Crypto-monnaie et crypto-fraude (N.Roubini)

https://www.project-syndicate.org/commentary/cryptocurrency-exchanges-are-financial-scams-by-nouriel-roubini-2019-07/french

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Qu’apporte la baisse des taux d’intérêt à l’économie ? (O.Passet)

Des arguments déjà abordés (déconnexion sphère réelle/financière) mais avec une mise en perspective géo-politique intéressante :

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Olivier-Passet-Ce-que-nous-dit-la-faiblesse-des-taux-sur-l-etat-de-sante-de-l-economie_3747094.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&utm_medium=email&utm_campaign=XC010419

Transition énergétique et régulation bancaire (Le Monde -J.Couppey-Soubeyran)

LA CHRONIQUE DE JÉZABEL COUPPEY-SOUBEYRAN

Banques, banquise et pingouins

Les banques ne peuvent plus ignorer la banquise, car le dérèglement climatique est une nouvelle source de risques pour elles. La banquise ne tiendra pas longtemps non plus sans l’attention des banques, car la transition écologique a grandement besoin de financement. Mais attention aux pingouins qui braient qu’il suffira pour cela d’un peu d’incitation – par exemple un allégement de la réglementation bancaire…
Le dérèglement climatique pourrait affecter les bilans des banques et des autres intermédiaires financiers de multiples manières. En créant bien sûr des dommages à rembourser, en détruisant des valeurs d’actifs immobiliers, d’entreprises, etc. Egalement en les exposant à des risques de transition, car le « verdissement » de leurs emprunteurs, engagés dans de nouveaux modèles économiques bas carbone, ne réussira pas sans quelques échecs. Mais aussi parce que, de plus en plus, leur responsabilité se trouvera engagée si, par-delà les critères environnementaux naissants, elles continuent de financer aveuglément de gros émetteurs de CO2.
Les banques n’ignorent pas ou plus ces risques que Mark Carney – gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du Conseil de stabilité financière – avait mis en lumière dans son discours « Briser la tragédie des horizons », le 29 septembre 2015 à Londres. Ce discours a depuis lors inspiré d’autres banquiers centraux et superviseurs. A l’initiative de la Banque de France lors du One Planet Summit de décembre 2017, un réseau consacré au verdissement du système financier s’est constitué. Le Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System produira des travaux d’évaluation instructifs. La banque centrale des Pays-Bas a, par exemple, commencé à introduire le risque climatique dans un stress test bancaire (DNB Occasional Studies n0 16-7, 2018), estimant que le risque climatique pourrait – au minimum car le scénario n’inclut ni destruction d’actifs ni effets en chaîne – faire perdre aux banques un tiers de leurs fonds propres !
Pratiques hétérogènes
Les banques ne peuvent donc plus détourner le regard de la banquise. Or, les besoins de financement de la transition écologique sont colossaux. Dans leur livre Finance, climat, réveillez-vous ! (Indigène Editions, 2018), Anne Hessel, Jean Jouzel et Pierre Larrouturou reprennent le chiffre de la Cour des comptes européenne, qui les estime à 1 115 milliards d’euros par an entre 2021 et 2030 pour les pays de l’Union, s’ils veulent réduire de 40 % leurs émissions de CO2 d’ici à 2030. Si, à première vue, le chiffre paraît astronomique, il est, tout bien pesé, à la mesure des 31 000 milliards d’euros d’actifs que les banques européennes détiennent à leur bilan (contre environ 20 000 pour les banques américaines et 133 000 pour le secteur bancaire au niveau mondial – conversion en euros des chiffres du « Global Monitoring Report on NBFI 2018 Monitoring Dataset », publié par le Financial Stability Board en février 2019). La question n’est clairement pas celle d’un manque de moyens, mais de leur fléchage.
Peut-on compter sur les banques pour qu’elles orientent spontanément leurs ressources vers la transition écologique ? Certaines s’engagent déjà dans cette voie, et les analyses comme celles de l’ONG Carbon Disclosure Project les y invitent. Mais les pratiques restent hétérogènes, le plus souvent associées au risque de réputation. Aucune banque n’a publié le détail de ses expositions selon l’éventail du vert au brun… Ce serait pourtant une bonne façon de convaincre clients et créanciers qu’il s’agit bien d’une démarche sincère, et non d’un verdissement de surface. Des études ont même montré que les banques les plus « responsables » en surface sont souvent les moins « vertueuses » (« Corporate Social Responsability for Irresponsability », Matthew Kotchen et Jon Jungbien Moon, NBER Working Paper Series no 17254, 2011).
Mais pour que les bilans des banques verdissent, il faut que la régulation financière verdisse aussi, et surtout pas en allégeant les contraintes de celles qui se signaleraient comme les plus vertueuses : c’est pourtant l’idée du « bonus prudentiel », ou green supporting factor, soutenu par la Fédération bancaire française. Car, pour faire face au risque climatique, la capacité des banques à absorber des pertes doit augmenter et non diminuer.
C’est aussi la politique monétaire qui doit verdir, en conditionnant les sommes mises à la disposition des banques à l’obligation de contribuer au financement d’investissements bas carbone. La puissance publique se doit de fixer la direction à suivre. La mise en place d’une banque publique européenne du climat est une excellente initiative, mais il faudra aller plus loin, avec des obligations publiques vertes pour que le secteur privé ne craigne plus de s’engager.
Ce n’est pas que l’isolation thermique de nos bâtiments qu’il s’agit de rénover, mais tout notre modèle de croissance. Les banques ont là une formidable occasion de réorienter leur modèle d’activité vers les besoins de l’économie réelle à un horizon de long terme, horizon qu’elles n’auraient pas dû abandonner. Mettre la finance au service du climat, c’est la remettre au service du citoyen, c’est faire le tri entre celle qui est utile et celle qui ne l’est pas dans une financiarisation dont les excès n’ont toujours pas été résorbés depuis la crise. L’objectif ultime restant « moins de banquiers, plus de banquise » !
Jézabel Couppey- Soubeyran est économiste,
maîtresse de conférences
à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Elle a notamment écrit « Blablabanque. Le discours de l’inaction » (Michalon, 2015)

Dette record des entreprises privées (Les Echos)

La dette des entreprises françaises atteint des niveaux record

Guillaume Benoit Le 14/03 à 07:15

L’endettement brut des entreprises françaises dépasse 4.000 milliards d’euros, soit 175 % du PIB, du jamais vu selon S&P Global Ratings. Pour l’instant les risques sont réduits, mais attention à la remontée des taux.Guillaume Benoit

C’est une exception en Europe. Alors que sur le reste du continent, les entreprises ont eu tendance à réduire leur endettement (*), celui des sociétés françaises a explosé. Selon les chiffres de S&P Global Ratings, la dette brute totale des entreprises françaises dépassait 4.000 milliards d’euros à la mi-2018. Elle atteint 175 % du produit intérieur brut, contre 135 % il y a 10 ans, lorsqu’a éclaté la crise financière. Un niveau d’endettement qui préoccupe aussi la  Banque de France , qui avertissait en décembre, de risques de liquidité et de défaut pouvant s’accroître au cours des prochains mois.

Coûts très bas

Cette fringale de dette s’explique en grande partie par les coûts de financement très bas. « Le taux d’intérêt moyen des prêts accordés aux sociétés non financières s’est élevé à 1,56 % en 2018, son plus bas historique », notent les analystes de S&P. Autre moteur de l’endettement : les opérations de fusions-acquisitions stratégiques. Air Liquide a doublé sa dette en 2017 pour racheter son concurrent américain Airgas. Et Sanofi a vu son endettement grimper à 25 milliards d’euros en 2018, après avoir réalisé 13 milliards d’euros d’acquisition.

Depuis, le mouvement ne s’est pas inversé. Les conditions de marché très favorables en début d’année ont notamment poussé les entreprises  à se ruer sur le marché obligataire . Et la course à l’endettement devrait se poursuivre, alors que les dernières décisions de la Banque centrale européenne  devraient limiter à moyen terme tout risque de hausse des coûts d’emprunts tant pour les crédits bancaires que pour les financements de marchés.

Multinationales et sociétés publiques

Si toutes les catégories d’entreprises ont participé au mouvement, « l’augmentation de leur endettement est principalement le fait des multinationales françaises et des sociétés publiques » souligne S&P.

EDF a ainsi vu passer sa dette de 28 à 63 milliards d’euros entre 2007 et 2017. Et SNCF Réseau de 28 milliards à plus de 55 milliards. Les secteurs du luxe et de la consommation, de l’automobile ou de l’immobilier, notamment, ont également connu une forte hausse de leur dette. LVMH, qui vient de lever 1 milliard d’euros sur le marché obligataire, affichait ainsi en 2017 une dette de 12 milliards d’euros, le double de son niveau en 2007. Celle de Renault est passée de 30 à 50 milliards sur la période.

Contrastant avec l’inquiétude affichée par la Banque de France, S&P se montre optimiste sur la solidité des entreprises françaises. Notamment parce que les fonds levés en France ont été très souvent utilisés pour financer leurs filiales situées à l’étranger, qui n’avaient pas accès à des conditions aussi favorables. Si l’on retire les prêts intragroupe, l’endettement des sociétés françaises se « limitait » à 90 % du PIB en 2017. L’agence constate en outre qu’ils ont servi à des investissements en France et à l’étranger, ces derniers s’étant révélés très rentables. Un avantage contrebalancé par le fait que les entreprises sont particulièrement exposées aux risques de change et de taux d’intérêt hors zone euro.

Risque de taux

Une grande partie des ressources financières obtenues est restée sur le bilan des entreprises sous formes de cash, leur donnant ainsi un matelas de liquidité suffisant pour faire face à leurs échéances. Conclusion de S&P : les défauts de paiement devraient rester limités, et l’endettement des entreprises n’aura a priori pas d’impact sur la note souveraine de la France. Avec un bémol de taille cependant : la situation ne sera tenable que si la hausse des taux d’intérêt est progressive.

(*) Prêts bancaires et obligataires des grandes et petites entreprises

@gb_eco

Emballement du crédit privé en France (Le Monde)

Le Monde daté du 20 mars 2019
Le crédit s’emballe, la France s’inquiète
Élise Barthet et Véronique Chocron
L’endettement du secteur privé a atteint 133 % du PIB au troisième trimestre 2018
Rien n’arrête plus les banques françaises dans leur distribution effrénée de prêts, aux particuliers comme aux entreprises. Le crédit constitue un moteur essentiel de la croissance, mais la surchauffe a rendu les autorités françaises vigilantes. L’endettement du secteur privé non financier a en effet atteint 133,3 % du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre 2018 (59,2 % pour les ménages et 74,1 % pour les entreprises), un taux supérieur à la moyenne de la zone euro, et notamment à celui de l’Allemagne.
La France a donc décidé, pour la deuxième fois en moins d’un an, de mettre le holà. Sous des aspects complexes, l’affaire est simple. Le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), l’instance chargée de limiter les risques du système financier, présidée par le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a annoncé lundi 18 mars que les banques devraient constituer un matelas supplémentaire de capital pour leurs activités de crédit en France. Un outil déjà utilisé en juin 2018, pour les mêmes raisons : éviter que le crédit ne cavale trop vite.
Exception française
Ce dispositif, affublé du nom barbare de « coussin de fonds propres contracyclique », va donc être gonflé. Un « coussin » de 0,25 % avait été décrété en juin, qui venait s’ajouter au ratio de solvabilité exigé par les régulateurs, sans que la mesure n’entraîne de ralentissement du crédit. Le HCSF vient de décider de porter le « coussin » à 0,5 %. Les banques disposeront de douze mois, à compter du 2 avril, pour se conformer à cette nouvelle exigence.
Les autorités ne veulent toutefois pas dramatiser le recours à cet « instrument de précaution ». « Il ne doit pas amener les banques à restreindre le crédit, mais il les prépare à un retournement du cycle financier, qu’un Brexit chaotique par exemple pourrait déclencher. Dans ce cas, le Haut Conseil relâchera immédiatement le coussin », souligne une source proche du HCSF. Les établissements pourront alors mobiliser cette réserve de capital pour maintenir leur offre de crédit, notamment aux PME, plus dépendantes que les grands groupes du financement bancaire.
Les banques françaises disposant de marges de sécurité en matière de fonds propres, aucune ne devrait avoir à chercher du capital supplémentaire pour constituer son « coussin ». Les établissements ont toutefois réagi vertement. Dans un communiqué publié lundi soir, la Fédération bancaire française (FBF) a pointé « une mesure visant à limiter le développement du crédit en France », dans un contexte de croissance ralentie. Une décision que « les banques françaises ne comprennent pas, (…) qui n’est pas cohérente avec la politique monétaire de la Banque centrale européenne [BCE], qui soutient le financement de l’économie grâce à la distribution de liquidités sur les marchés à des taux particulièrement bas ».
« Il n’y a pas d’emballement du crédit en France, car qui dit emballement dit bulle, réagit un banquier. Par exemple, pour les particuliers, si on met de côté quelques quartiers parisiens, on ne constate pas de bulle spéculative immobilière en France. »
Mais ce ne sont pas les prêts immobiliers qui inquiètent le plus les autorités françaises. L’endettement des entreprises a atteint en 2018 un niveau record. D’après l’agence de notation S&P Global Ratings, son montant avoisinait à la mi-2018 les 4 000 milliards d’euros toutes sources confondues (banques, obligations, etc.), soit près de 175 % du PIB. Si on exclut de ce gros bloc les prêts entre maisons mères et filiales, l’endettement global atteint à peu près 90 % du PIB. C’est beaucoup plus que ce qu’on peut observer en Allemagne, en Italie ou en Espagne, où les sociétés se sont surtout efforcées, depuis la crise, d’assainir leur bilan.
Comme le soulignait la Banque de France fin janvier, le seul crédit bancaire aux entreprises a progressé de 6,1 % sur un an, alors que la dynamique générale de l’économie, elle, n’a pas dépassé 1,5 %. Cette frénésie tient en grande partie à la faiblesse du taux d’intérêt moyen des prêts. Ce dernier s’élevait en 2018 à 1,56 %, « un plus bas historique », selon S&P Global Ratings, lié à la politique monétaire expansionniste menée par la BCE.
Mais l’endettement des entreprises ne repose pas intégralement sur le crédit bancaire. Depuis la crise, les sociétés en mal d’argent se sont massivement tournées vers le marché obligataire. Là, elles peuvent lever des fonds en émettant directement de la dette auprès des investisseurs. En 2017, les entreprises françaises sont allées y chercher près du tiers de leur financement. Un recours qui concerne moins les petites et moyennes entreprises (PME) que les grands groupes et certaines entreprises de taille intermédiaire (ETI).
L’exception française en matière de niveau d’endettement provient en effet « majoritairement des mêmes entreprises, lesquelles s’endettent et accumulent conjointement des liquidités », remarquait l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans sa note de conjoncture de décembre 2017. « Il s’agit plutôt de grandes entreprises, situées dans le secteur manufacturier et représentant des têtes de groupe. »
A quoi leur servent ces fonds engrangés grâce au crédit et au marché ? A financer le développement des sociétés et notamment les investissements à l’étranger des fleurons tricolores. Pour ces derniers, « l’objectif est de rester global et de consolider leurs positions, explique Nicolas Baudouin, analyste chez S&P Global Ratings. C’est pour cela, par exemple, que Sanofi a investi l’an dernier près de 13 milliards d’euros dans le rachat d’entreprises innovantes en biotechnologie ». L’endettement des banques, compte tenu de la nature de ces investissements, n’est pas « alarmant ».
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