises s’étendent sur 12 miles marins (22,2 kilomètres) entre les côtes islandaises et le front de mer.

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La limitation à 0,1 % s’applique déjà pour les navires à quai dans les ports de l’Union européenne depuis le 1er janvier 2010 et dans des zones d’émission contrôlée (ECA). Il en existe quatre dans le monde, notamment en mer Baltique et en mer du Nord.

Le fioul lourd, utilisé pour la propulsion des cargos et bateaux de croisière, pollue plus que n’importe quel autre carburant. Lors de sa combustion, il émet des particules de soufre hautement nocives pour la santé et contribue aux émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du réchauffement climatique.

« Un pas en avant »

Son rejet dans l’atmosphère est aussi en partie responsable d’un dépôt de suie sur les glaciers islandais. Le carbone noir qu’elle contient, exposé aux rayonnements solaires, absorbe plus de chaleur et accélère ainsi la fonte de la glace. En 2018, il représentait près d’un cinquième du combustible marin utilisé en Islande, selon un rapport de l’Agence islandaise de l’environnement.

Le gouvernement islandais emboîte le pas de manière plus draconienne à la convention internationale pour la prévention de la pollution marine par les navires (MARPOL), qui prévoit de ramener le taux de soufre à 0,5 % au 1er janvier, contre 3,5 % actuellement. Les navires peuvent toutefois continuer à préférer le fioul lourd, à condition de s’équiper d’épurateurs pour extraire le soufre des gaz d’échappement. Ces équipements, appelés « scrubbers », sont coûteux et certains navires rejettent en mer leurs eaux de lavage.

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Si l’Association islandaise pour la conservation de la nature salue « un pas en avant », elle demande l’interdiction pure et simple du fioul lourd.

Les secteurs de la pêche et du transport maritime cumulaient 17 % des émissions totales de CO2 en Islande en 2016, selon l’Institut national de la statistique, derrière le transport aérien (33 %) et l’industrie lourde (30 %). L’Organisation maritime internationale (OMI) a déjà imposé pareille interdiction en Antarctique depuis le 1er août 2011 et travaille à une mesure similaire en Arctique qui pourrait être adoptée en 2021.

Rôle des institutions et lutte contre le réchauffement (D.Acemoglu)

https://www.project-syndicate.org/commentary/climate-change-economic-growth-by-daron-acemoglu-2019-11/french

Les jeunes mobilisés en défense du climat ont-ils raison ?

CAMBRIDGE – L’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère a entraîné une hausse de près de 1°C de la température moyenne à la surface du globe au cours du siècle dernier. Il ne fait aucun doute, au sein de la communauté scientifique, que les changements climatiques sont une conséquence directe de l’activité humaine. Il semble pourtant de plus en plus probable que nous ne parviendrons pas à réduire suffisamment les émissions de GES pour stopper, puis inverser, le réchauffement climatique.

    Il est attendu que les coûts de cet échec – élévation du niveau de la mer, déplacements massifs de populations, augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes et propagation de nouvelles maladies infectieuses – seront pharamineux, même si l’on ne tient pas compte des « risques extrêmes » réellement apocalyptiques identifiés par feu Martin Weitzman de l’Université Harvard. Et une grande partie de ces coûts devra être assumée par les jeunes d’aujourd’hui.Dans ce contexte, la « grève scolaire pour le climat », le mouvement international de lycéens, d’étudiants et de jeunes militants, pourrait-elle être la solution ? Oui et non. Une véritable prise de conscience de la communauté internationale – et des États-Unis en particulier  – est impérative. Nous devons renoncer à notre faux sentiment de confort – nourri par des récits de mauvaise foi sur les prouesses de la géo-ingénierie ou d’autres solutions technologiques miracles. Mobiliser des réponses déterminées aux défis collectifs de grande ampleur a toujours nécessité un engagement soutenu de la part des citoyens et de la société civile.Mais toute transformation sociale implique l’adoption de nouvelles lois, normes et incitations. En l’absence de mesures législatives pertinentes, les entreprises et les particuliers ne changeront pas leurs habitudes. Et sans l’émergence de nouvelles normes, les entreprises trouveront toujours le moyen de contourner les nouvelles lois. La législation et les normes doivent donc être associées pour créer de nouvelles incitations à long terme.La colère manifestée par les jeunes militants climatiques aujourd’hui pourrait entraîner un changement des normes mondiales. Mais la vague actuelle d’activisme devra aussi se traduire par un mouvement politique organisé pour contrebalancer le pouvoir de l’industrie des énergies fossiles, peut-être en fusionnant avec les partis verts existants ou en les supplantant. Le défi pour les militants est de faire en sorte que les enjeux climatiques prédominent sur toutes les autres questions, afin que les citoyens soutiennent les politiques visant à réduire les émissions de GES, quelles que soient leurs autres priorités économiques, sociales et culturelles. Ce n’est qu’alors que la question climatique sera au centre des préoccupations.Pour l’instant, la principale faiblesse du mouvement des jeunes pour le climat est qu’il n’a pas de programme cohérent pour la décarbonisation de l’économie. En fait, de nombreux jeunes militants considèrent les marchés et la croissance économique comme faisant partie du problème, étant bien conscients du fait que l’industrie des combustibles fossiles invoque depuis longtemps les principes du libre-échange pour s’opposer aux taxes et aux réglementations sur le carbone.

    Les marchés pourraient toutefois contribuer de manière significative à la lutte contre le changement climatique. Il n’y a en réalité aucune raison de penser que la croissance économique doit être une victime de l’action climatique mondiale. Une taxe carbone suffisamment élevée fixerait un prix prévisible pour les dommages infligés à l’humanité et à la planète par les activités économiques à forte intensité en carbone, encourageant ainsi les entreprises et les individus à se détourner de ces activités. Et en faisant comprendre que les émissions de dioxyde de carbone sont une menace environnementale majeure, une telle taxe aurait pour deuxième fonction d’encourager le changement normatif .

    Mais pour qu’une taxe carbone soit efficace, il faut qu’elle soit bien plus élevée que le taux appliqué aujourd’hui dans de nombreux pays, basé sur un prix implicite de 30 à 50 dollars par tonne de CO2. Et même dans ce cas de figure, les législateurs et les militants climatiques devront aller plus loin. Bien qu’une taxe encouragera les entreprises à rechercher des sources d’énergie plus propres, elle ne créera pas une dynamique suffisamment puissante pour le développement de technologies alternatives à faibles émissions de GES. Ainsi, les taxes carbone devraient être complétées par des subventions aux énergies vertes adéquates, à l’intention des entreprises et des chercheurs qui mettent au point des technologies éoliennes, solaires et géothermiques performantes ou qui cherchent de nouveaux moyens de limiter les émissions des technologies existantes.Comme les taxes carbone, les subventions aux énergies vertes tirent parti des forces du marché. Ce n’est pas un hasard si la plupart des grandes innovations technologiques du XXe siècle – les antibiotiques, l’informatique, l’internet, la nanotechnologie – ont vu le jour grâce à des marchés créés et orientés par les États. Mais si la recherche et les subventions financées par les gouvernements ont joué un rôle déterminant dans la création des mesures incitatives, nul doute que leur développement n’aurait pas été possible sans le concours du secteur privé. Pour se faire une idée de ce que peut donner le soutien de l’État sans une économie de marché robuste, il suffit de considérer l’expérience désastreuse de l’Union soviétique dans les années 1970 et 1980.Enfin, les jeunes militants climatiques d’aujourd’hui ne doivent pas s’imaginer que l’avenir de l’humanité sur cette planète est conditionné à l’arrêt, ou à une limitation sévère, de la croissance économique. La transition vers une économie à faibles émissions de GES impliquera forcément des sacrifices. (Affirmer qu’un « New Deal vert » permettrait à la fois de réduire les émissions et de stimuler l’emploi à court terme n’est pas crédible). Mais en fin de compte, la croissance économique peut bénéficier de politiques écologiques bien conçues. En outre, sans croissance, les politiques de lutte contre le changement climatique risquent de ne pas être viables étant donné que les difficultés économiques pourraient inciter le public à ne pas soutenir des réformes de grande envergure.Il n’en reste pas moins que la croissance future ne peut pas dépendre d’une production inexhaustible de biens manufacturés. Notre tâche consiste à trouver des moyens plus efficaces, plus créatifs et moins gourmands en ressources pour répondre aux besoins divers de plus de 7 milliards de personnes. Une fois réalisée la transition vers une économie plus propre, la croissance pourra se poursuivre sans augmenter notre empreinte climatique. Les militants du climat ont raison d’œuvrer en faveur d’un langage commun concernant la nécessité de trouver de meilleurs moyens de produire et de consommer de l’énergie. Mais, plus précisément, nous avons besoin que la croissance économique elle-même se poursuive – et pas seulement pour préserver un soutien politique à un ordre du jour politique vert. Dans un monde où plus d’un milliard de personnes vivent encore dans une pauvreté extrême et où des milliards d’autres aspirent à un niveau de vie plus élevé, une promesse réaliste de croissance partagée sera beaucoup plus convaincante que des appels à l’arrêt du progrès économique.Nous avons une dette énorme envers la Génération Climat pour avoir lancé un cri d’alarme. Maintenant, nous devons transformer l’enthousiasme de ses militants en une force politique institutionnalisée et élaborer la feuille de route d’un programme économique porteur d’avenir, bien conçu et productif. Les marchés n’ont pas besoin de se mettre en travers de notre chemin. Au contraire, ils pourraient être un allié puissant.

    Daron Acemoglu, Professor of Economics at MIT, is co-author (with James A. Robinson) of Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity and Poverty and The Narrow Corridor: States, Societies, and the Fate of Liberty.

    Que faire face aux GAFA ? (Le Monde)

    Pour un ex-investisseur de Facebook, « il est vital de lutter contre les monopoles » des géants du Web

    Entretien avec Roger McNamee, un ex-conseiller de Mark Zuckerberg devenu « activiste à plein temps » qui considère Facebook comme un « danger pour la démocratie ».

    Propos recueillis par  et   Publié le 20 septembre 2019 à 21h31, mis à jour à 09h39

    Roger McNamee, à Paris, le 19 septembre.Roger McNamee, à Paris, le 19 septembre. JOEL SAGET / AFP

    Entretien. Roger McNamee a, avec son fonds Elevation Partners, été l’un des premiers investisseurs de Facebook. Il a conseillé Mark Zuckerberg durant trois ans. Depuis 2016, ce vétéran de la Silicon Valley, où il s’est installé en 1982, a acté ses désaccords avec la direction du premier réseau social au monde. Devenu « activiste à plein temps », il détaille dans un livre, Facebook, la catastrophe annoncée (éditions Quanto), qui sort cette semaine en français, les raisons qui lui font aujourd’hui considérer l’entreprise comme un « danger pour la démocratie ».

    Comment êtes-vous passé d’acteur de la Silicon Valley à pourfendeur de ses grandes entreprises de technologie, Facebook en tête ?

    Roger McNamee : Je suis arrivé dans la Silicon Valley en 1982, avant l’essor de l’ordinateur personnel. Je suis tombé amoureux de sa culture, qui mêlait les valeurs idéalistes du programme spatial américain et celle des hippies qui ont fondé Apple. Dans les années 2000, cet esprit a été remplacé par le système de valeurs libertarien. Et au même moment, toutes les limites techniques des services Internet sont tombées : on avait du réseau, de la vidéo… Les coûts et les risques ont été réduits. Donc il est devenu possible de monter des start-up énormes à l’âge de 22 ans – l’âge de Mark Zuckerberg quand je l’ai rencontré – sans attendre 40 ans, comme avant. Les gens ont à cet âge-là moins d’expérience et de sagesse. Les investisseurs – dont je fais partie – ont encouragé la course à la croissance.

    Face à ce constat, que faire ?

    Il faut mettre fin au capitalisme de surveillance. C’est le titre du livre de Shoshana Zuboff, dont je suis un très grand admirateur. L’idée derrière Google est qu’il y a beaucoup de données disponibles dans le monde – sur nos lectures, nos goûts, nos achats… – et qu’en les aspirant, on peut créer des modèles des individus, des sortes de poupées vaudoues. On peut ensuite s’en servir pour discerner des habitudes de comportement ou faire des prédictions, qu’on peut vendre aux publicitaires. On ne peut pas corriger cela en modérant les contenus. Il faut aller à la source : les données privées ne doivent pas être des actifs qu’on peut posséder et vendre. De même qu’on ne vend pas un rein..

    Faut-il démanteler les grandes plates-formes ?

    Il est vital de lutter contre les monopoles mais un démantèlement complet est la dernière étape, pas la première. La bonne stratégie est celle qui a été employée, aux Etats-Unis, contre le monopole d’AT & T dans la téléphonie. On les a forcés à sortir du marché de l’informatique. Si vous transposez cela à Google, cela voudrait dire qu’on leur interdirait de se développer dans les voitures autonomes, les smart cities [villes connectées], l’intelligence artificielle… Pour Facebook, ce serait l’interdiction de Libra, leur monnaie numérique, ou de leurs services de vidéoconférence…

    Mais pas la revente forcée de ses filiales WhatsApp et Instagram ?

    Peut-être, je ne sais pas. La première étape est surtout de les empêcher d’investir de nouveaux marchés. La seconde est de libérer certains brevets-clés : dans le cas d’AT&T, c’était celui du transistor, qui a bénéficié aux entreprises de la Silicon Valley. Il faut aussi donner accès à l’infrastructure : les réseaux sociaux concurrents de Facebook pourraient se promouvoir sur sa plate-forme, au début. L’idée est d’abaisser les barrières qui empêchent l’émergence de services rivaux.

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    Les Etats-Unis sont-ils prêts à prendre ce type de mesure ?

    Aujourd’hui, aux Etats-Unis, le gouvernement n’est quasiment plus en mesure de fixer des règles et de les faire appliquer. Les citoyens ne croient plus que leur gouvernement les protège. C’est un cercle vicieux, qui nuit à la régulation. Mais il est fascinant de voir avec quelle vitesse l’importance des questions de régulation de la technologie s’est diffusée dans le grand public, récemment.

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    L’Europe est en bonne position pour jouer un rôle-clé, et la bonne nouvelle, c’est que nous n’avons pas besoin d’une solution à l’échelle mondiale. Si ces entreprises doivent s’adapter à des cadres différents dans tous les pays, cela leur pose des problèmes importants. Quelque part, la solution idéale serait que chaque pays européen édicte ses propres règles, et que ces différentes règles soient en conflit les unes avec les autres !

    Comme la « taxe GAFA» de la France ?

    Chaque initiative est importante. Je vise un idéal, mais en politique, on termine toujours par un compromis. Emmanuel Macron souhaite taxer les publicités ciblées. Ce serait d’une grande aide. Les Allemands demandent plus de transparence sur les algorithmes : cela me convient aussi. Aux Etats-Unis, il y a des projets de loi pour limiter les reventes de données, j’y suis favorable. Aucune de ces solutions n’est parfaite, mais c’est cela, la politique : nous n’aurons jamais une solution idéale. Mais il faut toujours chercher cet idéal, qui, dans mon cas, serait la fin du capitalisme de surveillance.

    Les gouvernements européens sont aussi très remontés contre la diffusion des discours de haine sur les plates-formes…

    Je suis favorable à la liberté d’expression.. Je pense, par exemple, qu’Alex Jones [polémiste américain conspirationniste banni des réseaux sociaux l’an dernier] a le droit d’avoir un compte Facebook ou Twitter. Mais il ne devait pas bénéficier automatiquement d’une mise en avant gigantesque dans les recommandations de ces réseaux, comme cela a été le cas pendant des années. En supprimant ses comptes, ces entreprises ont simplement sacrifié la plus grosse des pommes pourries, mais le verger en est plein. C’est une manière de s’attaquer aux symptômes, pas aux causes du problème.

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    Il y a aussi, depuis peu, des manifestations ou des protestations internes à ces sociétés, notamment chez Google.

    Les voix critiques au sein de Google se préoccupent surtout des employés de Google, pas des utilisateurs. Elles protestent contre les arbitrages forcés dans les cas de harcèlement sexuel ou les contrats avec le Pentagone, mais pas contre le modèle de l’entreprise. Et personne chez Facebook n’a dit : « Ce que nous avons fait en Birmanie [où le réseau social a été utilisé pour diffuser des messages appelant au génocide], c’était mal. »

    J’ai écrit ce livre en pensant qu’il pourrait aider à convaincre les gens à l’intérieur de ces entreprises. Je ne suis plus tout à fait aussi confiant aujourd’hui que c’est possible. Le plus important est donc de convaincre le grand public.

    Vous avez été investisseur dans Facebook. Chris Hugues, l’un des cofondateurs de l’entreprise, plaide pour son démantèlement. N’est-ce pas un peu facile de critiquer Facebook après avoir contribué à son succès et avoir gagné ainsi beaucoup d’argent ?

    La situation serait-elle meilleure si toutes ces personnes choisissaient de ne rien dire ? Certes, je ne suis pas le meilleur messager pour diffuser ces idées. Je n’étais pas non plus le meilleur messager pour convaincre Mark Zuckerberg et sa numéro 2 Sheryl Sandberg, puisque j’ai échoué à les faire changer d’avis. Mais les motivations de quelqu’un comme Chris Hugues sont pures.

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    La Silicon Valley a défendu ces pratiques alors que des monceaux de preuves montrent les dégâts qu’elles causent. Tout ce qui peut aider à rectifier la situation est bon à prendre. Et paradoxalement, à Washington, le fait que je sois un ancien investisseur de Facebook, que je porte un costume, m’aide à obtenir des rendez-vous ! C’est justement mon histoire qui me donne une crédibilité auprès des élus.

    Quelle régulation du capitalisme aujourd’hui ? (R.Rajan)

    Je ne trouve pas le terme de populisme judicieusement choisi pour le titre mais je conseille la lecture de cet article de Rajan

    https://www.project-syndicate.org/commentary/survival-of-capitalism-needs-populism-by-raghuram-rajan-2019-05/french

    Pourquoi le capitalisme a besoin du populisme

    CHICAGO – Les plus grandes entreprises sont actuellement prises d’assaut aux États-Unis. Amazon a annulé son projet de nouveau siège dans le quartier du Queens à New York, face à une forte opposition locale. Lindsey Graham, sénatrice républicaine de Caroline du Sud, a soulevé des inquiétudes concernant la position de marché incontestée de Facebook, tandis que sa collègue démocrate Elizabeth Warren, sénatrice du Massachussetts, a appelé au démantèlement de l’entreprise. Warren a également introduit une législation consistant à réserver aux employés 40 % des sièges aux conseils d’administration.

    Ces propositions peuvent sembler hors de propos en terres de capitalisme et de libre marché, mais le débat actuel constitue exactement ce dont l’Amérique a besoin. Car tout au long de l’histoire du pays, c’est bien la critique du capitalisme qui a permis au système de fonctionner correctement, en luttant contre la concentration du pouvoir économique, et contre l’influence politique qu’elle confère. Lorsqu’une poignée de grande sociétés dominent une économie, ces entreprises finissent inévitablement par faire équipe avec les instruments du contrôle étatique, ce qui aboutit à une alliance contre nature d’élites des secteurs privé et public.C’est ce qu’il s’est passé en Russie, qui n’est démocratique et capitaliste que de nom. En maintenant un contrôle total sur l’extraction des matières premières et le secteur bancaire, une oligarchie obéissant au Kremlin a exclu tout possibilité de véritable concurrence économique et politique. La Russie constitue en effet l’apothéose du problème que le président américain Dwight D. Einsenhower décrit en 1961 dans son discours de fin de mandat, lorsqu’il attire l’attention des Américains sur la nécessité de « [se] garder de toute influence injustifiée » exercée par le « complexe militaro-industriel », et sur « le risque de désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime ».De nombreux secteurs étant d’ores et déjà par quelques grandes sociétés à succès, nous devons nous réjouir que les militants « démocrates-socialistes » et les contestataires populistes s’inspirent de l’avertissement formulé par Eisenhower. Pour autant, à la différence des sociétés en Russie, où les oligarques doivent leur fortune à la captation des actifs de l’État dans les années 1990, les géants américains en sont arrivés là grâce à leur productivité supérieure. C’est la raison pour laquelle les efforts réglementaires à fournir doivent être plus nuancés – et user davantage du scalpel que du marteau.Plus précisément, à l’ère des chaîne logistiques mondiales, les grandes sociétés américaines bénéficient d’immenses économies d’échelle, d’effets de réseau, ainsi que de l’utilisation de données en temps réel permettant d’optimiser la performance et l’efficience à tous les stades du processus de production. Une société comme Amazon apprend en permanence de ses données, pour minimiser les délais de livraison et améliorer la qualité de ses services. Confiante quant à sa relative supériorité par rapport à la concurrence, l’entreprise n’a pas réellement besoin des faveurs du gouvernement – ce qui explique pourquoi il arrive au fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, d’approuver un Washington Post souvent très critique à l’égard de l’administration américaine.Mais le fait que les plus grandes entreprises à succès soient aujourd’hui ultra-efficientes ne signifie pas nécessairement qu’elle le resteront, particulièrement en l’absence de véritable concurrence. Les géants en place seront toujours tentés de pérenniser leur position via des pratiques anticoncurrentielles. En soutenant des législations telles que le Computer Fraud and Abuse Act de 1984 et le Digital Millenium Copyright Act de 1998, les sociétés leaders de l’Internet veillent à ce que les concurrents ne gagnent pas leurs plateformes pour bénéficier d’effets de réseau produits par les utilisateurs. De même, après la crise financière de 2009, les grandes banques ont accepté l’inévitabilité d’une multiplication des réglementations, puis ont opéré un lobbying en faveur de règles qui se sont révélées augmenter les coûts de conformité, ce qui a désavantagé les concurrents de moindre envergure. Et maintenant que l’administration Trump dégaine les tarifs douaniers sur les importations, les sociétés qui pèsent le plus peuvent influencer la question de savoir qui bénéficie d’une protection, et qui en supporte les coûts.

    De manière générale, plus les droits de propriété intellectuelle, réglementations et tarifs douaniers définis par un État favorisent les profits d’une grande société – davantage que le fait sa productivité – et plus cette société devient dépendante de la bienveillance du gouvernement. La seule garantie d’efficience et d’indépendance d’entreprise demain réside dans la concurrence aujourd’hui.

    La pression exercée pour que l’État maintienne un capitalisme concurrentiel, et empêche son glissement naturel vers la domination d’une poignée d’entités dépendantes, provient généralement des citoyens ordinaires, qui s’organisent démocratiquement dans leurs communautés. Ne possédant pas l’influence de l’élite, ils aspirent souvent à plus de concurrence, ainsi qu’à un accès plus ouvert. Aux États-Unis, le mouvement populiste de la fin du XIXe siècle et le mouvement progressiste du début du XXe ont été des réactions à une monopolisation de secteurs majeurs tels que les chemins de fer et la banque. Ces mobilisations de base ont conduit à des réglementations telles que le Sherman Antitrust Act de 1890, le Glass-Steagall Act de 1933 (toutefois moins directement), ainsi qu’à des mesures visant à améliorer l’accès à l’éducation, à la santé, au crédit et aux opportunités d’affaires. En défendant la concurrence, ces mouvements ont non seulement conféré de la vie au capitalisme, mais également évité le risque d’autoritarisme corporatiste.Aujourd’hui, à l’heure où les meilleurs emplois dérivent vers des grandes sociétés à succès qui embauchent principalement dans une poignée d’universités prestigieuses, à l’heure où les petites et moyennes entreprises arpentent vers la croissance un chemin semé d’obstacles érigés par les sociétés dominantes, et tandis que l’activité économique abandonne les petites villes et les communautés semi-rurales pour privilégier les mégalopoles, le populisme émerge de nouveau. Les dirigeants politiques s’efforcent d’y répondre, mais rien ne garantit que leurs propositions nous orienteront dans la bonne direction. Comme l’ont clairement démontré les années 1930, il arrive que le statu quo cède la place à des alternatives beaucoup plus sombres. Si les électeurs des villages français et des petites villes américaines en déclin succombent au désespoir, s’ils perdent foi en l’économie de marché, ils deviendront vulnérables aux sirènes du nationalisme identitaire ou du socialisme à l’extrême, qui l’un ou l’autre seraient susceptibles d’anéantir l’équilibre délicat entre les marchés et l’État. Ceci mettrait fin à la fois à la prospérité et à la démocratie.La juste réponse réside non pas dans une révolution, mais dans un rééquilibrage. Le capitalisme a besoin de réformes du sommet jusqu’à la base, telles qu’une modernisation de la réglementation antitrust, s’il entend veiller à ce que les secteurs demeurent efficients, ouverts à l’entrée, et non monopolisés. Mais des politiques verticales ascendantes sont également nécessaires pour aider les communautés économiquement dévastées à bénéficier de nouvelles opportunités, et pour maintenir la confiance de leurs membres en l’économie de marché. La critique populiste doit être écoutée attentivement, même si les propositions les plus radicales des leaders populistes ne doivent pas être suivies naïvement. Cette démarche est essentielle si nous entendons maintenir pleinement en vie les marchés et la démocratie.Traduit de l’anglais par Martin Morel

    Raghuram G. Rajan, Governor of the Reserve Bank of India from 2013 to 2016, is Professor of Finance at the University of Chicago Booth School of Business and the author, most recently, of The Third Pillar: How Markets and the State Leave the Community Behind.

    Concentration des marchés aux Etats-Unis (T.Philippon)

    Thomas Philippon L’œil tourné vers l’Amérique
    Arnaud Leparmentier (New York, Correspondant)
    A 44 ans, l’économiste français, professeur de finance à la New York University, a documenté, chiffres à l’appui, la cartellisation de l’économie aux Etats-Unis
    PORTRAIT
    Lorsqu’il a débarqué à Boston pour faire sa thèse au Massachusetts Institute of Technology (MIT), en 1999, le jeune polytechnicien Thomas Philippon s’est retrouvé au paradis. Au paradis du consommateur, en tout cas : pendant l’euphorie économique des années Clinton, les ordinateurs portables coûtaient bien moins cher qu’en Europe, la connexion à l’Internet naissant était très bon marché et lorsqu’il fallait se rendre à un séminaire, Thomas Philippon prenait l’avion, comme tous les étudiants. Puis, insensiblement, tout a changé : vingt ans plus tard, les abonnements au téléphone portable et à Internet coûtent bien plus cher qu’en Europe, les prix des billets d’avion sont prohibitifs et nul ne rapporte plus de matériel informatique des Etats-Unis. Cette dérive s’est faite progressivement, sans que les Américains s’en aperçoivent vraiment.
    Thomas Philippon, qui nous reçoit dans son bureau de la New York University, au cœur de Manhattan, compare le destin du consommateur américain à celui d’une grenouille : la légende (erronée) prétend que, plongée dans l’eau bouillante, la grenouille saute et s’échappe, alors que mise dans l’eau froide sur un réchaud, elle s’endort et se laisse cuire sans réagir – comme le consommateur américain, qui n’a pas réalisé que, depuis une vingtaine d’années, les prix avaient augmenté. L’économiste français explique, dans un livre à paraître en septembre aux Etats-Unis, The Great Reversal (« le grand renversement »), « comment l’Amérique a abandonné les marchés libres » et a cartellisé son économie. Astucieuse analyse qui consiste à prendre les Etats-Unis au piège de leur propre credo capitalistique : Thomas Philippon leur prêche les vertus du libéralisme.
    Il y a quelques années, M. Philippon figurait parmi les « jeunes économistes » distingués par le Cercle des économistes et Le Monde (2009), ainsi que parmi les 25 jeunes économistes récompensés par le FMI (2014). Il a désormais 44 ans et il est professeur de finance. « Je suis titulaire d’une chaire depuis 2018. Je suis un vieux ponte, donc je peux radoter », plaisante ce grand gaillard sportif, qui juge un peu « archaïque » le statut inamovible de professeur – il protège la liberté de recherche mais peut conduire à « s’encroûter ». Pour écrire son livre, l’économiste ne s’est pas fondé sur ses intuitions : dans son propos liminaire, il rend hommage à un professeur de la fin des années 1970, qui avait détourné la devise américaine (« In God we trust ») lors d’une audition devant le Congrès : « Nous avons confiance en Dieu, les autres doivent fournir des données. »
    Economie de rentiers
    Thomas Philippon adhère à cette démarche fondée sur la preuve. « Fondamentalement, je ne suis pas idéologue. En économie, il faut regarder les données. » Et l’étude des données a produit des découvertes inattendues. « Mon livre explique que les Américains ont laissé leur marché se cartelliser et qu’il faut qu’ils reviennent à des marchés libres et concurrentiels. Ce n’est pas ce que j’avais l’intention d’écrire quand j’ai commencé ma recherche : j’essayais de comprendre pourquoi l’investissement baissait depuis 2000, alors que les valorisations boursières et les profits augmentaient. » Réponse : ces profits étaient le fruit, non pas de la productivité, mais de la cartellisation – aux Etats-Unis, il ne reste plus que quatre compagnies aériennes et trois opérateurs de téléphonie. Protégées de la concurrence, les entreprises augmentent leurs prix sans procéder à des investissements.
    Le héraut de cette économie de rentiers n’est autre que Warren Buffett, cet investisseur de génie qui a investi dans des entreprises quasi monopolistiques aux profits garantis, comme Coca-Cola. Les Américains ont inventé l’antitrust à la fin du XIXe siècle, démantelé l’empire pétrolier Rockefeller en 1914, libéralisé sous les démocrates (Jimmy Carter dans l’aérien) et les républicains (Ronald Reagan dans les télécoms, avec l’éclatement d’ATT), mais ils se sont assoupis, au début du XXIe siècle, alors que leurs idées libérales triomphaient partout sur la planète. « Maintenir des marchés libres, c’est une tâche de tous les jours, c’est un travail de Sisyphe, constate Thomas Philippon. Les chefs d’entreprise tentent de créer des situations de monopole. »
    La bascule historique repérée par M. Philippon est en partie idéologique : depuis des décennies, les juges ont repris à leur compte les idées émises par Robert Bork, ancien ministre de la justice républicain et adepte de l’école de Chicago. Dans The Antitrust Paradox (New York Free Press, 1978, non traduit), M. Bork estimait que les consommateurs bénéficiaient de la concentration des entreprises et que le capitalisme se régulerait tout seul. La bascule est aussi politique : le lobbying outrancier des entreprises auprès des élus a conduit à ériger des barrières limitant l’arrivée de nouveaux entrants sur les marchés.
    Thomas Philippon pensait que l’Europe, comme souvent, suivrait la destinée américaine, mais ce fut sa seconde surprise : il n’en est rien, au contraire. « L’Europe a créé un système indépendant, dont la résistance à la corruption est assez forte parce qu’il a un objet clair : protéger le consommateur européen. » L’économiste, qui a successivement soutenu Ségolène Royal, François Hollande et Emmanuel Macron aux élections présidentielles, tord le cou aux idées souvent propagées en France. « La politique de concurrence est ce qui marche le mieux en Europe, tranche cet homme qui a passé un an au cabinet de Pierre Moscovici, en 2012-2013, avant de revenir à New York. Quand on voit la manière dont l’économie française marche, c’est dur de ne pas devenir un peu plus libéral. L’Etat centralisé est trop omniprésent dans trop de domaines. Le savoir de manière abstraite, c’est une chose, le constater tous les jours, c’en est une autre. »
    « Il va se passer quelque chose »
    Aujourd’hui, Thomas Philippon pense Amérique. Il espère qu’à l’automne, son livre, qui a été placé en tête de promotion par les éditions Harvard University Press, sera un succès. Et qu’il nourrira le débat politique, un an avant l’élection présidentielle américaine de 2020. Car il est convaincu qu’« il va se passer quelque chose ». Aux Etats-Unis, Donald Trump a voulu insuffler une nouvelle jeunesse à la politique de concurrence en interdisant la fusion AT&T-Time Warner, mais les juges lui ont infligé un camouflet. « Donald Trump a eu tort de politiser le débat : il a instrumentalisé l’antitrust à des fins politiques pour se venger de CNN [une chaîne, propriété de Time Warner, en guerre ouverte avec le président], alors que la concurrence devrait être une politique transpartisane. »
    Jusqu’à présent, les présidents américains avaient beaucoup protégé leurs amis : la défense et l’énergie pour les républicains, la Silicon Valley pour les démocrates. « Ce n’est pas Obama qui allait démanteler Google », souligne Thomas Philippon. Il ne croît guère aux solutions radicales, comme le démantèlement d’Amazon, de Google et de Facebook prôné par Elizabeth Warren, la sénatrice du Massachusetts candidate à l’investiture démocrate. M. Philippon pense qu’il sera très dur de revenir sur la concentration dans l’aviation et les télécoms, mais il estime que l’on peut faire beaucoup d’autres choses. « Cela commence par la protection des données. » Après avoir ricané contre l’Europe, les Américains suivent d’ailleurs le mouvement, notamment en Californie. « Je ne vois plus un article qui se moque de l’Europe. La première chose à faire désormais, c’est de regarder ce que font les Européens et de s’en inspirer. »