Prix du pétrole et prix du carbone (De Perthuis)

Comment faire reculer l’usage du pétrole (et ses émissions de CO2) ?

https://theconversation.com/un-petrole-a-plus-de-80-dollars-mauvais-pour-leconomie-bon-pour-le-climat-104596?utm_medium=email&utm_campaign=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%208%20octobre%202018%20-%201131010163&utm_content=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%208%20octobre%202018%20-%201131010163+CID_5ad393bf4bfd2b41a38330efdd69b8b1&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Un%20ptrole%20%20plus%20de%2080%20dollars%20mauvais%20pour%20lconomie%20bon%20pour%20le%20climat

 

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Le développement de la finance peut provoquer la maladie hollandaise (le Monde 6/10/2018)

La  » malédiction de la finance  » étouffe l’économie

Le poids excessif de la City a eu un impact négatif sur le PIB du Royaume-Uni, montre une nouvelle étude

Les politiciens qui se lèchent les babines à l’idée d’attirer de nombreux banquiers à Paris grâce au Brexit feraient bien de faire attention à ce qu’ils souhaitent.. Economiquement, cela pourrait se retourner contre eux « , prévient Nicholas Shaxson.

L’auteur de The Finance Curse. How Global Finance is Making Us All Poorer ( » la malédiction de la finance « éditions Bodley Head, non traduit), sortie presse le 5  octobre, n’est pas un dangereux -anticapitaliste primaire. La finance est absolument nécessaire au développement économique, selon le journaliste. Mais son ouvrage vient vulgariser un -concept ancien, redéveloppé depuis une dizaine d’années par un groupe d’économistes : trop de finance peut finir par étouffer la croissance.

Une nouvelle étude, d’Andrew Baker, de l’université britannique de Sheffield, Gerald Epstein, de l’université du Massachusetts à Amherst, et Juan Montecino, de l’université de Columbia, à New York, publiée pour coïncideravec la parution du livre, chiffre pour la première fois les dégâts de cet excès de finance pour le Royaume-Uni, pays où la City possède un poids prépondérant. Résultat : de 1995 à 2015, le pays aurait perdu 4 500  milliards de livres, l’équivalent de deux ans du -produit intérieur brut (PIB) actuel. Soit 170 000  livres par foyer en moyenne.  » Le chiffre est une estimation qui demande d’autres recherches, précise immédiatement M.  Baker. Mais il est gigantesque, et c’est un ordre de grandeur qui donne une bonne idée de la façon dont la finance écrase tout le reste de l’économie. «  Ce résultat est particulièrement intéressant comparé à celui des Etats-Unis : sur la même période, la première puissance économique mondiale aurait perdu environ un an de PIB seulement.  » Le coût pour le Royaume-Uni serait donc deux à trois fois plus grand parce que la finance y est proportion-nellement beaucoup plus importante « , explique M. Baker. Au Royaume-Uni, le secteur financier pèse 6,5  % de l’économie, après un pic à 9  % en  2009. En Europe, seuls le Luxembourg (27  %) et la Suisse (9  %) ont des secteurs financiers plus importants. En France, son poids est de 4  %, d’après une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Il identifie une série de phénomènes où le secteur financier déforme le reste de l’économie, à commencer par un brain drain des meilleurs talents.  » Les ingénieurs spécialisés dans l’aérospatial finissent par modéliser les risques des firmes financières plutôt que de travailler sur des fusées « , résume M. Baker. Les salaires très élevés renchérissent le coût de la vie à Londres, repoussant dans les lointaines banlieues enseignants et infirmières. L’attraction des flux financiers augmente le niveau de la livre sterling, sapant la compétitivité des autres secteurs d’activité..  » Londres et son secteur financier dominent les autres régions du Royaume-Uni depuis si longtemps que le pays a fini par perdre une partie de ses compétences « , estime M.  Baker.

Nombreux phénomènes actuelsL’étude de M.. Baker met aussi au jour un autre phénomène : plus le secteur financier est important, plus les flux financiers se dirigent majoritairement vers des activités peu productives.  » Au Royaume-Uni, seuls 3,5  % des prêts vont vers l’industrie « , s’inquiète-t-il. L’immense majorité va vers l’immobilier et les actifs financiers, provoquant des bulles et une économie circulaire sans réelle valeur ajoutée.

Les seuls bénéficiaires directs en sont les personnes qui travaillent dans le secteur financier lui-même : c’est un traditionnel phénomène de  » rente « , comme le documentaient déjà les économistes classiques.

L’ensemble de ces phénomènes coûterait 2 700  milliards de livres, selon l’étude, auxquels il faut ajouter 1 800  milliards de livres dus à la crise financière de 2008, ce qui donne le total de 4 500  milliards de livres.

La  » malédiction de la finance  » est un concept dérivé de la malédiction du pétrole : beaucoup de pays riches en matières premières restent très pauvres, écrasés par un seul secteur qui développe la corruption, aspire tous les meilleurs talents, renchérit le coût de la vie et le cours de la monnaie locale…

Dans les années 1990, M.  Shaxson était journaliste, basé en Angola, et il a largement documenté le phénomène. En  2007, il a -rencontré John Christensen, un ancien conseiller économique de l’île de Jersey qui a ensuite fondé Tax Justice Network, l’une des associations britanniques les plus influentes de la lutte contre l’évasion fiscale. Pour ce dernier, le constat était évident : à Jersey, la finance écrasait tout le reste, et ses rapports appelant à la diver-sification de l’économie restaient lettre morte, tandis que les secteurs économiques locaux étaient asphyxiés.  » Quand John Christensen m’en a parlé,le parallèle m’a paru immédiatement -logique, se rappelle M. Shaxson. Le concept permet de rassembler de nombreux phénomènes actuels : la financiarisation de l’économie, le développement des paradis fiscaux, le poids excessif des monopoles, le court-termisme… « 

Si Adam Smith, Karl Marx ou encore John Maynard Keynes ont tous averti des risques de l’excès de finance, très peu d’économistes avaient tenté de chiffrer son impact. La crise de 2008 a changé les choses. En  2012, une étude du Fonds monétaire international a mis au jour une sorte de plafond maximal de la finance : quand les prêts au secteur privé dans un pays dépassent 90  % ou 100  % du PIB, la croissance commence à ralentir. Or, ce niveau atteignait 134  %, en  2016, au Royaume-Uni. Depuis, la recherche a progressé. La parution de ce livre, et de cette nouvelle étude, espère maintenant vulgariser le concept.

Éric Albert

  • Les chiffres
    4 500

    C’est, en milliards de livres, ce qu’aurait perdu le Royaume-Uni entre 1995 à 2015 à cause du poids excessif de la finance. Soit l’équivalent de deux ans du produit intérieur brut actuel.

    23 000

    C’est, en milliards de dollars la perte atteinte (depuis 1990) par les Etats-Unis, soit environ un an de PIB.

    134  %

    C’est, en  2016, la part des prêts au secteur privé rapporté au PIB du Royaume-Uni. Au-delà de 90  % ou de 100  % du PIB, l’impact sur la croissance est négatif.

    6,5  %

    C’est le poids du secteur -financier dans l’économie -britannique.

Conséquences du réchauffement sur la biodiversité (Le Monde, 19 mai 2018)

Une hausse de plus de 1,5 0C dévasterait la biodiversité
Une étude montre que limiter le réchauffement planétaire est un enjeu vital pour les animaux et les plantes
Hausse du niveau des mers, submersion des côtes, précipitations plus intenses… Pour l’ensemble du vivant, chaque degré de réchauffement – et même chaque demi-degré – est crucial. Un sujet dont s’empare Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique, qui présente, vendredi 18 mai à Marseille, des pistes pour tenter de mobiliser autour d’une biodiversité en danger qui mérite un  » sursaut d’indignation « .

Son annonce interviendra au lendemain de la publication dans la revue Science d’une étude de chercheurs britanniques et australiens. Rachel Warren (de l’université d’East Anglia au Royaume-Uni) et ses collègues ont pris comme point de départ les aires de répartition (ou présence) -actuelles de plus de 115 000 espèces animales et végétales terrestres, dont 31 000 insectes, 8 000 oiseaux, 1 700 mammifères, 1 800 reptiles, 1 000 amphibiens et 73 000 plantes. Soit le plus vaste échantillon mondial pris en compte dans ce type d’inventaire, dont les insectes étaient jusqu’à présent exclus.

Résultats saisissants
Ils ont ensuite fait tourner des modèles pour calculer le changement d’aire naturelle de chaque espèce, selon divers scénarios climatiques. Une hausse des températures réduit plus ou moins fortement la zone géographique où une plante ou un animal donné bénéficie de conditions adaptées à son cycle biologique.

Les résultats sont saisissants. Si les émissions mondiales de gaz à effet de serre se poursuivaient à leur rythme actuel, amenant à un bond de 4,5 °C à la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels, vers 1850, les règnes animal et végétal verraient leur territoire naturel fondre comme peau de chagrin. Il régresserait de plus de moitié pour les deux tiers des insectes et des plantes, et pour plus de 40 % des mammifères.

Avec les baisses d’émissions auxquelles se sont engagés les Etats avant l’accord de Paris de 2015, qui mettraient la planète sur une trajectoire de réchauffement d’un peu plus de 3 °C, les dommages seraient moindres mais resteraient massifs : 49 % des insectes, 44 % des plantes et 26 % des animaux vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles…) perdraient plus de la moitié de leur aire de vie.

Si les termes de l’accord de Paris qui vise à limiter la montée de la colonne de mercure à 2 °C, et si possible 1,5 °C, étaient respectés, la proportion d’espèces privées de plus de 50 % de leur territoire tombe à 18 % pour les insectes, 16 % pour les plantes et 8 % pour les vertébrés avec + 2 °C. Avec seulement + 1,5 °C, elle chute à 6 % pour les insectes, 8 % pour les plantes et 4 % pour les vertébrés. Un simple demi-degré en moins fait donc une très grande différence pour le monde du vivant. Il divise le risque par deux pour les plantes et les animaux vertébrés, et par trois pour les insectes.  » Ces derniers sont plus exposés qu’aucun autre groupe animal à une perte d’aire de répartition, et ils ont le plus grand bénéfice à tirer d’un réchauffement contenu à 1,5 °C plutôt que 2 °C « , écrivent les auteurs.  » Les insectes sont vitaux pour les écosystèmes et pour les humains, souligne Rachel Warren. Ils pollinisent les cultures et les fleurs, ils nourrissent les organismes de niveau supérieur, ils aident à recycler les nutriments dans le sol.  »

Nombre d’espèces, notamment parmi les mammifères, les oiseaux et les papillons, ont la capacité de migrer pour retrouver les conditions de vie auxquelles elles sont acclimatées. Les chercheurs ont intégré à leurs modèles cette faculté de dispersion. Grâce à cette mobilité, un petit nombre d’espèces pourrait même tirer bénéfice d’un climat plus chaud, en colonisant de nouveaux domaines. Mais, notent les auteurs, la plupart des invertébrés, des reptiles, des amphibiens et des plantes ne sont pas en mesure de se délocaliser aussi vite que le thermomètre grimpe. Si bien que la contraction de leur espace vital les met en danger de disparition.  » Limiter le réchauffement à 1,5 °C réduit le risque d’extinction  » de ces populations, souligne l’étude.

Reste que faute d’une baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre, l’objectif de 1,5 °C semble aujourd’hui irréaliste. L’avenir s’annonce donc sombre pour la biodiversité, qui est aussi mise à mal par la destruction des habitats naturels : déforestation, agriculture intensive, urbanisation, chasse, braconnage, ainsi que par la pollution généralisée des écosystèmes.

Une autre étude, publiée elle aussi dans la revue Science, sonne l’alarme à cet égard. Elle fait apparaître qu’à l’échelle du globe, un tiers des aires protégées, pourtant censées constituer des havres pour la faune et la flore sauvages, sont en réalité fortement affectées par les activités humaines. Certes, note l’équipe internationale (Australie, Canada, Etats-Unis) qui a mené ce travail, depuis le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, la superficie des zones consacrées à la préservation de la nature a presque doublé. Elle atteint désormais près de 19 millions de kilomètres carrés (les aires de moins de 5 km2 ne sont pas comptabilisées), soit presque 15 % de la surface terrestre. Mais 32,8 % de ces enclaves sont soumises à une  » pression humaine intense « , qu’il s’agisse de constructions, d’agriculture, de pâturage, d’occupation humaine, de routes, de chemins de fer, de voies navigables ou d’éclairage nocturne.

Exempts d’empreintes humaines
Les aires naturelles les plus  » anthropisées  » sont situées en Europe de l’Ouest, en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne. Mais tous les biotopes sont affectés, des mangroves aux forêts tempérées en passant par la toundra, la savane et les forêts tropicales humides. Seuls 10 % de ces espaces sont totalement exempts d’empreinte humaine, pour l’essentiel dans des régions reculées de hautes latitudes, en Russie ou au Canada.

Les scientifiques n’en déduisent évidemment pas que les Etats doivent renoncer au principe même de consacrer des terres à la sauvegarde de la biodiversité, au motif qu’elle serait mal assurée.  » Un réseau d’aires protégées bien gérées est essentiel pour sauver les espèces « , commente le premier auteur de l’article, Kendall Jones (université de Queensland en Australie). D’autant que jusque dans ces ultimes refuges, les animaux et les plantes n’échapperont pas au péril climatique.

Pierre Le Hir

 

Réchauffement climatique et cycle de l'eau (Libération)

«Le changement climatique provoque une accélération du cycle de l’eau»

Par Aude Massiot
Souppes-sur-Loing,en Seine-et-Marne, a été très durement touché par les crues en juin 2016. Photo Cyril Zannettacci pour Libération

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ouvre, ce mardi, sa 47e session plénière à l’Unesco, à Paris. Quatre chercheurs spécialistes des incidences du changement climatique sur la planète répondent aux questions de «Libération».

Au Cap, le «Jour zéro», où les robinets devaient être coupés à cause du manque d’eau dans cette deuxième ville d’Afrique du Sud, a finalement été évité. Mais cette situation est appelée à se répéter dans les années à venir. Près d’un tiers des villes dans le monde, de plus de 233 millions d’habitants, devrait se trouver en manque d’eau d’ici à 2050, concluait une étude publiée dans la revue Nature, en janvier. Le changement climatique est directement pointé du doigt. Isabelle La Jeunesse, maîtresse de conférences en géographie au CNRS-Citeres, auteure du livre Changement climatique et le cycle de l’eau (2016) décrypte les graves conséquences que ce phénomène mondial a déjà sur l’or bleu.

Comment le cycle de l’eau est-il affecté par le changement climatique ?

Le cycle de l’eau est composé de quatre étapes : l’évaporation, la saturation, la condensation et les précipitations. Et, comme c’est un cycle, chacune dépend de l’évaporation. Seulement, plus il fait chaud, plus la capacité de l’air à contenir de l’eau augmente. Les masses d’air se formant, se reformant et se déplaçant rapidement, ce n’est pas parce qu’il y a plus d’évaporation dans un endroit donné qu’il y aura plus de pluie à ce même endroit. De manière globale, le changement climatique provoque une accélération du cycle de l’eau. Le plus difficile aujourd’hui est de calculer l’ampleur de cette accélération. Il est aussi compliqué de prévoir les disparités régionales. A cela s’ajoute la dimension des saisons : certains endroits verront plus de précipitations sur l’année mais pourront subir des manques d’eau pendant l’été et des inondations à d’autres périodes.

A lire aussiLe premier épisode de la série «Climat : quand la science parle» : «Les invasions biologiques sont la deuxième cause d’extinction des espèces»

Quelles seront les régions les plus touchées ?

L’Afrique et l’Asie concentrent l’explosion démographique des prochaines décennies. D’ici à 2025, ces continents pourraient concentrer 80 % de la population mondiale. Ce sont en même temps ces régions qui devraient avoir les tensions sur l’eau les plus exacerbées. Il y a aussi le sud de l’Australie qui s’aridifie, ainsi que les Etats-Unis qui sont en état de stress hydrique permanent. Ce dernier pays connaît des crises sévères et la situation devrait empirer. Mais le changement climatique n’est pas le seul facteur. La demande en eau joue aussi un grand rôle dans l’augmentation des tensions sur cette ressource. La consommation domestique moyenne d’un Américain est de 295 litres par habitant par jour, quand la moyenne française se situe autour de 120 litres.

Dans vos recherches, vous parlez de «hotspots climatiques». De quoi s’agit-il ?

Ce sont des régions qui concentrent les impacts du changement climatique. Par exemple, le bassin méditerranéen est un de ces hotspots. Depuis 1970, les températures moyennes de la région ont augmenté de 2°C, selon le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat]. D’ici à la fin du siècle, on devrait y observer une hausse de 2,2°C à 5,1°C des températures de l’air, par rapport à la période 1980-1990. Avec, en l’état actuel de l’évolution des rejets en gaz à effet de serre, une forte probabilité pour que ce soit le haut de la fourchette qui se réalise. En même temps, les précipitations devraient diminuer de 4 % à 27 %. C’est une certitude scientifique : la Méditerranée est dans un processus d’accentuation de son aridité. En parallèle, l’Europe devrait, elle aussi, se «méditerranéiser» en termes climatiques. Par «méditerranéisation de l’Europe», on entend que la progression du climat méditerranéen vers le nord va s’accélérer au cours du siècle pour toucher une plus grande partie du territoire européen. Une alternance entre inondations et sécheresses est à prévoir sur des périodes très courtes. Bien évidemment, il fera aussi plus chaud avec l’arrivée de vagues de chaleur telles que celle survenue en 2003.

Le nord-ouest de l’Europe va-t-il aussi se «méditerranéiser» ?

Dans cette région, c’est-à-dire au-dessus de la Loire et jusqu’à Copenhague, à l’est, la région va rester très arrosée mais les précipitations seront davantage concentrées sur les périodes hivernales. Elles seront aussi plus intenses. En plus, les capacités des nappes phréatiques étant limitées, les pays sont obligés de se reposer sur les eaux de rivières qui vont, elles, diminuer en périodes estivales — notamment à cause de la hausse des températures et de l’évaporation. Nous aurons donc des basses eaux plus sévères, dites «étiages», dans les rivières, l’été. La compétition entre l’irrigation et les besoins en eau potable va s’exacerber. En Belgique, par exemple, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le pays est dit en stress hydrique de façon récurrente. Il pleut souvent mais peu, et les ressources en eau ne peuvent pas forcément répondre à une nouvelle demande. Le territoire concentre une forte densité de population, la pression est donc forte sur la ressource. On peut se demander si, à moyen terme, les cultures belges ne vont pas avoir besoin d’être irriguées.

Va-t-on voir dans le futur une multiplication et une intensification des événements extrêmes liés à l’eau ?

Oui, on sait que le changement climatique va provoquer plus d’événements extrêmes. Il y aura une recrudescence des pénuries et des excès d’eau, comme les inondations. Ces deux situations posent problème pour l’accès à l’eau potable car les infrastructures de traitement sont souvent dans des zones inondables. Les réseaux d’assainissement débordent en cas de grosses pluies. Les stations d’épuration et de potabilisation sont souvent obligées de s’arrêter. En juin 2016, lors des crues qui ont eu lieu dans le centre de la France, certaines communes ont dû distribuer des bouteilles d’eau pour les habitants. L’eau du robinet n’était plus potable. Dans la Méditerranée, il y aura plus d’épisodes de précipitations très violents, concentrés dans le temps. Ces inondations éclairs sont très localisées et difficiles à prévoir. Cela s’explique par le fait que quand il fait plus chaud, on rajoute de l’énergie au système. Et quand les masses d’air chaud arrivent en altitude dans un espace plus froid, la condensation est brutale et les pluies aussi.

La qualité de l’eau potable risque-t-elle d’être affectée globalement ?

Oui, on devrait observer plus de crises à cause des problèmes de qualité de l’eau. Avec la hausse des températures, les cours d’eau vont voir leur niveau baisser pendant certaines saisons, à cause de l’évaporation. Moins il y a d’eau, plus les polluants présents sont concentrés. De plus, quand le liquide est plus chaud, il stocke moins d’oxygène. Cela provoque des problèmes dans les écosystèmes. On voit des phénomènes d’eutrophisation, c’est-à-dire une concentration plus importante de nitrates et de phosphates, et le développement d’algues qui peuvent être phytotoxiques. Ces algues posent aussi problème aux filtres dans les réseaux d’adduction d’eau. Dans certaines régions agricoles, les rejets de nitrates et de phosphates par l’agriculture intensive ont déjà commencé à provoquer des teneurs à surveiller de plusieurs molécules dans les nappes phréatiques et dans les eaux de surface. Le réchauffement climatique devrait aggraver cette situation. Or, plus l’eau est polluée et plus elle est chère à traiter pour la potabiliser.

Ces éléments dangereux vont-ils dans l’eau de notre robinet ?

Nous buvons tous les jours des pesticides, des œstrogènes, des résidus médicamenteux. L’eau de nos robinets n’est pas pure mais les quantités de ces produits consommés au quotidien ne sont pas dangereuses pour notre santé sur le court ou le long terme, c’est pourquoi elle est potable. Le risque est que l’eau de ruissellement, lors d’inondations par exemple, rentre dans nos circuits d’eau potable qui peuvent, lorsqu’ils sont submergés, révéler quelques défauts d’étanchéité. Le réchauffement climatique va indéniablement mettre à mal la qualité de notre eau.

La montée du niveau des océans peut-elle affecter l’eau potable ?

Il y a un risque avéré d’infiltration des eaux de mer dans les aquifères côtiers et ce, notamment si on exploite la ressource. Cela a déjà commencé dans l’Hérault, par exemple. Certains points de prélèvement ont dû être fermés il y a plusieurs années à cause de cela. Depuis, le département doit importer de l’eau du Rhône et la traiter. Mais ce traitement coûte cher. Les syndicats d’eau ont déjà proposé, comme beaucoup d’autres, de dessaler l’eau de mer, car cela leur reviendrait moins cher. Mais l’option n’a pas été retenue en raison des risques d’impacts environnementaux.

Les organismes publics ont-ils commencé à s’adapter à ces risques ?

Aujourd’hui, pour tout gestionnaire d’eau, le changement climatique doit automatiquement être pris en compte dans la réflexion. Mais l’anticipation est compliquée car l’évolution de la ressource en eau n’est pas linéaire, contrairement à l’augmentation progressive des températures provoquée par le changement climatique et l’élévation du niveau des mers. Reste que l’usage prioritaire de l’eau sera toujours celui nécessaire à la vie humaine. On peut tenir un mois sans manger, on ne tient pas deux jours sans boire.

Retrouvez jeudi l’interview d’Alice Baillat, chercheuse à l’observatoire Défense et climat de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), dans le troisième volet de la série «Climat : quand la science parle».

Aude Massiot

Consensus de Washington et voie unique de développement

Plusieurs sujets de révision tournent autour de la question d’un chemin unique vers le développement. Nous avons vu que pour Rostow c’est explicitement le cas. Concernant le « consensus de Washington », je pense ne pas avoir été assez clair en cours.

Dans le consensus de Washington, l’idée du chemin unique est implicite : depuis les années 1970/1980, les pays développés ont libéralisé leurs marchés, ont fait reculer l’interventionnisme public, ont supprimé les politiques industrielles verticales, ont laissé circuler les capitaux. Ils ont des politiques macroéconomiques qui visent la stabilité : inflation basse, contrôle du déficit public. Et, ils sont insérés depuis des décennies dans le commerce international.

Pour se développer, il faut donc que les pays en développement « ressemblent » aux pays développés en suivant les mêmes politiques (Recul intervention éco de l’Etat + ouverture internationale + politique macroéco de stabilisation). C’est l’objectif des Politiques d’ajustement structurel.

La seule spécificité que le consensus de Washington accorde au PVD : adopter un régime de change fixe et dévaluer la monnaie pour stimuler les exportations. Ceci dit, à y regarder de plus près, le régime de change fixe est aussi utilisé par les pays européens développés (avec le SME à partir de la fin des années 1970 jusqu’au passage à l’euro). l’adoption d’une monnaie unique correspond à un régime de change fixe dur).

Démocratie / innovation (extraits Aghion & Roulet)

Document : une condition pour que l’action publique ne bénéficie pas à certaines entreprises, l’absence de corruption

Dans les économies développées, le principal moteur de la croissance est l’innovation de pointe, ce que l’on appelle l’innovation à la frontière technologique. Or, la démocratie se trouve avoir un effet très positif sur l’innovation de pointe. Au contraire, dans les pays les moins développés, la croissance est davantage tirée par l’imitation technologique ou l’accumulation du capital, pour lesquelles la démocratie joue un rôle moins important. (…) La corruption érige des barrières à l’entrée de nouvelles entreprises innovantes. Dans une démocratie « corrompue » c’est-à-dire où les dirigeants accordent régulièrement des faveurs ou des privilèges en échange de gratifications matérielles ou symboliques, le processus de « destruction créatrice » est faussé. En effet, si les entrepreneurs en place bénéficient de traitements de faveur, en particulier de législations favorables à leurs intérêts, il devient difficile à tout entrant potentiel de s’imposer sur le marché en question. dans un pays miné par le népotisme, sans appuis politiques, point de salut. Et inversement, lorsque l’on dispose d’assez d’influence et de poids pour défendre ses intérêts, il n’est plus besoin d’innover pour se maintenir sur le marché. au contrainte, dans une économie où il n’y a pas de collusion entre le gouvernement et les entreprises en place, les barrières à l’entrée sont plus faibles et, par conséquent, l’innovation a toutes ses chances. Non seulement, elle est portée par de nouveaux entrants, mais de plus la menace de nouvelles entrées sert de catalyseur et oblige les entreprises en place à innover pour se maintenir sur le marché. A cet égard, le graphique suivant est très parlant : un pays qui contrôle mieux sa « corruption » est également un pays où les barrières à l’entrée sont plus faibles. C’est un pays où le processus de destruction créatrice est plus dynamique et ouvert.

Source : P.Aghion et A.Roulet « Repenser l’Etat. Pour une social-démocratie de l’innovation », La république des idées, 2011, p. 95

Document : les firmes installées cherchent à limiter la concurrence

Des historiens de l’économie, comme Mancur Olson, ont expliqué le déclin de l’économie anglaise, au début du 20ième siècle, par le fait que les grandes entreprises issues de la révolution industrielle, constituées en groupes de pression, avaient réussi à obtenir du gouvernement britannique des mesures restreignant l’entrée de nouveaux concurrents sur leurs marchés. Plus récemment, des études ont montré l’ampleur des moyens dont peuvent disposer les lobbies. (…) L’action des lobbies sur les choix gouvernementaux et sur les hommes politiques ne constitue pas seulement une entrave à la mise en œuvre des réformes visant à dynamiser l’économie en la rendant plus concurrentielle, plus flexible et plus ouverte. Elle pervertit également les effets de toute politique d’intervention ciblée. (…) La capacité d’une politique d’aide sectorielle à générer de la croissance est liée à sa bonne gouvernance et notamment au respect de critères objectifs dans le choix des secteurs et de modalités claires et vérifiables pour l’attribution de l’aide aux entreprises d’un même secteur. En particulier, il est capital que les bénéficiaires des aides soient déterminés en fonction de leur capacité à générer de la croissance, indépendamment de toute pression provenant de groupes influents et « généreux ».

Mais concrètement, comment faire pour éviter que népotisme et favoritisme ne minent la démocratie ?

On peut distinguer deux leviers importants et insuffisamment développés en France par rapport à d’autres pays de l’OCDE : d’une part, des médias suffisamment indépendants (pour pointer du doigt les pratiques politiques douteuses ou abusives) ; d’autre part, des institutions adéquates et dotées de moyens suffisants pour évaluer les politiques publiques de façon systématique, indépendante et rigoureuse.

Source : P.Aghion et A.Roulet « Repenser l’Etat. Pour une social-démocratie de l’innovation », La république des idées, 2011, p. 9

La Chine annonce un objectif de croissance pour un développement durable (Le Monde)

Pour un développement durable, la Chine maintient son objectif de croissance à 6,5 %

Le pays a également décidé que son budget militaire, le deuxième du monde après celui des Etats-Unis, poursuivrait sa croissance avec une hausse de 8,1 % en 2018.

Le Monde.fr avec AFP | • Mis à jour le

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La session annuelle du Parlement chinois ouvre ce lundi.

En Chine, la transition d’une phase de « croissance rapide » à un modèle de développement plus durable, fondé sur la protection de l’environnement, l’innovation technologique et le désendettement, passera par une croissance économique annuelle « d’environ 6,5 % » pour 2018. Le pays reconduit donc à l’identique son objectif de 2017, selon le texte d’un discours du premier ministre Li Keqiang, diffusé lundi 5 mars avant l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP).

Lire aussi :   Dette : le délicat exercice d’équilibriste de la Chine

De même, la Chine vise, comme l’an dernier, un niveau d’inflation des prix à la consommation « d’environ 3 % ». « Nous avons la capacité et les conditions nécessaires pour parvenir à une croissance de meilleure qualité, plus efficace et plus durable », annonce le discours.

La Chine a certes vu sa croissance accélérer nettement à 6,9 % en 2017, très au-delà de l’objectif gouvernemental, portée par des dépenses publiques accrues, des chantiers d’infrastructures et une solide demande internationale, après avoir enregistré en 2016 sa plus faible performance en 26 ans (+ 6,7 %). Le régime s’est par ailleurs fixé comme but un doublement du PIB chinois entre 2010 et 2020.

Lire aussi :   Le yuan chinois gagne du terrain dans les réserves des banques centrales

La Chine va, par ailleurs, maintenir « stable dans l’ensemble » le taux de change du yuan en 2018, à « un niveau adapté et équilibré », selon le discours de Li Keqiang. Pékin « approfondira ses réformes pour que le taux de change du yuan soit davantage fondé cette année sur le marché », a-t-il cependant assuré.

Augmentation du budget militaire

Le budget militaire de la Chine, le deuxième du monde après celui des Etats-Unis, augmentera de 8,1 % en 2018, a fait savoir l’agence Chine nouvelle, qui cite un rapport gouvernemental. Un taux de croissance plus élevé qu’en 2017 (+ 7 %).

La Chine a dépensé en 2017 un total de 151 milliards de dollars pour son armée, selon un récent rapport de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS), sis à Londres. C’est quatre fois moins que les Etats-Unis (603 milliards) mais nettement plus que l’Arabie saoudite (77), la Russie (61), l’Inde (53), le Royaume-Uni (51) ou encore la France (49).

Pékin accroît ses dépenses de défense depuis plus de trente ans pour combler son retard sur les armées occidentales. L’augmentation annuelle avait atteint presque 18 % à la fin des années 2000. Ces dernières années, le taux de croissance du budget militaire est plus ou moins coordonné avec celui du PIB (qui était de 6,9 % en 2017).

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En octobre, le président Xi Jinping a appelé l’armée à achever sa modernisation d’ici à 2035, et à être « de classe mondiale » à l’horizon 2050. La Chine est encore peu présente à l’international : hormis ses participations aux missions de maintien de la paix de l’ONU, elle dispose de 240 hommes dans l’unique base militaire qu’elle a pour l’instant ouverte à l’étranger (en 2017 à Djibouti), et sa marine patrouille dans le golfe d’Aden pour les opérations d’escorte antipiraterie, selon l’IISS.

En comparaison, les Etats-Unis comptent, eux, quelque 200 000 militaires déployés dans une quarantaine de pays sur les cinq continents.

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