Protégé : Fiche collective de révision Chap 2 terminée

Cet article est protégé par un mot de passe. Pour le lire, veuillez saisir votre mot de passe ci-dessous :

Qu’attendre des relocalisations ? (Le Monde)

« Les relocalisations créent peu d’emplois directs » (Le Monde du 8 avril 2019)
Propos Recueillis Par C. Qu.
El Mouhoub Mouhoud est professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, spécialiste des délocalisations. Entretien.
Assiste-t-on à un mouvement de relocalisation en France ?
Cela dépend sur quels segments on se situe. Il y a effectivement un mouvement de relocalisation pour les secteurs pondéreux [qui utilisent des matériaux lourds, comme le bois]. Dans ces secteurs, les coûts de transport ne sont pas neutres et il n’y a pas d’obstacles à l’automatisation et à la robotisation des tâches d’assemblage, ce qui permet de réduire les coûts salariaux.
Dans d’autres secteurs plus « légers », en revanche, comme l’habillement, les relocalisations restent anecdotiques. Dans l’habillement, les activités d’assemblage ne sont pas aisément robotisables : la main-d’œuvre représente encore 70 % du coût total de l’assemblage. Comme il s’agit également de produits légers, ils sont moins touchés par la hausse du coût du transport et de l’énergie. Les relocalisations concernent seulement les petites séries ou lorsqu’il y a des problèmes de qualité du produit final.
On en parle moins, mais il y a aussi un mouvement de délocalisation des services, permis par le développement des technologies de l’information et de la communication et qui concerne un nombre de plus en plus grand de services : dans l’informatique, le médical, etc. Ce mouvement devrait s’amplifier dans les années à venir.
Le « made in France » peut-il inciter les entreprises à relocaliser ?
Malgré l’instauration de labels spécialisés, il n’est toujours pas possible pour le consommateur d’établir une traçabilité précise des produits. L’étiquette « fabriqué en France » signifie seulement que la dernière opération sur le produit a été réalisée en France. Il est donc facile aux entreprises de faire du « made in France » minimal. Il y a bien eu quelques cas de relocalisation ultra-médiatisés, comme Atol ou Rossignol, mais cela concerne en général un segment minoritaire de la production et sans qu’il y ait forcément beaucoup de créations d’emplois à la clé. Atol, par exemple, a seulement relocalisé son segment haut de gamme et a mis en place un process de fabrication totalement automatisé. Peu d’emplois ont été créés finalement.
Vous estimez que l’impact des relocalisations sur l’emploi est finalement marginal. Pourquoi ?
Quand les firmes relocalisent, elles rationalisent leurs processus productifs et robotisent leurs chaînes d’assemblage. Les relocalisations de retour, qui correspondent à une simple inversion des différences de coûts salariaux unitaires entre le Nord et le Sud grâce à la robotisation des tâches d’assemblage, créent peu d’emplois directs mais ont des effets sur la régénération du tissu industriel auprès des sous-traitants locaux. Plus intéressantes sont les relocalisations de développement compétitif, fondées sur l’innovation de produits dans des niches sur lesquelles les savoir-faire étaient absents en France, qui permettent de relancer des dynamiques régionales tout à fait intéressantes.
Comment expliquer les bons chiffres de l’Insee sur les créations d’emplois dans le secteur textile ?
La hausse des coûts salariaux unitaires dans les pays asiatiques et les progrès technologiques, dans les procédés comme dans les produits, expliquent la relance de ce secteur en matière d’emplois. Il faut tout de même relativiser cette reprise : la filière avait perdu beaucoup d’emplois depuis la fin des années 1980.