La crise du covid accentue l’hétérogénéité au sein de la zone euro

La pandémie de Covid-19 creuse le fossé en Europe, entre le Sud dépendant du tourisme et le Nord

Par Marie Charrel

Publié hier à 04h42, mis à jour hier à 11h21

DécryptagesTous les pays de la zone euro ne sont pas affectés de la même façon par la crise sanitaire. Les déséquilibres déjà existants entre l’Italie, le Portugal, l’Espagne ou la Grèce, et un Nord plus industriel, sont exacerbés.

C’est le symbole du luxe à l’italienne. Le « quadrilatère d’or » au centre de Milan, la capitale de la mode et du design, concentre un florilège de bijouteries haut de gamme, boutiques made in Italy et grands noms du chic – Gucci, Prada, Versace. « Nos clients sont des touristes internationaux ou de passage pour affaires, leur ticket moyen dans nos boutiques dépasse les 2 000 euros », se targue Guglielmo Miani, le président de MonteNapoleone District, l’association qui regroupe les 150 marques du quartier.

Mais depuis le début de la pandémie, à l’exception du rebond de l’été, les rues du quadrilatère sont presque désertes. D’après le cabinet Deloitte, le nombre de visiteurs y transitant a chuté de 8 à 3,4 millions entre 2019 et 2020. Et les touristes chinois ont disparu. « C’est une grosse perte pour Milan », se désole M. Miani. Il dirige la marque de confection Larusmiani, fondée en 1922 par son grand-père. « Les grands groupes compensent avec les ventes en ligne, mais pour les petits groupes familiaux comme le mien, où tout est fait main, c’est un peu plus difficile. » Contexte : Coronavirus : visualisez l’évolution de l’épidémie en France et dans le monde

Le Sud touristique sinistré

Algarve, dans le sud du Portugal. En 2020, le tourisme régional a enregistré sa pire année de l’histoire, avec un nombre de nuitées tombé à 8,7 millions, contre 24 millions en 2019. « J’ai l’impression de revivre la crise de 2008 », confie Miguel Costa, 38 ans, cuisinier dans un restaurant dans la région. A l’époque, il avait choisi d’émigrer au Royaume-Uni, le temps que l’économie portugaise se relève. Il est rentré en 2015, alors que le tourisme décollait dans son pays. « Aujourd’hui, je songe à repartir. Les fins de mois difficiles, c’en est trop. »

Italie, Portugal, mais aussi Espagne, Grèce, Malte, Chypre : le sud de la zone euro, très dépendant du tourisme, est frappé de plein fouet par la pandémie et, surtout, par les restrictions de déplacements liées aux mesures sanitaires. « Le Covid-19 va aggraver les divergences déjà existantes entre le sud et le nord de la zone euro, c’est très préoccupant », souligne Patrick Artus, économiste chez Natixis.

Même s’ils sont eux aussi affectés, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et les pays nordiques tels que la Finlande ont enregistré une récession moins violente en 2020. Parce que leurs économies dépendent moins du tourisme international. Mais aussi parce qu’ils sont entrés dans la crise avec des finances publiques bien plus saines, leur permettant de déployer des plans d’urgence et de relance plus ambitieux que dans le Sud – celui de l’Allemagne dépasse 8 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5 % en France, 4,3 % en Espagne et 3,4 % en Italie.

Au printemps 2020, ce fossé s’est cristallisé autour du plan de relance européen de 750 milliards d’euros, en partie financé par des dettes communes : pendant de longues semaines, les pays dits « frugaux » – Suède, Pays-Bas, Autriche, Danemark, auxquels s’est associée la Finlande – ont refusé de mettre au pot commun pour l’Italie, le Portugal ou la Grèce, les jugeant trop dépensiers. Face à l’aggravation de la pandémie, ils se sont néanmoins résolus à l’accepter. « Mais dans mon pays, l’idée que le Sud ne fait pas assez d’efforts est toujours très ancrée, souligne Philipp Heimberger, de l’Institut viennois des études économiques internationales (WIIW), en Autriche. Ces tensions risquent de ressurgir lorsque le débat sur les règles budgétaires européennes, pour l’instant suspendu, sera de nouveau sur la table. » Ce qui devrait arriver d’ici l’automne. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le plan de relance européen de 750 milliards d’euros est très loin de faire l’unanimité

Modèles de croissance très différents

En pénalisant les services plus que l’industrie, en accélérant la transition numérique et écologique, la crise jette les bases d’une Europe où l’Allemagne sortirait plus puissante encore de la récession. Car la pandémie a agi comme un électrochoc outre-Rhin. Berlin a pris conscience des fragilités de son modèle industriel, trop dépendant de la Chine, et de son retard en matière d’innovation face à l’Asie. « La leçon du Covid-19 est que nous devons investir plus dans les usines du futur », explique Rolf Najork, membre du directoire de Bosch, dans une tribune publiée par le géant industriel allemand. Et tout le secteur s’y est mis. « Notre tâche est désormais que l’industrie 4.0 devienne la norme du secteur. Voilà pourquoi nous investirons 500 millions d’euros dans la digitalisation de nos opérations industrielles ces cinq prochaines années. »

La Grèce et l’Espagne, luttant pour la survie de leur secteur touristique et dont l’industrie est spécialisée sur le moyen de gamme, sont loin de telles réflexions. « L’Espagne n’a aucune grande entreprise sur les créneaux d’avenir, le sud de l’Europe est en train de perdre la bataille de l’intelligence artificielle, loin derrière l’Allemagne », déplore Antonio Roldan, directeur du think tank EsadeEcPol, à Madrid. « L’industrie italienne est minée par une productivité stagnante et des investissements trop faibles », ajoute Nicola Borri, économiste à l’université Luiss Guido Carli, à Rome.

C’est qu’à bien des égards, en dépit des nuances régionales, les économies du nord et du sud de l’Europe ont choisi, dans les grandes lignes, des modèles de croissance très différents. « Le Sud repose plutôt sur la demande des ménages et les services, avec des institutions parfois déficientes », détaille Pawel Tokarski, spécialiste de la zone euro à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP), à Berlin. Ce à quoi s’ajoutent un chômage structurel élevé et un niveau d’éducation de la population active relativement faible au regard de la moyenne européenne. Article réservé à nos abonnés Lire aussi « En Méditerranée, la dépendance au tourisme empêche la diversification »

« A l’inverse, l’Allemagne ou les Pays-Bas sont tournés vers l’offre et l’export, avec de forts excédents extérieurs et des services publics plus efficaces », complète Pawel Tokarski. Une des illustrations de ce modèle est le fameux Mittelstand, le tissu de PME allemandes. « Celles-ci sont très réactives et fonctionnent en réseau pour coller toujours au plus près à la demande internationale, sans rien attendre de l’Etat », illustre Patrick Brandmaier, DG de la chambre franco-allemande de commerce et d’industrie.

La France, elle, est dans une position intermédiaire. Ses institutions et ses administrations fonctionnent bien, la rapprochant du Nord, souligne Pawel Tokarski. Mais les faiblesses de son industrie, son déficit commercial préoccupant et sa dette publique élevée (116,5 % du PIB fin 2020 contre 70 % en Allemagne) la font basculer du côté du Sud… Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les Finlandais réticents au plan de relance européen

Si la crise du Covid-19 met douloureusement en lumière ces différences, elles ne datent pourtant pas d’hier. Elles ont des racines anciennes, liées aux cultures nationales, à la construction des Etats, à la géographie. « Elles étaient déjà présentes lors de la révolution industrielle du XIXe siècle, lorsque l’industrie s’est concentrée sur la dorsale européenne courant de la mer du Nord au nord de l’Italie, au détriment de la périphérie », détaille Laurent Chalard, docteur en géographie à Paris-IV-Sorbonne. Cette concentration a dessiné une carte de l’Europe où, au-delà des frontières nationales, certaines régions s’en tirent mieux que d’autres. En Italie, le fossé est ainsi vertigineux entre le Nord industriel, très connecté à l’Allemagne, et le Mezzogiorno du sud, plus pauvre.

Déséquilibres longtemps masqués

Lorsque, à l’après-guerre, les Européens se sont attelés à la construction du marché unique, ils savaient que l’intégration européenne était susceptible d’accentuer ces divergences, en favorisant les économies les plus productives.

« C’est précisément pour limiter les divergences que les fondateurs du marché unique ont très vite instauré les politiques de cohésion », rappelle Shahin Vallée, chercheur au Conseil allemand pour les affaires étrangères (DGAP)

« C’est précisément pour les limiter qu’ils ont très vite instauré les politiques de cohésion », rappelle Shahin Vallée, chercheur au Conseil allemand pour les affaires étrangères (DGAP). Ce sont les fonds structurels, visant à soutenir le développement des infrastructures, des institutions et des entreprises des régions européennes les moins riches.

Lorsque l’euro a été introduit, en 1999, les pères de la monnaie unique espéraient être allés suffisamment loin dans la convergence. Et que les règles budgétaires communes contribueraient à approfondir encore celle-ci. « Ce n’est pas exactement ce qui s’est passé », résume M. Vallée. Au contraire, en supprimant le risque de change, l’euro a accentué la spécialisation productive des pays – tourisme dans le Sud, industrie sur la dorsale européenne. Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’euro, une construction encore inachevée

Longtemps, ces déséquilibres ont été masqués par le creusement de l’endettement extérieur en Espagne, en Grèce, au Portugal et dans une moindre mesure en France. Jusqu’à la crise de 2008, qui les fit exploser au grand jour. Face aux fragilités locales, les spéculateurs se déchaînèrent sur les dettes grecque, italienne, portugaise, jusqu’à ce que la BCE intervienne pour y mettre un terme. « Les politiques de rigueur qui ont suivi, dans le Sud, ont accentué encore les divergences, alimentant précarité et stagnation des niveaux de vie », ajoute M. Heimberger.

Les profondes réformes menées en Grèce ou en Espagne, le boom du tourisme et la politique de taux bas de la BCE ont néanmoins permis à ces économies de renouer avec la croissance à partir de 2015. Sans pour autant résoudre le problème de divergence : les Grecs et les Italiens n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de richesse de 2007… « Les exemples historiques montrent qu’une forme d’hétérogénéité est inévitable au sein d’une union monétaire, précisément du fait des spécialisations locales différentes », observe Laurent Chalard.

C’est notamment ce que l’on observe aux Etats-Unis, où la richesse par habitant varie plus que du simple au double entre les Etats les plus pauvres, comme le Mississippi, et les plus riches, comme New York. « Mais le budget fédéral, qui est de l’ordre de 23 % du PIB, compense ces écarts, explique Patrick Artus. Dans l’UE, le budget commun n’est que de 1,1 % hors plan de relance. »

« Il ne faut pas se résigner »

Est-ce à dire que la zone euro est condamnée à voir l’hétérogénéité se creuser entre ses membres ? Au risque que celle-ci se traduise par des tensions politiques croissantes, voire par la tentation d’une sortie de la monnaie unique, comme observé en Grèce, ou en Italie, lors de la dernière crise ? « Pas nécessairement, il ne faut pas se résigner », assure Shahin Vallée. Il estime qu’il convient d’aller plus loin dans les transferts budgétaires entre membres : Bruxelles en a pris la voie avec son plan de relance de 750 milliards, versé en partie sous forme de subventions.

Mais aussi, de poursuivre une politique industrielle commune, susceptible de profiter à tous les Etats membres. Comme l’UE a commencé à le faire, là encore, avec la construction d’une filière européenne des batteries électriques, par exemple. « Avec cette crise, les PME allemandes ont compris que de telles collaborations sont nécessaires, qu’il est parfois pertinent de construire des champions européens, tant qu’ils sont portés par une vraie logique économique », souligne Patrick Brandmaier. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Guerre commerciale : l’Europe s’arme enfin

Mais dans le Sud également, la pandémie a déclenché une prise de conscience. « Il est vrai que jusqu’ici, nos entreprises investissaient moins qu’au nord dans le numérique, mais elles s’y sont mises massivement ces derniers mois : des verrous ont sauté », constate Alessandro Cattani, PDG d’Esprinet. Implanté en Espagne et en Italie, son groupe aide des entreprises, en particulier des commerces, à déployer des solutions informatiques, notamment pour la vente en ligne. « Dans les deux pays, la demande a augmenté de plus de 10 % l’an passé, 2020 a été l’une de nos meilleures années, explique-t-il. On assiste à une petite révolution culturelle, et cela me rend optimiste pour l’avenir. » Marie Charrel

Le projet de dette européenne porté par la Commission européenne

La Commission européenne va proposer au Conseil des ministres des finances un projet d’émission de titres, c’est-à-dire un financement de l’UE par la dette. Ce projet porte sur la fiscalité qui relève de la souveraineté de chaque Etat : pour que position commune soit adopté il faut un vote du conseil des ministres des finances à l’unanimité.

cet article du Figaro rappelle la procédure : https://www.lefigaro.fr/international/un-plan-de-relance-europeen-suspendu-a-l-accord-des-vingt-sept-20200527

Alors que les questions budgétaires semblaient complètement bloquées dans l’UE, la crise du covid-19 a fait radicalement changé les choses. Si ce projet défendu par l’Allemagne et la France est voté, nous aurions un nouvel exemple des effets de la stratégie des petits pas et une avancée vers le fédéralisme budgétaire.

La Commission européenne propose un plan de relance de 750 milliards, empruntés en commun

Il s’agit là d’une véritable révolution dans l’histoire communautaire : face à l’opposition radicale de l’Europe du Nord, jamais la Commission n’avait proposé l’émission d’une dette mutualisée européenne de grande ampleur.

Par Publié hier à 13h08, mis à jour à 06h01

Temps de Lecture 5 min.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Bruxelles, le 23 avril.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Bruxelles, le 23 avril. POOL NEW / REUTERS

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a beaucoup consulté avant de se lancer. Plusieurs fois, elle a repoussé ses annonces.

Finalement, mercredi 27 mai, elle a présenté au Parlement européen le plan de relance, qui doit permettre à l’Union européenne (UE) et à ses vingt-sept Etats membres de limiter les ravages de la pandémie de Covid-19. Les commissaires, auxquels l’ex-ministre d’Angela Merkel n’avait pas dévoilé ses derniers arbitrages, ont été informés juste avant les eurodéputés.

Ursula von der Leyen avait promis un plan de relance « massif » et, effectivement, elle a annoncé mercredi que la Commission dépenserait 750 milliards d’euros pour aider le continent à sortir d’une récession sans précédent. Des mesures qui s’ajoutent aux dispositions d’urgences, à hauteur de 540 milliards d’euros (sous forme de prêts), que l’UE a d’ores et déjà décidées et aux 1 000 milliards d’euros que la Banque centrale européenne (BCE) s’est engagée à injecter dans le système financier.

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Pour financer son plan, la Commission européenne empruntera sur les marchés 750 milliards d’euros, qui viendront abonder le budget européen, dont certains programmes seront renforcés et d’autres créés pour faire face à la situation.

Dette mutualisée

Il s’agit là d’une véritable révolution dans l’histoire communautaire : face à l’opposition radicale de l’Europe du Nord, jamais la Commission n’avait proposé l’émission d’une dette mutualisée européenne de grande ampleur. Il a fallu que l’Allemagne évolue sur le sujet pour que cela devienne possible, même si certains, comme les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède ou le Danemark – les « frugaux » – ne cachent pas leurs réserves.

Lorsque Angela Merkel et Emmanuel Macron ont présenté, le 18 mai, leur « initiative », fondée, elle aussi, sur l’émission d’une dette commune européenne de 500 milliards d’euros, nombre de commentateurs ont parlé d’un « moment hamiltonien » pour l’Europe, en référence à Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis, qui, en 1790, a convaincu le Congrès de créer une dette fédérale, et a ainsi fait basculer la confédération américaine dans le fédéralisme.

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Sur cette somme, qui sera donc levée sur les marchés par la Commission, 500 milliards d’euros seront transférés, par le canal du budget européen, aux Etats membres qui ont été les plus affectés par le Covid-19, comme l’avaient imaginé Paris et Berlin.

Pour en bénéficier, ceux-ci devront présenter un plan d’investissements et de réformes, qui devra être compatible avec les priorités politiques de la Commission européenne, à savoir le « green deal », la transition écologique et une plus grande souveraineté européenne. Ils devront également tenir compte des recommandations que fait une fois par an la Commission à chacun des Vingt-Sept.

Quelle contrepartie ?

Reste à voir, dans le détail, quelles réformes Bruxelles exigera en contrepartie de ses largesses. Les quatre « frugaux », qui refusent toute subvention aux pays affaiblis par la pandémie, ne manqueront pas d’exiger de leur part des efforts de consolidation budgétaire et de compétitivité économique. Ce dont Rome ou Madrid, qui refusent toute mise sous tutelle, ne voudront pas entendre parler.

Pour l’heure, la Commission a réservé une enveloppe à laquelle pourra prétendre chacun des Vingt-Sept. Ainsi l’Italie pourra-t-elle se voir accorder jusqu’à près de 82 milliards d’euros de subventions, l’Espagne jusqu’à 77 milliards, la France 39 milliards, la Pologne 38 milliards, l’Allemagne 29 milliards…

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Ursula von der Leyen a également prévu un volant de prêts, de 250 milliards d’euros, dont elle a également prévu une préallocation – soit 91 milliards pour l’Italie, 63 milliards pour l’Espagne, 26 milliards pour la Pologne, rien pour la France ou l’Allemagne. A terme, donc, la Commission se verra rembourser ces 250 milliards.

Discussions difficiles

Sur les 750 milliards d’euros empruntés, il lui faudra donc trouver les moyens de rembourser les 500 milliards de subventions qu’elle aura accordés. A cette question, la Commission ne répond pas aujourd’hui. Elle prévoit de commencer à payer ses dettes en 2028, et ce jusqu’en 2058. D’ici là, elle aura le temps de discuter du sujet avec les Etats membres.

« Soit on augmente les contributions nationales des Vingt-Sept, soit on réduit les dépenses européennes, soit on trouve des “ressources propres” à l’Europe, comme une taxe digitale ou une partie des droits d’émission de CO2 », explique un haut fonctionnaire de la Commission.

Ce qui voudrait dire qu’une partie du budget européen ne dépendrait plus des Etats et que la Commission lèverait elle-même des impôts. Une révolution, là aussi, dont les pays du Nord ne voulaient pas entendre parler jusqu’ici et sur laquelle l’Allemagne a également donné des signes d’évolution.

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On le voit, nombre d’éléments dans le plan de relance qu’a présenté Ursula von der Leyen, mercredi, feront l’objet de discussions complexes et difficiles entre les Vingt-Sept. D’autant que ce plan de relance nécessite que les Etats membres s’entendent sur ce que sera le budget européen pour la période 2021-2027, ce qui n’a rien d’évident en l’état actuel des choses.

Entre les « frugaux », qui veulent conserver leur rabais mais réduire le volume des dépenses agricoles ou des fonds de cohésion, le Sud, qui réclame plus d’argent pour faire face à la récession, et les pays de l’Est, qui prétendent également à cette manne mais seront très vigilants à ce que les fonds de cohésion ne soient pas sacrifiés, cela laisse présager des débats houleux.

Début des négociations

Après la présentation du plan, la France a fait savoir qu’elle espérait un accord des Vingt-Sept « début juillet ». « Il faut pouvoir donner une réponse rapide à la crise en essayant d’avoir un accord si possible au début de l’été », souhaite l’Elysée. « La négociation aura lieu lors du Conseil européen du 18 juin, peut-être sur deux jours, et il faudra ensuite une réunion ad hoc début juillet, peut-être physique, spécifiquement pour parler du budget et faire cette négociation compliquée », suggère la présidence française.

La chancelière allemande, dont le pays prendra la présidence tournante de l’UE à partir de juillet, a également prévenu que les négociations « ne ser[aie]nt pas conclues » lors du prochain sommet européen des 18 et 19 juin.

De son côté, le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte a estimé que le plan allait « vraiment dans la direction indiquée par l’Italie ». « Nous avons été décrits comme des visionnaires parce que nous y avons cru dès le début », a déclaré M. Conte, ajoutant que ces « 500 milliards à fonds perdu et 250 milliards de prêts constituent un chiffre adéquat. Maintenant, accélérons les négociations et libérons rapidement les ressources. »

Pour le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, le plan est « une base de négociations »« la part entre prêts et subventions » doit notamment être discutée. « Au nom de notre responsabilité vis-à-vis de nos contribuables, nous nous positionnons clairement en faveur de prêts », a réaffirmé M. Kurz.

Favorable à un plan basé uniquement sur des prêts, Copenhague considère également que l’annonce de la Commission marque le « début des négociations ». Mais, « en fin de compte, nous devons trouver un compromis acceptable pour tous. Ce ne sera donc vraiment pas facile », a prévenu le ministre danois des affaires étrangères, Jeppe Kofod. Un plan de relance est nécessaire pour « aider à remettre sur pied les économies » européennes, a aussi admis le premier ministre suédois, Stefan Lofven, tout en estimant « surprenant » le montant prévu de subventions assorties d’« aucune demande de remboursement ».