Prix du pétrole et prix du carbone (De Perthuis)

Comment faire reculer l’usage du pétrole (et ses émissions de CO2) ?

https://theconversation.com/un-petrole-a-plus-de-80-dollars-mauvais-pour-leconomie-bon-pour-le-climat-104596?utm_medium=email&utm_campaign=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%208%20octobre%202018%20-%201131010163&utm_content=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%208%20octobre%202018%20-%201131010163+CID_5ad393bf4bfd2b41a38330efdd69b8b1&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Un%20ptrole%20%20plus%20de%2080%20dollars%20mauvais%20pour%20lconomie%20bon%20pour%20le%20climat

 

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Le développement de la finance peut provoquer la maladie hollandaise (le Monde 6/10/2018)

La  » malédiction de la finance  » étouffe l’économie

Le poids excessif de la City a eu un impact négatif sur le PIB du Royaume-Uni, montre une nouvelle étude

Les politiciens qui se lèchent les babines à l’idée d’attirer de nombreux banquiers à Paris grâce au Brexit feraient bien de faire attention à ce qu’ils souhaitent.. Economiquement, cela pourrait se retourner contre eux « , prévient Nicholas Shaxson.

L’auteur de The Finance Curse. How Global Finance is Making Us All Poorer ( » la malédiction de la finance « éditions Bodley Head, non traduit), sortie presse le 5  octobre, n’est pas un dangereux -anticapitaliste primaire. La finance est absolument nécessaire au développement économique, selon le journaliste. Mais son ouvrage vient vulgariser un -concept ancien, redéveloppé depuis une dizaine d’années par un groupe d’économistes : trop de finance peut finir par étouffer la croissance.

Une nouvelle étude, d’Andrew Baker, de l’université britannique de Sheffield, Gerald Epstein, de l’université du Massachusetts à Amherst, et Juan Montecino, de l’université de Columbia, à New York, publiée pour coïncideravec la parution du livre, chiffre pour la première fois les dégâts de cet excès de finance pour le Royaume-Uni, pays où la City possède un poids prépondérant. Résultat : de 1995 à 2015, le pays aurait perdu 4 500  milliards de livres, l’équivalent de deux ans du -produit intérieur brut (PIB) actuel. Soit 170 000  livres par foyer en moyenne.  » Le chiffre est une estimation qui demande d’autres recherches, précise immédiatement M.  Baker. Mais il est gigantesque, et c’est un ordre de grandeur qui donne une bonne idée de la façon dont la finance écrase tout le reste de l’économie. «  Ce résultat est particulièrement intéressant comparé à celui des Etats-Unis : sur la même période, la première puissance économique mondiale aurait perdu environ un an de PIB seulement.  » Le coût pour le Royaume-Uni serait donc deux à trois fois plus grand parce que la finance y est proportion-nellement beaucoup plus importante « , explique M. Baker. Au Royaume-Uni, le secteur financier pèse 6,5  % de l’économie, après un pic à 9  % en  2009. En Europe, seuls le Luxembourg (27  %) et la Suisse (9  %) ont des secteurs financiers plus importants. En France, son poids est de 4  %, d’après une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Il identifie une série de phénomènes où le secteur financier déforme le reste de l’économie, à commencer par un brain drain des meilleurs talents.  » Les ingénieurs spécialisés dans l’aérospatial finissent par modéliser les risques des firmes financières plutôt que de travailler sur des fusées « , résume M. Baker. Les salaires très élevés renchérissent le coût de la vie à Londres, repoussant dans les lointaines banlieues enseignants et infirmières. L’attraction des flux financiers augmente le niveau de la livre sterling, sapant la compétitivité des autres secteurs d’activité..  » Londres et son secteur financier dominent les autres régions du Royaume-Uni depuis si longtemps que le pays a fini par perdre une partie de ses compétences « , estime M.  Baker.

Nombreux phénomènes actuelsL’étude de M.. Baker met aussi au jour un autre phénomène : plus le secteur financier est important, plus les flux financiers se dirigent majoritairement vers des activités peu productives.  » Au Royaume-Uni, seuls 3,5  % des prêts vont vers l’industrie « , s’inquiète-t-il. L’immense majorité va vers l’immobilier et les actifs financiers, provoquant des bulles et une économie circulaire sans réelle valeur ajoutée.

Les seuls bénéficiaires directs en sont les personnes qui travaillent dans le secteur financier lui-même : c’est un traditionnel phénomène de  » rente « , comme le documentaient déjà les économistes classiques.

L’ensemble de ces phénomènes coûterait 2 700  milliards de livres, selon l’étude, auxquels il faut ajouter 1 800  milliards de livres dus à la crise financière de 2008, ce qui donne le total de 4 500  milliards de livres.

La  » malédiction de la finance  » est un concept dérivé de la malédiction du pétrole : beaucoup de pays riches en matières premières restent très pauvres, écrasés par un seul secteur qui développe la corruption, aspire tous les meilleurs talents, renchérit le coût de la vie et le cours de la monnaie locale…

Dans les années 1990, M.  Shaxson était journaliste, basé en Angola, et il a largement documenté le phénomène. En  2007, il a -rencontré John Christensen, un ancien conseiller économique de l’île de Jersey qui a ensuite fondé Tax Justice Network, l’une des associations britanniques les plus influentes de la lutte contre l’évasion fiscale. Pour ce dernier, le constat était évident : à Jersey, la finance écrasait tout le reste, et ses rapports appelant à la diver-sification de l’économie restaient lettre morte, tandis que les secteurs économiques locaux étaient asphyxiés.  » Quand John Christensen m’en a parlé,le parallèle m’a paru immédiatement -logique, se rappelle M. Shaxson. Le concept permet de rassembler de nombreux phénomènes actuels : la financiarisation de l’économie, le développement des paradis fiscaux, le poids excessif des monopoles, le court-termisme… « 

Si Adam Smith, Karl Marx ou encore John Maynard Keynes ont tous averti des risques de l’excès de finance, très peu d’économistes avaient tenté de chiffrer son impact. La crise de 2008 a changé les choses. En  2012, une étude du Fonds monétaire international a mis au jour une sorte de plafond maximal de la finance : quand les prêts au secteur privé dans un pays dépassent 90  % ou 100  % du PIB, la croissance commence à ralentir. Or, ce niveau atteignait 134  %, en  2016, au Royaume-Uni. Depuis, la recherche a progressé. La parution de ce livre, et de cette nouvelle étude, espère maintenant vulgariser le concept.

Éric Albert

  • Les chiffres
    4 500

    C’est, en milliards de livres, ce qu’aurait perdu le Royaume-Uni entre 1995 à 2015 à cause du poids excessif de la finance. Soit l’équivalent de deux ans du produit intérieur brut actuel.

    23 000

    C’est, en milliards de dollars la perte atteinte (depuis 1990) par les Etats-Unis, soit environ un an de PIB.

    134  %

    C’est, en  2016, la part des prêts au secteur privé rapporté au PIB du Royaume-Uni. Au-delà de 90  % ou de 100  % du PIB, l’impact sur la croissance est négatif.

    6,5  %

    C’est le poids du secteur -financier dans l’économie -britannique.

Mesurer le capital humain (Le Monde 4/10/2018)

Pour être forte économiquement, la France doit encore investir dans la formation

Le classement international de 195 pays selon la qualité du capital humain place la France au 9e rang, mais au 21e rang seulement en matière de formation, observe l’économiste de la santé Christopher Murray

Un proverbe s’applique bien au concept de  » capital humain « , définissable comme le produit des investissements d’un pays dans la santé et l’éducation : on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Fondamentalement, un gouvernement ne peut s’attendre à être fort économiquement s’il n’investit pas dans le développement de sa force de travail. Tout travail ne se vaut pas, et le degré de productivité des travailleurs peut être amélioré en s’assurant que les individus ne se contentent pas d’aller à l’école, mais y apprennent réellement quelque chose, comme le démontrent plusieurs études. Les dirigeants doivent aussi veiller à permettre à ces actifs bien formés de vivre plus longtemps et en meilleure santé.

Jusqu’à présent, il n’existait aucun outil quantitatif pour mesurer la qualité de la force de travail d’un pays. Une étude, publiée le 24 septembre dans la revue médicale The Lancet, vient pallier ce manque. Elle permet au législateur de comparer l’évolution du capital humain pays par pays entre 1990 et 2016. Elle résulte de l’analyse systématique de données issues de plus de 100 000 sources provenant, entre autres, des administrations gouvernementales, des établissements d’enseignement et des systèmes de santé.

Aujourd’hui, la France n’a pas à rougir de son capital humain, mais d’autres pays progressent plus vite. Le pays se classe 9e sur 195 pays et territoires à l’échelle mondiale en  2016, avec 25  ans de  » capital humain espéré « , c’est-à-dire le nombre moyen d’années que les Français peuvent espérer travailler au maximum de leur productivité, tout en se maintenant en bonne santé et à un haut niveau de compétences.

Force de travailLa Finlande, l’Islande et le Danemark oc-cupaient, dans cet ordre, les trois premières places en  1990. Ils récidivent en  2016. Et chacun de ces pays a augmenté son nombre d’années de capital humain, en améliorant son score de  » santé fonctionnelle  » – dont le calcul intègre de nombreux facteurs tels que les retards de croissance et les cas de dénutrition, d’anémie, de déficience cognitive, de perte d’audition et de vision et de maladies infectieuses comme le sida, le paludisme et la tuberculose. Ces trois pays sont également parvenus à améliorer leur score d’apprentissage, comme en atteste l’analyse de résultats d’examens en langue nationale, en mathématiques et en sciences.

L’étude conduite par l’Institute for Health Metrics and Evaluation (Institut de statistiques sur la santé publique à l’université de Washington, Healthdata.org) montre que la force de travail de la France se porte plutôt bien. Elle évalue également la période considérée comme la plus active pour la force de travail entre 20 et 64 ans : elle était auparavant en moyenne de 43 ans et demi sur 45 possibles pour les travailleurs français.

En revanche, les résultats sont plus problématiques en ce qui concerne la formation des actifs. Les Français passent en moyenne 13 ans et demi dans le système éducatif sur 18 possibles entre 5  ans et 24 ans. Cette donnée peut sembler plutôt favorable, mais elle situe cependant la France au 21e rang mondial en  2016, de surcroît en net recul par rapport à 1990, puisqu’elle se situait alors au 11e rang. Les étudiants passent plus de temps sur les bancs de l’école en Serbie, en Pologne, en Lettonie, en Turquie, au Liban et dans bien d’autres pays…

En outre, les étudiants français n’apprennent pas aussi efficacement qu’ils le pourraient. Sur la base d’une moyenne des résultats obtenus à des tests comparables à l’étranger, la France se classe 28e. D’autres pays, parmi lesquels Cuba, la République tchèque, la Chine et la Russie, obtiennent de meilleurs scores.

L’étude montre également que les pays occupant le premier quartile de ce classement ont connu un taux de croissance annuel médian supérieur de 1,1  % de leur produit intérieur brut (PIB) par rapport aux pays du dernier quartile. A titre d’exemple, entre 2015 et 2016, une augmentation de 1,1  % du taux de croissance s’est traduite par une augmentation du PIB par habitant de 163  dollars (141,55 euros) en Chine, 268 dollars en Turquie et 177 dollars au Brésil.

A la lumière de cette corrélation entre investissements dans le capital humain et croissance du PIB, la France pourrait bien engranger de significatives retombées -économiques. Pour l’avenir économique du pays et son poids dans l’économie mondiale, les décideurs devraient s’y intéresser et prendre les mesures qui s’imposent. Ils pourraient ainsi se rendre compte que l’on peut à la fois avoir le beurre et l’argent du beurre.

Christopher Murray

A quoi sert l'aide au développement ? (Le Monde 22 mai 2018)

L’aide au développement passe par des réformes
Pour neuf économistes, dont les Prix Nobel Angus Deaton, James Heckman et Joseph Stiglitz, la réussite des projets menés dans les pays du Sud ne peut se contenter de micro-interventions. A quoi l’aide publique au développement (APD) sert-elle ? Dans une tribune récente publiée dans Le Monde, Luc Behaghel et Esther Duflo, deux économistes, affirment que l’APD peut permettre de favoriser  » l’innovation sociale « , à condition toutefois de la  » moderniser « , c’est-à-dire de la -fonder sur des méthodes d’évaluation  » scientifiques  » ( » Pour un aggiornamento de la politique d’aide au développement « , Le Monde du 13 avril). Et pour cela, une seule voie possible : s’inspirer de la méthode des essais cliniques pratiqués de longue date en médecine, consistant à comparer un échantillon de bénéficiaires à un groupe témoin, tous deux tirés au hasard, avant et après usage d’un médicament ou d’un vaccin.

Dans le contexte français d’une augmentation inédite de l’effort national en faveur de l’APD lancée par François Hollande et réaffirmée par Emmanuel Macron, la mission de modernisation de l’APD, confiée au député (LRM) Hervé Berville, fera certainement la part belle à la redevabilité des opérateurs chargés de la mise en œuvre de cette politique généreuse. Mais elle visera heureusement plus et mieux que l’application des méthodes d’échantillonnage aléatoire (EA). Car si ces dernières peuvent paraître a priori judicieuses, elles s’avèrent à la fois restrictives, peu fiables et onéreuses.

Restrictives, car seul un nombre étroit de projets de développement peuvent se prêter à des évaluations sous forme d’essai clinique : des micro-interventions, visant des individus et agissant à court terme. Elles ne disent rien des changements macro-économiques, politiques et institutionnels qui, dans l’histoire, se sont révélés cruciaux pour la réduction de la pauvreté dans le monde.

Ces interventions spécifiques peuvent évidemment être utiles, mais leurs conséquences réelles impliquent des effets qui vont au-delà de l’impact immédiat et à court terme sur les individus traités.. Pareilles externalités ne peuvent pas être prises en compte par une approche locale et d’équilibre partiel. Pour être pertinente, chaque évaluation par tirage au sort devrait être insérée dans un cadre d’équilibre général, où l’amélioration de la situation des uns peut entraîner une dégradation de celle des autres.

Protocole onéreux
De toute façon, de telles évaluations souffrent souvent de défaillances sérieuses : rares sont les situations concrètes où les tirages au sortdes humains auxquels on peut procéder sont parfaitement aléatoires. Les sujets disponibles pour ces EA ne constituent presque jamais une sous-population représentative de la population visée, de sorte que les tirages au sort sont réalisés dans un environnement artificiel. Souvent, il n’a que peu de ressemblance avec l’environnement où la politique évaluée sera mise en œuvre.

Or, en la matière, le moindre biais de sélection prive toute la méthode de son intérêt et reconduit l’évaluateur à des méthodes statistiques de correction des biais qui, elles, ont fait leurs preuves, même dans les enquêtes traditionnelles. Les sujets, quant à eux, ne peuvent que très rarement être gardés dans l’ignorance du protocole d’expérimentation, et ce qu’ils savent à ce titre peut modifier les résultats de l’expérience dans un sens qui n’a rien à voir avec l’innovation recherchée. En outre, si l’on hésite entre une centrale solaire et une centrale à charbon, entre un pont et une route, ou sur l’emplacement d’un barrage le long d’un fleuve, il est évidemment hors de question de sélectionner au hasard ceux qui bénéficieront de l’ouvrage. Dans bien des cas, ces évaluations par tirage au sort posent même de redoutables défis éthiques, en particulier lorsqu’il s’agit de traitements médicaux.

Enfin, elles exigent un protocole onéreux : la moindre enquête coûte en moyenne un demi-million d’euros. Davantage, donc, que certains projets à évaluer eux-mêmes. Rien d’étonnant dans ces conditions si, après les avoir testées, l’Agence française de développement (AFD) a renoncé à ces pratiques du fait de leurs limitations intrinsèques. Plusieurs grandes entreprises françaises, aussi modernes et innovantes que Danone, Veolia ou Total, ne sont jamais allées au-delà d’une seule expérimentation.

A l’identification de l’impact à court terme projet par projet, il est préférable de substituer l’évaluation d’une politique publique d’ensemble. Elle doit tenir compte des externalités qui s’exercent sur un territoire ou une population, à l’instar de l’évaluation de la politique de développement au Ghana, réalisée conjointement par plusieurs bailleurs internationaux (dont la Banque mondiale et l’AFD). Dans cet esprit, nous disposons d’un trésor de données sous-utilisées, fournies notamment par les enquêtes sur les ménages réalisées par les instituts nationaux de statistique. Jointes aux données de la NASA, récemment rendues publiques, elles peuvent désormais faire l’objet d’une analyse fine, grâce à l’intelligence artificielle, capable de nous renseigner très précisément sur les politiques publiques qui ont  » réussi « .

C’est ce type d’appréhension systémique qu’il faut privilégier face à l’immensité des questions de développement et des dynamiques de paupérisation et d’inégalités qui gangrènent les sociétés contemporaines. Nous ne devons pas avoir la politique de nos instruments d’évaluation, mais les instruments de notre politique.

Devant l’enjeu de l’accès à l’eau dans le Sahel ou de l’éducation du milliard de jeunes supplémentaires qui naîtront sur le continent africain dans la prochaine génération, les pastilles Micropur ou les primes individuelles aux enseignants ne suffiront pas. Concernant l’agriculture, il convient d’interroger les pratiques de subventions agricoles des pays du Nord, la nécessaire régulation des marchés d’actifs financiers dérivés sur les matières premières, le pillage des ressources naturelles et l’accaparement des terres dont pâtit au premier chef la petite paysannerie qui, pourtant, nourrit l’humanité.

Partout, l’adaptation aux dérèglements écologiques est devenue une urgence absolue qui exige des stratégies de politique publique coordonnées. Si l’on souhaite améliorer les revenus des travailleurs pauvres, bien au-delà des microcrédits, il faut renforcer, et bien souvent tout simplement introduire, une véritable législation du travail – à l’instar des réformes qui ont contribué à sortir des millions de Brésiliens de la pauvreté. Il faut aussi, bien sûr, faire appliquer les réglementations existantes, par exemple en matière de travail des enfants et de sécurité.

Barrières structurelles
Si l’on souhaite soutenir les fractions les plus fragiles de la population, il ne suffira pas de leur donner des cours d’éducation financière : il faut reconnaître que, dans bien des cas, une juste reconstitution des marges de manœuvre budgétaires auxquelles les Etats ont droit est nécessaire. Ce qui veut dire, à la suite des recommandations de l’OCDE, mettre fin aux pratiques de prix de transfert entre filiales de groupes multinationaux logées dans des paradis fiscaux, qui siphonnent la base fiscale des pays du Sud (et du Nord).

Il faut surtout analyser les origines structurelles des barrières au  » développement « , liées notamment aux inégalités femmes-hommes et à la corruption endémique. En toutes ces matières, -l’essentiel reste à faire. Ne serait-ce que dans la lutte contre l’érosion dramatique de la biodiversité, par exemple, les instruments de mesure de l’efficacité de l’action sont encore à construire. Allons-nous tirer au hasard les mangroves détruites par la montée des eaux ?

Les peuples du Sud attendent plus de la communauté internationale. Les Objectifs de développement durable sur lesquels nous nous sommes mis d’accord en 2015 valent pour les pays du Nord et du Sud. Ils font droit au caractère interdépendant, systémique et transversal de la lutte contre l’ostracisme à l’égard des femmes, contre les inégalités de revenus, l’érosion de la biodiversité, le changement climatique et les défaillances de gouvernance. -Moderniser l’aide publique au développement implique de façonner nos projets et nos outils de redevabilité en fonction de cette nouvelle frontière.

Collectif

Conséquences du réchauffement sur la biodiversité (Le Monde, 19 mai 2018)

Une hausse de plus de 1,5 0C dévasterait la biodiversité
Une étude montre que limiter le réchauffement planétaire est un enjeu vital pour les animaux et les plantes
Hausse du niveau des mers, submersion des côtes, précipitations plus intenses… Pour l’ensemble du vivant, chaque degré de réchauffement – et même chaque demi-degré – est crucial. Un sujet dont s’empare Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique, qui présente, vendredi 18 mai à Marseille, des pistes pour tenter de mobiliser autour d’une biodiversité en danger qui mérite un  » sursaut d’indignation « .

Son annonce interviendra au lendemain de la publication dans la revue Science d’une étude de chercheurs britanniques et australiens. Rachel Warren (de l’université d’East Anglia au Royaume-Uni) et ses collègues ont pris comme point de départ les aires de répartition (ou présence) -actuelles de plus de 115 000 espèces animales et végétales terrestres, dont 31 000 insectes, 8 000 oiseaux, 1 700 mammifères, 1 800 reptiles, 1 000 amphibiens et 73 000 plantes. Soit le plus vaste échantillon mondial pris en compte dans ce type d’inventaire, dont les insectes étaient jusqu’à présent exclus.

Résultats saisissants
Ils ont ensuite fait tourner des modèles pour calculer le changement d’aire naturelle de chaque espèce, selon divers scénarios climatiques. Une hausse des températures réduit plus ou moins fortement la zone géographique où une plante ou un animal donné bénéficie de conditions adaptées à son cycle biologique.

Les résultats sont saisissants. Si les émissions mondiales de gaz à effet de serre se poursuivaient à leur rythme actuel, amenant à un bond de 4,5 °C à la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels, vers 1850, les règnes animal et végétal verraient leur territoire naturel fondre comme peau de chagrin. Il régresserait de plus de moitié pour les deux tiers des insectes et des plantes, et pour plus de 40 % des mammifères.

Avec les baisses d’émissions auxquelles se sont engagés les Etats avant l’accord de Paris de 2015, qui mettraient la planète sur une trajectoire de réchauffement d’un peu plus de 3 °C, les dommages seraient moindres mais resteraient massifs : 49 % des insectes, 44 % des plantes et 26 % des animaux vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles…) perdraient plus de la moitié de leur aire de vie.

Si les termes de l’accord de Paris qui vise à limiter la montée de la colonne de mercure à 2 °C, et si possible 1,5 °C, étaient respectés, la proportion d’espèces privées de plus de 50 % de leur territoire tombe à 18 % pour les insectes, 16 % pour les plantes et 8 % pour les vertébrés avec + 2 °C. Avec seulement + 1,5 °C, elle chute à 6 % pour les insectes, 8 % pour les plantes et 4 % pour les vertébrés. Un simple demi-degré en moins fait donc une très grande différence pour le monde du vivant. Il divise le risque par deux pour les plantes et les animaux vertébrés, et par trois pour les insectes.  » Ces derniers sont plus exposés qu’aucun autre groupe animal à une perte d’aire de répartition, et ils ont le plus grand bénéfice à tirer d’un réchauffement contenu à 1,5 °C plutôt que 2 °C « , écrivent les auteurs.  » Les insectes sont vitaux pour les écosystèmes et pour les humains, souligne Rachel Warren. Ils pollinisent les cultures et les fleurs, ils nourrissent les organismes de niveau supérieur, ils aident à recycler les nutriments dans le sol.  »

Nombre d’espèces, notamment parmi les mammifères, les oiseaux et les papillons, ont la capacité de migrer pour retrouver les conditions de vie auxquelles elles sont acclimatées. Les chercheurs ont intégré à leurs modèles cette faculté de dispersion. Grâce à cette mobilité, un petit nombre d’espèces pourrait même tirer bénéfice d’un climat plus chaud, en colonisant de nouveaux domaines. Mais, notent les auteurs, la plupart des invertébrés, des reptiles, des amphibiens et des plantes ne sont pas en mesure de se délocaliser aussi vite que le thermomètre grimpe. Si bien que la contraction de leur espace vital les met en danger de disparition.  » Limiter le réchauffement à 1,5 °C réduit le risque d’extinction  » de ces populations, souligne l’étude.

Reste que faute d’une baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre, l’objectif de 1,5 °C semble aujourd’hui irréaliste. L’avenir s’annonce donc sombre pour la biodiversité, qui est aussi mise à mal par la destruction des habitats naturels : déforestation, agriculture intensive, urbanisation, chasse, braconnage, ainsi que par la pollution généralisée des écosystèmes.

Une autre étude, publiée elle aussi dans la revue Science, sonne l’alarme à cet égard. Elle fait apparaître qu’à l’échelle du globe, un tiers des aires protégées, pourtant censées constituer des havres pour la faune et la flore sauvages, sont en réalité fortement affectées par les activités humaines. Certes, note l’équipe internationale (Australie, Canada, Etats-Unis) qui a mené ce travail, depuis le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, la superficie des zones consacrées à la préservation de la nature a presque doublé. Elle atteint désormais près de 19 millions de kilomètres carrés (les aires de moins de 5 km2 ne sont pas comptabilisées), soit presque 15 % de la surface terrestre. Mais 32,8 % de ces enclaves sont soumises à une  » pression humaine intense « , qu’il s’agisse de constructions, d’agriculture, de pâturage, d’occupation humaine, de routes, de chemins de fer, de voies navigables ou d’éclairage nocturne.

Exempts d’empreintes humaines
Les aires naturelles les plus  » anthropisées  » sont situées en Europe de l’Ouest, en Asie du Sud-Est et en Afrique subsaharienne. Mais tous les biotopes sont affectés, des mangroves aux forêts tempérées en passant par la toundra, la savane et les forêts tropicales humides. Seuls 10 % de ces espaces sont totalement exempts d’empreinte humaine, pour l’essentiel dans des régions reculées de hautes latitudes, en Russie ou au Canada.

Les scientifiques n’en déduisent évidemment pas que les Etats doivent renoncer au principe même de consacrer des terres à la sauvegarde de la biodiversité, au motif qu’elle serait mal assurée.  » Un réseau d’aires protégées bien gérées est essentiel pour sauver les espèces « , commente le premier auteur de l’article, Kendall Jones (université de Queensland en Australie). D’autant que jusque dans ces ultimes refuges, les animaux et les plantes n’échapperont pas au péril climatique.

Pierre Le Hir

 

Institutions extractives vs inclusives

Deux articles de Jérôme Perrier surs « bonnes » institutions.

A propos de la situation aux Etats-Unis aujourd’hui :

https://www.telos-eu.com/fr/economie/capitalisme-de-connivence-et-retour-de-baton-popul.html

A propos du livre d’Acemoglu et Robinson :

https://www.contrepoints.org/2016/08/24/263661-lorigine-de-prosperite-dabord-politique