O.Williamson, prix Nobel, théoricien de l’entreprise

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Banques centrales et cryptomonnaies (B.Coeuré)

Paiements : les banques centrales accélèrent dans la monnaie numérique

L’usage du cash recule et les cryptomonnaies se développent. « Il s’agit de savoir comment les banques centrales peuvent anticiper cette révolution », explique le directeur du pôle innovation de la Banque des règlements internationaux, Benoît Cœuré.

Propos recueillis par Publié le 24 juin 2020 à 13h00

Benoît Cœuré, directeur du pôle innovation de la Banque des règlements internationaux, à Lyon, en novembre 2017.

L’heure n’est plus aux atermoiements. L’émergence de nouvelles cryptomonnaies, dont la libra, le projet du géant américain Facebook attendu pour la fin de l’année, encourage les banques centrales à émettre, sans tarder, leurs propres monnaies numériques à destination des consommateurs.

Le rapport annuel de la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque des banques centrales, dans un chapitre publié mercredi 24 juin, souligne tout l’intérêt pour ses membres de créer leurs « monnaies digitales de banque centrale (MDBC) », afin de favoriser la concurrence avec les cryptomonnaies lancées par des acteurs privés, de fixer des standards élevés en matière de sécurité, mais aussi de ne pas rater le train d’une innovation prometteuse.

« Il y a eu une première vague d’innovation sur les paiements, il y a une vingtaine d’années, avec la généralisation de la carte bancaire à puce, puis l’industrie et les banques centrales se sont reposées sur leurs lauriers. Désormais, l’innovation repart, et il s’agit de savoir comment les banques centrales peuvent accompagner, et même anticiper, cette révolution », indique Benoît Cœuré, qui a pris, en début d’année, la tête du nouveau pôle d’innovation technologique de la BRI, après avoir rédigé, en octobre 2019, un rapport sur l’incidence des cryptomonnaies, à la demande du G7.

Coûts des paiements élevés

Les banques centrales des pays en développement se sont intéressées rapidement à cette monnaie numérique, à même de réduire les coûts aujourd’hui très élevés des paiements pour les utilisateurs (en Amérique latine, les commissions prélevées pour les paiements par carte de crédit représentent plus de 1 % du produit intérieur brut). Mais, depuis 2019, toutes les grandes banques centrales s’y intéressent.

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« Leurs réflexions se sont accélérées avec l’arrivée du projet libra de Facebook et la crise du Covid, qui accentue la désaffection pour les paiements en cash », explique Benoît Cœuré. En délaissant les billets, émis directement par les banques centrales, les citoyens risquent en effet de n’avoir plus accès qu’à des moyens de paiement privés, proposés par les banques (carte bancaire, virements…) utilisant de la « monnaie commerciale ». L’enjeu est donc que le grand public reste en mesure d’utiliser la « monnaie de banque centrale ». Concrètement, les consommateurs pourraient ainsi stocker, à l’avenir, sur des porte-monnaie électroniques logés dans leurs téléphones mobiles, des jetons émis directement par une banque centrale, aux côtés d’autres instruments de paiement privés, comme la libra de Facebook.

« Une coopération à l’échelle internationale »

Parmi les Etats les plus avancés sur cette voie, figurent deux pays où l’usage des espèces s’est effondré : la Chine teste actuellement un yuan numérique, et la Suède, sa « e-couronne ». « Chaque pays avancera à son rythme sur ce projet. Mais nous souhaitons à la BRI une coopération à l’échelle internationale », souligne son directeur du pôle innovation.

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En attendant l’apparition d’un « e-euro » ou d’un « e-dollar », la BRI encourage les banques centrales à prendre part à la révolution du secteur des paiements. Pour Benoît Cœuré, « il revient [à celles-ci] d’intervenir, en tant que superviseurs et régulateurs, pour s’assurer que l’ensemble des nouveaux moyens et systèmes de paiement sont robustes face au risque de cyberattaques, et qu’ils ne représentent pas de danger pour les utilisateurs et pour la stabilité financière ». Un bouclier auquel s’est déjà frotté Facebook, qui a dû largement revoir sa copie après avoir consulté les grandes banques centrales sur son projet Libra.