L'habitus de jeunes lycéens parisiens (France culture)

Un travail documentaire à propos du concept d’habitus.

Un des intérêts de ce travail est notamment la réflexivité dont font preuve ces adolescents issus des classes dominantes. Réflexivité qui justement manque à ceux des milieux populaires (violence symbolique).

https://www.franceculture.fr/sociologie/lhabitus-pour-les-nuls

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Déterminisme social ou génétique ? (Le Monde, 19 mai 2018)

Et Bourdieu dans tout ça ?

L’intelligence et la réussite scolaire sont-elles -déterminées génétiquement ?

Des recherches menées en génétique comportementale – semblent abonder en ce sens, avec une héritabilité qui avoisinerait les 50 %. A la suite de ces résultats, Laurent Alexandre, président de l’entreprise DNAVision et chroniqueur au Monde – supplément  » Science et médecine  » , a cru pertinent d’affirmer dans un hebdomadaire que  » ce n’est pas parce qu’il y a des livres dans les bibliothèques des bourgeois que leurs enfants sont de bons lecteurs, c’est parce qu’ils ont reçu un bon patrimoine génétique « , et que Bourdieu avait donc eu tort de nier l’importance de la génétique (ce qu’il n’a au -demeurant jamais fait).

A une époque où l’on met en avant l’épigénétique et la plasticité cérébrale, prétendre quantifier de façon aussi simpliste la part qui revient à la génétique et celle qui revient au social est critiquable, comme cela a été à juste titre relevé par un collectif de chercheurs dans une tribune récente supplément  » Science et médecine  » du Monde daté 25 avril  . Mais même en partant du postulat contestable que l’intelligence est effectivement déterminée à 50 % par la génétique, la carte blanche que certains voudraient donner aux neuroscientifiques et généticiens au détriment des chercheurs en sciences sociales ne se justifie pas d’un point de vue strictement scientifique.

Tout d’abord, si l’on suit les résultats des recherches menées en génétique comportementale, environ 50 % de la variance statistique observée dans le quotient intellectuel -demeurerait environnementale. Si bien que l’on comprend mal cette tentative d’éclipser le social, qui se trouve ici symbolisée par le prétendu crépuscule de l’idole bourdieusienne. Il est par ailleurs particulièrement naïf de réduire le système scolaire à une chambre d’enregistrement d’une qualité biologique quantifiable, le quotient intellectuel. Depuis l’école primaire jusqu’à l’université, la réussite scolaire repose en partie sur l’incorporation par l’élève des schèmes de perception et des goûts culturels socialement légitimes qui sont au fondement des critères d’évaluation. L’on dépasse donc largement le stade du simple potentiel génétique.

Stigmatiser
De manière paradoxale, les tenants de cette approche biologisante font également fi des trajectoires individuelles, lesquelles s’effacent pour laisser place à des moyennes statistiques. Le cœfficient mathématique d’héritabilité génétique étant calculé à partir d’une population, il est strictement impossible d’évaluer l’importance respective du patrimoine génétique et de l’environnement social dans la détermination de l’intelligence d’une personne précise. C’est-à-dire que rien ne permet d’affirmer que le quotient intellectuel d’une personne x ou y est effectivement lié pour 50 % à son patrimoine génétique.

Puisque Laurent Alexandre semble souhaiter le lancement d’un programme de politique publique, le seul possible consisterait donc à dépister, grâce à un examen standardisé, les individus présentant les polymorphismes génétiques statistiquement corrélés à des difficultés d’apprentissage. Bien sûr, l’accompagnement de ces personnes pourra par la suite être individualisé, mais l’individu sera stigmatisé et ramené à ces quelques facteurs de risque méta-individuels. Quant à celui qui aura la chance d’avoir hérité des bons polymorphismes génétiques, on l’exclura des programmes d’accompagnement quand bien même son environnement familial serait peu propice à l’apprentissage.

Ce n’est pas dire qu’il convient de ne rien faire, bien au contraire. Mais si la réussite scolaire est effectivement déterminée pour une moitié par des facteurs génétiques et neurologiques, et pour une autre moitié par des variables sociales, alors distribuons les ressources de façon équitable, en attribuant aux différentes communautés de chercheurs des moyens à la hauteur de l’importance des facteurs qu’ils étudient : 50 % aux chercheurs en neurosciences et génétique, 50 % aux chercheurs en sciences sociales. Toute autre répartition qui ne serait pas fondée scientifiquement se ferait au détriment du progrès social et cognitif.

Julien Larrègue

 

Adhésion aux théories du complot (Le Monde du 10/01/2018)

Une adhésion inquiétante des Français aux diverses théories du complot

La Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch publient une étude qui teste plusieurs assertions
S’ils sont eux-mêmes à prendre avec précaution, compte tenu des marges d’erreur inhérentes à tout sondage, les résultats de l’étude sur le complotisme publiés dimanche 7 janvier par la Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch font froid dans le dos. Cette enquête de l’IFOP, réalisée en ligne les 19 et 20 décembre 2017 auprès de 1 252 personnes, montre une forte prégnance des théories du complot au sein de la population française, et des plus jeunes en particulier. Seules 21 % des personnes interrogées ne croient à aucune de ce genre de théories qui ont été soumises, par le biais de différentes assertions, à l’échantillon.

Trois ans après les attentats commis à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, à Paris, près d’un Français sur cinq (19 %) considère que  » des zones d’ombre subsistent « , et que  » ce n’est pas vraiment certain que ces attentats aient été planifiés et réalisés uniquement par des terroristes islamistes « . 27 % des moins de 35 ans (30 % des 18-24 ans) partagent ces doutes.

Ces chiffres sont plus élevés encore s’agissant des attentats du 11 septembre 2001 : 29 % des personnes interrogées estiment qu' » au sein du gouvernement américain, certains étaient informés des attentats mais ils ont délibérément laissé faire pour ensuite justifier une intervention militaire en Afghanistan et en Irak « . 6 % croient même que  » des membres de l’administration et du gouvernement américain ont planifié et orchestré activement  » ces attaques. Par ailleurs, près d’un demi-siècle après l’événement en question, 16 % soutiennent l’idée selon laquelle  » les Américains ne sont jamais allés sur la Lune « .

Forte défiance
Parmi les différentes  » opinions  » proposées au sujet de l’immigration, on relève que près de la moitié de l’échantillon (48 %) se dit en accord (17 %  » tout à fait d’accord « , 31 %  » plutôt d’accord « ) avec la thèse selon laquelle  » c’est un projet politique de remplacement d’une civilisation par une autre organisé délibérément par nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques et auquel il convient de mettre fin en renvoyant ces populations d’où elles viennent « .

La santé publique est un terrain propice au développement de thèses générant et encourageant une forte méfiance de nos concitoyens. Résultat : plus de la moitié des Français (55 %) estiment ainsi que  » le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins « . 32 % se disent d’accord avec cette phrase :  » Le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde.  »

Comparées à d’autres items, les connaissances scientifiques sur le réchauffement climatique sont relativement épargnées, et cette fois en particulier chez les jeunes. 65 % des Français (72 % des 18-24 ans) jugent  » certain que c’est un problème causé principalement par l’activité humaine  » ; 25 % pensent qu' » on ne sait pas encore clairement – s’il – provient de l’activité humaine ou des rayonnements solaires « .

Des siècles de recherche scientifique sont encore remis en cause par une partie de nos concitoyens. 9 % des sondés sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle  » il est possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école « . 18 % (31 % des 18-24 ans) adhèrent à l’idée que  » Dieu a créé l’homme et la Terre il y a moins de 10 000 ans « …

Le succès des thèses complotistes s’accompagne d’une forte défiance vis-à-vis des médias et des structures démocratiques. Seules 25 % des personnes interrogées jugent que  » globalement, – les médias – restituent correctement l’information et son capables de se corriger quand ils ont fait une erreur « . 35 % ne sont  » pas d’accord  » avec l’affirmation selon laquelle  » les élections en France sont organisées de manière suffisamment transparente et sûre pour éviter les tricheries et assurer la réalité des votes « .

Jean-Baptiste de Montvalon