No Robo-Apocalypse (texte en anglais sur Project Syndicate)

https://www.project-syndicate.org/onpoint/no-robo-apocalypse-by-mark-paul-2018-07

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Transformations du travail au 21ième siècle (le Nouvel Economiste)

https://www.lenouveleconomiste.fr/zola-4-0-ou-lemergence-du-cybertariat-63781/

Le capitalisme actionnariale et ses conséquences sur les inégalités et la croissance potentielle (Le Monde)

Le Monde du 14 Mai 2018

 

CAC 40 : la priorité aux actionnaires contestée

Dans un rapport, l’ONG Oxfam dénonce un partage des profits devenu très défavorable aux salariés
Les actionnaires de LafargeHolcim peuvent être rassurés. Le groupe a beau avoir perdu 1,7 milliard de francs suisses (1,5 milliard d’euros) en 2017, lancé un plan pour comprimer les coûts, et se trouver au cœur d’un scandale pour avoir versé de l’argent à l’organisation Etat islamique en Syrie, ils ne seront pas privés de dividendes pour autant. Ce mercredi 16 mai, ils toucheront, comme l’année précédente, 2 francs suisses par action. Qu’il aille bien ou mal, le champion du ciment reste généreux. En 2015, le PDG avait déjà annoncé simultanément une perte record et une hausse du dividende. Si bien qu’en cinq ans ce groupe suisse du CAC 40 a gagné seulement 1,2 milliard de francs, mais distribué à ses propriétaires presque deux fois plus d’argent. Quitte à puiser pour cela dans ses réserves.

LafargeHolcim n’est pas un cas unique. En France, en Europe, le capitalisme évolue depuis des années vers un modèle qui donne la priorité aux actionnaires, toujours gagnants ou presque. Un mouvement puissant, mais contesté.. Témoin, le rapport sur les profits du CAC 40 publié conjointement, lundi 14 mai, par l’organisation non gouvernementale Oxfam et le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic).

 » C’est le monde à l’envers  »
Entre les dividendes et les rachats d’actions, les groupes du CAC 40 ont, depuis 2009, transféré à leurs actionnaires l’équivalent de 67,5 % de leurs bénéfices, montre cette étude. On est loin de la  » règle des trois tiers  » préconisée en 2009 par Nicolas Sarkozy, peu après son élection comme président de la République :  » Sur 100 de bénéfices, il devrait y en avoir 33 qui reviennent aux salariés, 33 qui vont directement dans la poche de l’actionnaire et 33 qui servent à être réinvestis dans l’entreprise « , avait-il déclaré, sans justification autre que politique.

Aujourd’hui, les salariés récupèrent non pas 33 %, mais 5 % du total sous forme d’intéressement et de participation, et la part disponible pour les investissements ne dépasse guère 27,5 %, selon les calculs du Basic et d’Oxfam.

 » Les richesses n’ont jamais été aussi mal partagées entre les différentes parties prenantes du CAC 40 « , affirme le rapport.  » Les actionnaires sont les premiers servis, et touchent des sommes importantes quoi qu’il arrive, commente Christophe Alliot, du Basic. L’investissement est devenu une variable d’ajustement, ce qui peut fragiliser les entreprises.  »

Jugeant que ces choix  » nourrissent une véritable spirale des inégalités « , Oxfam et le Basic formulent des recommandations pour une répartition plus équilibrée. Ils proposent en particulier que les dividendes ne puissent pas dépasser le niveau des bénéfices redistribués aux salariés. Ils souhaitent aussi qu’au sein d’une entreprise, la rémunération la plus haute ne représente jamais plus de vingt fois la rémunération médiane.

Cette prise de position rejoint des critiques venant de l’intérieur même du système.  » Les actionnaires s’efforcent de préserver coûte que coûte dividendes et rendement du capital, et demandent aux salariés de porter sur leurs épaules une part croissante des risques économiques « , déplore ainsi l’économiste Patrick Artus, membre du comité exécutif de la banque Natixis et du conseil d’administration de Renault, dans son livre Et si les salariés se révoltaient ?, coécrit avec Marie-Paule Virard (Fayard, 176 pages, 15 euros). C’est  » le monde à l’envers ! « , s’exclame-t-il.

Larry Fink, le patron de BlackRock, le premier investisseur au monde, se montre lui aussi inquiet. Depuis la crise de 2008,  » ceux qui détiennent du capital ont récolté d’énormes bénéfices « , tandis que  » beaucoup de personnes à travers le monde  » voient leurs revenus baisser et leurs systèmes de retraite menacés, soulignait-il en janvier. De quoi faire monter la frustration, l’anxiété et le ressentiment à l’égard des grands groupes, s’alarmait-il.

Dans leur rapport remis au gouvernement, en mars, Nicole Notat (Vigeo Eiris) et Jean-Dominique Senard (Michelin) plaident également pour une vision de l’entreprise  » qui ne soit pas exclusivement orientée par la valeur de court terme pour l’actionnaire « .

De fait, les chiffres montrent un partage des revenus de plus en plus favorable aux détenteurs du capital.  » Entre 2000 et 2010, les groupes du CAC 40 distribuaient en moyenne de 30 % à 40 % de leurs profits annuels sous formes de dividendes, explique Eric Galiègue, président de Valquant, un bureau d’analyse financière. Depuis, ce taux fluctue plutôt entre 45 % et 60 %. Pour les actionnaires, c’est une période dorée !  »

Et encore, ces données n’intègrent pas les rachats de titres, un autre moyen de choyer les actionnaires. Au total, ceux-ci récupèrent en moyenne les deux tiers des bénéfices. Mais certains groupes, tels que Lagardère, leur versent bien plus. Parfois même davantage que la totalité de leurs profits, comme cela a été le cas ces dernières années pour LafargeHolcim, mais aussi ArcelorMittal, Engie ou Veolia.

 » Ce capitalisme actionnarial va trop loin, car il rompt une forme d’équilibre et peut mettre en péril certains groupes « , estime le président de Valquant. Tout se passe comme si les actionnaires avaient pris le pouvoir au détriment des autres acteurs de l’entreprise, en s’appuyant sur des dirigeants chargés de  » créer de la valeur  » avant tout pour les propriétaires du capital, et payés en conséquence.

 » Choix de court terme  »
 » Depuis 2009, les salaires des PDG du CAC 40 ont augmenté environ deux fois plus vite que la moyenne des salaires de leurs entreprises, souligne le rapport d’Oxfam. Ils gagnent à présent 119 fois plus que la moyenne de leurs salariés.  » Surtout,  » la part de leur rémunération directement liée au cours de la Bourse atteint désormais 54,5 %, ce qui les encourage à aligner leurs intérêts sur ceux des actionnaires et à privilégier les choix de court terme visant à maximiser leur rémunération « .

En conclusion, Patrick Artus fait un constat très noir :  » Dès lors que ces actionnaires trouvent légitime d’encaisser un rendement de 13 % ou 15 % quand le coût de l’argent est à 2 %, il n’est guère d’autre solution pour un dirigeant que de faire feu de tout bois, de s’endetter sans mesure, d’étrangler les salariés, les fournisseurs, les partenaires de toutes sortes, d’émettre du CO2 sans payer, de brûler les ressources naturelles sans considération pour les dégâts occasionnés, et aussi d’organiser régulièrement de lucratives opérations de rachat d’actions « , écrit-il. Une diatribe qui vise avant tout le capitalisme américain. Mais pourrait, un jour, s’appliquer au capitalisme français, si le rééquilibrage visé par le rapport Notat-Senard ne se concrétise pas.

Denis Cosnard

 

Aux Etats-Unis, la folie des rachats d’actions

Cent milliards de dollars (soit 84 milliards d’euros) ! C’est le montant spectaculaire du plan de rachat d’actions qu’Apple a officialisé le 1er mai. La plus grosse opération du genre jamais lancée, et un symbole de la folie actuelle des rachats d’actions aux Etats-Unis. Selon JPMorgan, les rachats effectués par les groupes du S&P 500 pourraient atteindre 800 milliards de dollars en 2018, un record absolu, contre 520 milliards en 2017. Une façon pour les ténors de Wall Street d’utiliser les fonds placés à l’étranger que la réforme fiscale de Donald Trump les incite à rapatrier, et dont ils n’ont pas un usage immédiat.

Les champions américains s’apprêtent ainsi à transférer davantage d’argent à leurs actionnaires sous forme de rachat d’actions que de dividendes, comme c’est déjà le cas depuis plusieurs années. En France, les rachats restent plus marginaux. Depuis 2010, ils représentent en moyenne 16 % des sommes totales destinées aux actionnaires du CAC 40. Total, Sanofi et BNP Paribas y ont particulièrement recours.

 » Contre nature  »
A la fois financiers et enseignants à HEC, Pascal Quiry et Yann Le Fur y voient un comportement  » logique  » de la part de mastodontes arrivés à maturité.  » Ils génèrent des capitaux propres importants, que leur faible croissance rend inutiles en leur sein « ,expliquent-ils dans La Lettre Vernimmen qu’ils publient ensemble. A leurs yeux, si Total ou Sanofi n’ont pas de projets très rentables en vue,  » il est plus sain  » de reverser ces liquidités à leurs actionnaires  » que de les gaspiller en surinvestissements ou en placements oisifs « . Charge à ceux qui reçoivent cet argent d’en faire bon usage, en l’apportant à des groupes qui en ont davantage besoin.

Cette théorie est néanmoins contestée. Plutôt qu’un recyclage économique vertueux, certains voient dans les rachats massifs une aberration destinée avant tout à satisfaire la gloutonnerie des actionnaires.  » Quand une société s’endette pour racheter ses propres actions, c’est totalement contre nature ! « , estime ainsi l’analyste indépendant Eric Galiègue. C’est  » une impasse « , affirme pour sa part Patrick Artus (Natixis).

De. C.

 

Diversification de Google et politique de la concurrence (Le Figaro)

La question du démantèlement des Gafa se pose de plus en plus. l’article suivant permet d’illustrer la stratégie de ces grandes firmes afin d’accéder aux données personnelles des utilisateurs du numérique connecté ; on sait que ces données sont véritablement la matière première sur laquelle elles fondent leur recherche de valeur ajoutée. L’article reste factuel, n’aborde pas la politique de la concurrence, mais il permet d’illustrer cette problématique.

Nest passe sous pavillon Google et perd son deuxième cofondateur

Après Tony Fadell, Matt Rogers quitte le spécialiste de la maison connectée, Nest, qui vient d’être incorporée dans la division «hardware» de Google.

Matt Rogers quitte le nid. Après le rachat de Nest, entreprise qu’il a fondée avec Tony Fadell, par Google en 2014, les relations s’étaient peu à peu détériorées entre la maison mère et sa nouvelle filiale. Jeudi dernier, Google annonçait qu’il réintégrait la société dans sa division hardware (équipements électroniques) alors qu’elle était jusque-là dans celle «autres paris» («others bets») d’Alphabet, la maison mère de Google. Le mouvement de trop pour Matt Rogers? À n’en pas douter puisque dans la foulée, il a annoncé quitter Nest, sans acrimonie. «Nest a été une merveilleuse expérience, la créer a été l’honneur de ma carrière», a-t-il expliqué dans un tweet, «Je ne pourrais pas être plus fier de ce que nous avons tous accompli et j’ai hâte de voir les prochaines étapes pour Nest». Il se consacrera au fonds de capital-risque incite.org qu’il a aussi cofondé.

Matt Rogers et Tony Fadell ont cofondé Nest il y a neuf ans, avant de céder leur entreprise à Google en 2014 pour 3,2 milliards de dollars. Le montant de la transaction reste un record pour une acquisition d’une société dans l’Internet des Objets. Nest avait ensuite absorbé Dropcam, ce qui avait conduit à de nombreuses difficultés de management dans le groupe. Difficultés qui ont poussé Tony Fadell a quitté l’entreprise en juin 2016.

Néanmoins, Nest dispose d’un précieux savoir-faire dans le domaine de la maison intelligente. Ses thermostats, détecteurs de fumée et caméra, tous connectés, sont conçus pour apprendre les habitudes des occupants du foyer. Nest se targue d’être capable de décrypter les besoins de chacun en termes de chauffage, pour apporter le meilleur confort possible et, dans le même temps, réaliser des économies d’énergie. Ce qui est un point d’entrée dans l’univers de la maison connectée, sur laquelle Google a pris une sérieuse option avec ses assistants personnels Google Home. En les mariant officiellement avec Nest, le géant américain fait un pas de plus dans la prise en main de la vie quotidienne de ses clients.

"Le jeu à la nantaise" (Le Monde)

Nous avons eu aperçu de ce type de collaboration entre institutions lors de la visite à l’EM Lyon. utile pour comprendre ce que l’on fait en école de management mais également les formes de coordination hybride (Williamson) :

http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/02/10/le-jeu-a-la-nantaise-redessine-l-enseignement-superieur_5254841_4401467.html#xtor=AL-32280270

Gafa et monopole sur la publicité (Libération)

La pub hexagonale, un duopole Google-Facebook

Par Christophe Alix
La croissance de la publicité numérique s’est accélérée à +12% en France, selon l’Observatoire de l’e-pub, qui révèle que Google et Facebook ont encore renforcé leur poids Photo LOIC VENANCE. AFP

De plus en plus numérique et mobile, la publicité en France est dominée de manière écrasante par les deux géants américains qui concentrent à eux seuls 78% des investissements des annonceurs.

Le support numérique confirme sa place au premier rang des investissements publicitaires en France. Sa croissance s’est accélérée à +12% l’an dernier selon l’étude de l’Observatoire de l’e-pub publié jeudi. Grâce à l’essor du mobile, la publicité digitale franchit le cap des 4 milliards d’euros (34,4% du marché publicitaire global) avec deux acteurs en situation de quasi-monopole, Google et Facebook, qui trustent à eux seuls plus des trois quarts du marché.

Déjà passée devant la télévision en 2016 (3,2 milliards d’euros et 27,2% de part de marché), la publicité numérique est de plus en plus «mobile»: avec presque 1,7 milliard d’euros (et +34%) l’écran portable n’est plus très loin de faire jeu égal avec l’ordinateur. A lui seul, le mobile capte d’ailleurs quasiment l’équivalent des investissements cumulés dans l’affichage et la radio. «Il s’agit de la plus grosse croissance depuis quatre ans, ce qui est une bonne nouvelle pour le marché digital. Et surtout un très bon chiffre pour un marché mature», comme la France, a observé Matthieu Aubusson, associé chez PwC au cours de la présentation de l’étude.

90% de la pub mobile pour Google et Facebook

En 2017, Google et Facebook auront capté 92% de la croissance du premier marché publicitaire en France et concentré 78% des investissements des annonceurs dans le numérique. Autrement dit, l’ensemble des sites et applications mobiles des médias – presse, télévision, radio – n’ont plus qu’à se partager 22% du marché, soit moins de 800 millions d’euros. Et sur le mobile, qui devrait bientôt devenir à lui seul le premier support publicitaire toutes catégories confondues, leur domination est encore plus écrasante avec une part de marché de 90% selon l’étude.

Au palmarès des formats publicitaires numériques les plus prisés par les annonceurs, le «search» (recherches sur Internet dont les résultats sont accompagnés de liens sponsorisés) reste en tête et progresse de 8% à 2,05 milliards d’euros. Un marché dominé par Google qui détient une part de marché de 90% dans les moteurs de recherche en France, bien plus importante qu’elle ne l’est par exemple aux Etats-Unis et dans d’autres pays.

Quant au «display» (bannières publicitaires, vidéos et contenus réalisés pour des marques dits «brand contents»), il croît de 20% à 1,45 milliard d’euros. Un domaine où Facebook arrive probablement en tête mais où YouTube, le site de partage de vidéos de Google est également très présent.

Comme l’an dernier, Sophie Poncin, la présidente du SRI (Syndicat des régies Internet) a de nouveau alerté sur «l’installation durable d’un grand déséquilibre» et d’une «forte concentration du marché». Mais à regarder ces chiffres, on voit mal comment les médias, qui misent désormais à fond sur les abonnements payants pour dégager des revenus de leurs activités en ligne, pourraient contrebalancer le rouleau compresseur des deux géants américains.

Christophe Alix

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