Institutions extractives vs inclusives

Deux articles de Jérôme Perrier surs « bonnes » institutions.

A propos de la situation aux Etats-Unis aujourd’hui :

https://www.telos-eu.com/fr/economie/capitalisme-de-connivence-et-retour-de-baton-popul.html

A propos du livre d’Acemoglu et Robinson :

https://www.contrepoints.org/2016/08/24/263661-lorigine-de-prosperite-dabord-politique

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Consensus de Washington et voie unique de développement

Plusieurs sujets de révision tournent autour de la question d’un chemin unique vers le développement. Nous avons vu que pour Rostow c’est explicitement le cas. Concernant le « consensus de Washington », je pense ne pas avoir été assez clair en cours.

Dans le consensus de Washington, l’idée du chemin unique est implicite : depuis les années 1970/1980, les pays développés ont libéralisé leurs marchés, ont fait reculer l’interventionnisme public, ont supprimé les politiques industrielles verticales, ont laissé circuler les capitaux. Ils ont des politiques macroéconomiques qui visent la stabilité : inflation basse, contrôle du déficit public. Et, ils sont insérés depuis des décennies dans le commerce international.

Pour se développer, il faut donc que les pays en développement « ressemblent » aux pays développés en suivant les mêmes politiques (Recul intervention éco de l’Etat + ouverture internationale + politique macroéco de stabilisation). C’est l’objectif des Politiques d’ajustement structurel.

La seule spécificité que le consensus de Washington accorde au PVD : adopter un régime de change fixe et dévaluer la monnaie pour stimuler les exportations. Ceci dit, à y regarder de plus près, le régime de change fixe est aussi utilisé par les pays européens développés (avec le SME à partir de la fin des années 1970 jusqu’au passage à l’euro). l’adoption d’une monnaie unique correspond à un régime de change fixe dur).

Démocratie / innovation (extraits Aghion & Roulet)

Document : une condition pour que l’action publique ne bénéficie pas à certaines entreprises, l’absence de corruption

Dans les économies développées, le principal moteur de la croissance est l’innovation de pointe, ce que l’on appelle l’innovation à la frontière technologique. Or, la démocratie se trouve avoir un effet très positif sur l’innovation de pointe. Au contraire, dans les pays les moins développés, la croissance est davantage tirée par l’imitation technologique ou l’accumulation du capital, pour lesquelles la démocratie joue un rôle moins important. (…) La corruption érige des barrières à l’entrée de nouvelles entreprises innovantes. Dans une démocratie « corrompue » c’est-à-dire où les dirigeants accordent régulièrement des faveurs ou des privilèges en échange de gratifications matérielles ou symboliques, le processus de « destruction créatrice » est faussé. En effet, si les entrepreneurs en place bénéficient de traitements de faveur, en particulier de législations favorables à leurs intérêts, il devient difficile à tout entrant potentiel de s’imposer sur le marché en question. dans un pays miné par le népotisme, sans appuis politiques, point de salut. Et inversement, lorsque l’on dispose d’assez d’influence et de poids pour défendre ses intérêts, il n’est plus besoin d’innover pour se maintenir sur le marché. au contrainte, dans une économie où il n’y a pas de collusion entre le gouvernement et les entreprises en place, les barrières à l’entrée sont plus faibles et, par conséquent, l’innovation a toutes ses chances. Non seulement, elle est portée par de nouveaux entrants, mais de plus la menace de nouvelles entrées sert de catalyseur et oblige les entreprises en place à innover pour se maintenir sur le marché. A cet égard, le graphique suivant est très parlant : un pays qui contrôle mieux sa « corruption » est également un pays où les barrières à l’entrée sont plus faibles. C’est un pays où le processus de destruction créatrice est plus dynamique et ouvert.

Source : P.Aghion et A.Roulet « Repenser l’Etat. Pour une social-démocratie de l’innovation », La république des idées, 2011, p. 95

Document : les firmes installées cherchent à limiter la concurrence

Des historiens de l’économie, comme Mancur Olson, ont expliqué le déclin de l’économie anglaise, au début du 20ième siècle, par le fait que les grandes entreprises issues de la révolution industrielle, constituées en groupes de pression, avaient réussi à obtenir du gouvernement britannique des mesures restreignant l’entrée de nouveaux concurrents sur leurs marchés. Plus récemment, des études ont montré l’ampleur des moyens dont peuvent disposer les lobbies. (…) L’action des lobbies sur les choix gouvernementaux et sur les hommes politiques ne constitue pas seulement une entrave à la mise en œuvre des réformes visant à dynamiser l’économie en la rendant plus concurrentielle, plus flexible et plus ouverte. Elle pervertit également les effets de toute politique d’intervention ciblée. (…) La capacité d’une politique d’aide sectorielle à générer de la croissance est liée à sa bonne gouvernance et notamment au respect de critères objectifs dans le choix des secteurs et de modalités claires et vérifiables pour l’attribution de l’aide aux entreprises d’un même secteur. En particulier, il est capital que les bénéficiaires des aides soient déterminés en fonction de leur capacité à générer de la croissance, indépendamment de toute pression provenant de groupes influents et « généreux ».

Mais concrètement, comment faire pour éviter que népotisme et favoritisme ne minent la démocratie ?

On peut distinguer deux leviers importants et insuffisamment développés en France par rapport à d’autres pays de l’OCDE : d’une part, des médias suffisamment indépendants (pour pointer du doigt les pratiques politiques douteuses ou abusives) ; d’autre part, des institutions adéquates et dotées de moyens suffisants pour évaluer les politiques publiques de façon systématique, indépendante et rigoureuse.

Source : P.Aghion et A.Roulet « Repenser l’Etat. Pour une social-démocratie de l’innovation », La république des idées, 2011, p. 9