Expliquer la dépréciation récentes des devises des pays émergents (BSI economics)

Un article qui reprend les grands facteurs explicatifs de la variation des taux de change sur le court terme

http://www.bsi-economics.org/916-point-devises-emergentes-t32018-jbb

Publicités

L’euro et le yuan sont-ils manipulés ? (J.P.Betbèze)

https://www.linkedin.com/pulse/leuro-est-il-manipul%C3%A9-jean-paul-betbeze/

Triangle des incompatibilités Chine (Natixis)

Un article de Natixis sur le triangle des incompatibilités et la politique de change chinoise. très utile pour répondre à la question de la détermination d’un « bon » taux de change

https://www.research.natixis.com/GlobalResearchWeb/main/globalresearch/ViewDocument/6q9AF58RNLWjnbeOG4ZpVw==

Ancrage sur l'euro, le cas islandais

L’Islande envisage d’arrimer la couronne à l’euro

Le gouvernement cherche à stabiliser le cours de sa monnaie
Près de dix ans après le choc financier qui a mis son économie à genoux, l’Islande a bel et bien tourné la page de la crise. Désormais, les observateurs de l’île volcanique sont plutôt préoccupés par les risques de surchauffe, qui se multiplient depuis quelques mois. Tout comme le gouvernement. De fait, ce dernier songe à arrimer la couronne islandaise à une autre devise, comme la livre sterling ou plus probablement l’euro, afin d’en freiner la hausse et de stabiliser son cours.  » Le statu quo est-il intenable ? Oui, tout le monde est d’accord sur ce point « , a déclaré, samedi 1er avril, Benedikt Johannesson, le ministre des finances islandais, au Financial Times, le quotidien financier britannique.  » Nous aimerions stabiliser la monnaie. Ce n’est pas très bon quand une devise fluctue de 10 %, comme au cours des deux derniers mois « , a ajouté le ministre, qui a pris ses fonctions en janvier.

La couronne islandaise a même grimpé de plus de 15 % face aux principales devises depuis début 2016. En cause : l’insolente santé de l’économie, qui a crû de 7,2 % l’an dernier, le plus fort rythme enregistré dans l’Organisation de coopération et de développement économiques. Au quatrième trimestre 2016, le produit intérieur brut (PIB) a même bondi de 11 %.  » Ce boom est essentiellement alimenté par celui du tourisme, qui augmente la demande de couronnes et en fait monter le cours « , explique Stephen Brown, spécialiste du pays chez Capital Economics.  » L’an dernier, la consommation privée a progressé de 6,9 %, la -consommation publique de 1,5 % et l’investissement de 22,7 %, particulièrement dans l’immobilier (+ 33,7 %), où il s’agit de construire suffisamment de chambres pour loger les touristes « , ajoute Michel Sallé, docteur en sciences poli-tiques et spécialiste de l’Islande, dans une note sur le sujet. En outre, le taux de chômage est -désormais inférieur à 3 %, contre 9,3 % en 2010.

Le 13 mars, ces bons indicateurs ont convaincu le gouvernement de lever le contrôle des capitaux. Celui-ci avait été instauré en 2008 afin de stopper la chute de la couronne, laminée par la fuite des capitaux à la suite de l’effondrement des trois plus grandes banques du pays. Hypertrophiées, ces dernières pesaient près de dix fois le PIB… Après la forte dévaluation de la monnaie islandaise, l’inflation flamba jusqu’à 12,4 % en 2008, tandis que le PIB reculait de 11 % en deux ans.

Ces derniers mois, alors que l’économie va mieux, le contrôle des capitaux était devenu une barrière au commerce et aux échanges avec l’extérieur. Mais sa levée ne suffit pas à faire taire les inquiétudes de ceux redoutant que l’île et ses 330 000 habitants renouent avec les excès d’avant la crise. Signe des temps, quatre fonds spéculatifs, dont l’un associé à Goldman Sachs, ont racheté en mars un tiers d’Arion Banki, la banque héritière de l’un des trois établissements qui fit faillite en 2008. Un temps mises au ban de la finance internationale, les banques de l’île attirent de nouveau les convoitises.

Risques de surchauffe
Il est vrai que, du fait de sa petite taille, l’économie islandaise est coutumière des accélérations et coups de freins brutaux. Longtemps, cette instabilité fut liée aux cycles de la pêche, qui reste l’une des activités majeures du pays. Mais le souvenir de 2008 est encore douloureux pour nombre de ménages : beaucoup avaient contracté des emprunts immobiliers indexés sur l’inflation, et ont vu une partie de leurs économies partir en fumée.

Si le gouvernement minimise les risques de surchauffe, il estime néanmoins que stabiliser la couronne est désormais l’une de ses premières priorités pour les mois à venir. Il pourrait ainsi prendre exemple sur le Danemark, qui a arrimé sa couronne à la monnaie unique : celle-ci ne peut fluctuer que de 2,25 % autour du seuil fixé (les experts parlent de  » PEG  » pour évoquer ce genre d’arrangement monétaire). L’avantage est considérable pour les entreprises danoises, dont les principaux partenaires se situent dans la zone euro, et en particulier en Allemagne : elles n’ont plus à subir les variations de change. En outre, les cycles économiques du Danemark et de la zone euro sont largement synchronisés.

Si l’euro semble l’option privilégiée, le gouvernement n’exclut pas totalement un  » PEG  » avec le dollar ou la livre sterling.  » La principale chose à prendre en considération est qu’il est important d’établir un “PEG” avec une zone avec laquelle il y a du commerce, a expliqué M. Johannesson, au Financial Times. C’est également déterminant pour le futur, car les échanges avec cette zone augmenteraient encore.  » Nombre d’experts islandais doutent néanmoins qu’une décision soit prise avant plusieurs mois.

Le gouvernement prévoit également d’accroître les taxes sur le secteur touristique afin d’en assagir l’expansion : 2,3 millions de -visiteurs sont attendus cette année, soit 30 % de plus qu’en 2016. En 2010, ils étaient moins de 500 000… Selon Capital Eco-nomics, la croissance islandaise devrait néanmoins être plus modérée cette année. Et l’appré-ciation de la couronne islandaise devait se poursuivre quelques mois encore avant de se stabiliser. Voilà qui pourrait inciter la banque centrale d’Islande à baisser un peu son taux directeur, aujourd’hui à 5 %.

Marie Charrel / Le Monde 03/04/2017

Les conséquences d'une dévaluation,le cas français du début des années 1980 (Le Monde, 05 mars 2017)

L’amer souvenir de la dévaluation de 1982

La dévaluation, arme choc pour relancer la compétitivité ? Oui, lorsqu’elle s’accompagne d’une politique industrielle adaptée. Mais bien souvent, lorsque la chute d’une devise est considérable et subie, ce sont surtout les ménages qui en paient le prix. Il suffit de se pencher sur l’histoire de la France pour mesurer à quel point la dévaluation est à double tranchant. Mais surtout – et le souligner n’est pas prôner la rigueur – pour constater que les promesses économiques les plus -séduisantes ne fonctionnent que lorsqu’elles prennent en considération l’environnement extérieur du pays.

Quand il arrive au pouvoir en 1981, le socialiste François Mitterrand hérite d’une situation économique délicate. La France compte plus de 2 millions de chômeurs et le taux d’inflation dépasse les 13 %. Le gouvernement applique alors son programme de relance keynésienne : hausse de 10 % du smic, revalorisation de 25 % des allocations familiales, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés…

Très vite, le ministre des finances, Jacques Delors, s’inquiète. Les capitaux fuient le pays. Le franc, qui fait alors partie du système monétaire européen (SME), ce mécanisme encadrant la fluctuation des monnaies européennes autour d’un cours pivot appelé l’ECU (pour  » European Currency Unit « ), est attaqué. Pour calmer la spéculation, la devise française est dévaluée une première fois de 3 % en octobre 1981.

Prix et salaires bloqués
Cela ne suffit pas. Les caisses de l’Etat ont été vidées par la nationalisation des banques. Grâce à la hausse du smic, la consommation est d’abord dopée. Mais cela profite surtout aux importations, car les entreprises françaises peinent à répondre à l’ensemble de la demande, notamment en matière de biens de consommation (magnétoscopes, téléviseurs, etc.). Résultat : le déficit de la balance courante (le solde des échanges des biens, services et paiements divers) se creuse de 0,6 % à 2,1 % du produit intérieur brut (PIB) entre 1980 et 1982. Ce qui augmente les pressions baissières sur le franc. Pour maintenir celui-ci dans le SME, la France puise dans ses réserves de change, qui fondent à toute vitesse.

Le gouvernement a alors le choix : sortir du SME ou négocier avec ses partenaires afin d’obtenir de l’aide. Mitterrand opte pour la seconde option : en juin 1982, le franc est dévalué de 5,75 % tandis que le deutschemark est réévalué de 4,5 %.

L’inflation grignote le pouvoir d’achat des ménages : celui de leur revenu disponible augmente de 1,8 % au premier trimestre 1981, puis chute de 0,3 % entre 1981 et 1983. Pour redresser la barre, le gouvernement se résout à des plans d’économies en 1982 puis 1983. C’est le tournant de la rigueur. Le déficit public est limité à 3 % du PIB. Les dépenses publiques sont réduites, les impôts augmentent, les tarifs EDF-GDF sont relevés, un contrôle des capitaux est établi.

Dans le même temps, un carnet de change aux devises limité à 2 000 francs pour chaque personne souhaitant se rendre à l’étranger est instauré. Les prix et les salaires sont bloqués. Le 6 avril 1982, un emprunt forcé est imposé aux foyers payant plus de 5 000 francs d’impôt. Quatorze milliards de francs sont ainsi levés.

M.C.