Evaluation devoirs de vacances ECE2

Bonjour,

Je n’ai à ce jour eu que très peu de retours concernant le travail sur les sujets de première année.

J’ai donc décidé de noter le travail sur les sujets de première année comme une khôlle. Votre note dépendra du nombre de sujets dont vous m’aurez communiqué les problématiques par mail.

Bonne fin de vacances.

M.Danglade

ps: merci de faire passer l’info à l’ensemble des élèves de la classe.

 

Publicités

Concentration des marchés et inégalités (M.Annota)

https://blogs.alternatives-economiques.fr/anota/2018/12/15/le-manque-de-concurrence-creuse-les-inegalites

Les transformations de la science économique (Le Monde 14/12)

Pour une science économique ouverte

La discipline a élargi ses préoccupations et s’est ouverte au croisement des méthodes, estime la professeure Françoise Benhamou

Certains économistes parmi les plus célèbres ont su s’évader des territoires auxquels ils étaient assignés. Adam Smith rédigea un essai sur l’imitation dans les arts. Keynes n’hésita pas à s’insurger contre l’importance des réparations réclamées à l’Allemagne. Becker ouvrit la question de la famille à la science économique. Et c’est une politologue américaine, Elinor Ostrom, qui reçut avec Oliver Williamson le prix Nobel d’économie en  2009  » pour son analyse de la gouvernance économique et, en particulier, des biens communs « .

Mise en cause pour sa faible capacité de prédiction et pour le caractère monolithique de certaines de ses hypothèses, l’économie s’est ouverte à la faveur d’un quadruple mouvement : élargissement du champ, enrichissement des données, évolution des méthodes, construction d’un dialogue interdisciplinaire.

Premièrement, le champ de l’analyse économique s’est considérablement élargi et renouvelé, bien au-delà du cœur de la discipline (micro et macroéconomie), vers de nombreuses thématiques sectorielles (économie de la santé, de l’éducation, de la culture) et de nouveaux modèles (économie des secteurs non marchands, des biens communs, etc.).

Deuxièmement, le big data et l’ouverture des données publiques autorisent des recherches d’ampleur ; on pense aux travaux sur les inégalités, la fiscalité, les épidémies… Cela implique de nouvelles compétences, notamment en informatique pour l’extraction et le tri des données.

Économie expérimentaleTroisièmement, la méthodologie évolue à grands pas. Les recherches témoignent du souci d’intégrer finement la prise en compte de l’ensemble des déterminants des comportements. Dès la fin des années 1940, Herbert Simon introduisait le concept de rationalité limitée, reconnaissant la pauvreté de l’hypothèse, qui prévalait jusqu’alors dans une large partie des travaux économiques, d’un individu informé et doté de capacités cognitives lui permettant d’optimiser ses choix. Une autre voie qui s’est avérée parmi les plus prometteuses est celle de l’économie expérimentale, dans la lignée des travaux de Daniel Kahneman et de Vernon Smith (tous deux prix Nobel  en  2002). A la manière d’un physicien, l’économiste teste la validité des résultats des théories économiques par le biais d’expériences de laboratoire, au cours desquelles il lui est possible d’observer et de comprendre les facteurs qui affectent les comportements et la prise de décision.

Autre exemple, l’action publique peut être évaluée grâce à des outils robustes : tester une mesure sur une population tirée au sort – tandis qu’une autre population témoin n’en bénéficie pas – permet d’évaluer objectivement les chances d’atteindre l’objectif que l’on s’est fixé. Sans relever des mêmes méthodes, des recherches ont aussi permis d’intégrer la confiance, les émotions, les processus affectifs dans l’analyse économique.

Quatrièmement, de nouvelles ouvertures pluridisciplinaires, de nouvelles approches croisées débordent largement le seul champ de la sociologie ou de l’histoire. La psychologie ou les neurosciences ont ouvert de nouvelles perspectives.

C’est un défi que de s’engager dans ces voies nouvelles : d’un côté, les économistes acceptent de rompre avec le confort de leur discipline pour que d’autres champs viennent irriguer leurs travaux ; et d’un autre, ils étendent leur domaine de compétence vers de nouveaux horizons… au risque d’être accusés de visées hégémoniques. Comme le note Jean Tirole,  » l’économie est au service du bien commun ; elle a pour tâche de rendre le monde meilleur « . C’est plus vrai encore lorsque les économistes acceptent, en explorant ces nouveaux territoires, en confrontant leurs modèles aux résultats de l’expérimentation, en important des outils ou résultats venus d’autres disciplines, de faire évoluer leurs modèles et de demeurer modestes dans leurs préconisations.

Françoise Benhamou

Transformer le capitalisme, M.Aglietta (Le Monde)

Transformer le capitalisme est une nécessité vitale

Pour l’économiste Michel Aglietta, il faut trouver un point d’équilibre entre l’impératif de rendement des entreprises et celui du bien-être social

Comment respecter l’exigence d’un développement inclusif et durable ? Cette question est à la fois le problème majeur de ce siècle et un sujet d’actualité brûlant, souligné par le mouvement des  » gilets jaunes  » en France. Ce mouvement illustre bien le dilemme – le gouverneur de la banque centrale d’Angleterre, Mark Carney, l’a nommé  » la tragédie des horizons  » – auquel sont confrontés les décideurs politiques. Le défi écologique implique un effort de longue haleine, comportant une hausse prolongée du prix du carbone qu’il faut amorcer immédiatement. En même temps, cet effort ne doit pas peser indûment sur les classes -populaires et moyennes, durement -affectées depuis la crise financière.

En détruisant les régulations biogéochimiques et en exacerbant les inégalités, l’accumulation capitaliste est la cause historique essentielle de cette -dynamique divergente. Transformer le régime de croissance est donc devenu une nécessité vitale.

Cette dynamique est régie par des -cycles financiers de longue période, qui influencent les conditions de production et l’ensemble des structures sociales. Depuis l’essor de la financiarisation, au début des années 1980, le mode de régulation s’est détérioré avec l’adoption du principe dominant de la valeur pour l’actionnaire. Certaines -caractéristiques de la Belle Epoque (1900-1914) ont réapparu : la montée des inégalités sociales, la concentration du pouvoir et de la richesse des classes dirigeantes, la multiplication des rivalités géopolitiques. Mais notre époque est aussi celle de l’accélération des déséquilibres socio-écologiques, qui met en relation le franchissement des limites planétaires et l’accumulation des vulnérabilités financières.

C’est le temps des ruptures et des -incertitudes au point de jonction de l’analyse historique et de la visée prospective. Le lien prétendument organique entre le développement capitaliste et la démocratie libérale est brisé par le surgissement de la puissance chinoise. Les limites écologiques, franchies, et les inégalités sociales, de moins en moins supportées, amorcent l’ébranlement du capitalisme financiarisé. Le besoin d’action collective mobilisant les citoyens émerge pour changer notre mode de vie, en préservant la nature et en protégeant les habitats humains.

Le mythe du marché pur et parfait s’effaçant, le besoin de biens publics comme matrice de la cohésion des groupements humains et de la protection contre les risques collectifs -conduit à affronter la question du choix social. C’est pourquoi le retour à John Rawls (La Justice comme équité, La Découverte, 2003) est incontournable pour poser les principes de justice -nécessaires pour guider les stratégies de développement durable.

 » Catastrophisme éclairé « La conception normative de Rawls, qui pose l’équité à la racine de la justice -sociale, est en opposition radicale à l’utilitarisme. Pour établir les principes de justice et définir le sens du bien commun, Rawls se place dans un cadre -moral de nature kantienne. Ses principes s’appliquent à la distribution de ce que Rawls appelle  » les biens premiers « . L’accès aux biens premiers est le fondement de la liberté réelle, et le déni de cet accès une privation de liberté. L’élimination de la pauvreté doit donc être le premier objectif des politiques -publiques dans une perspective de justice comme équité.

La dégradation de l’environnement peut restreindre les biens premiers disponibles et modifier leur répartition, au détriment des plus démunis. Inversement, s’inscrire dans une perspective de biens premiers oriente la manière dont la lutte contre le changement climatique et contre le franchissement des autres limites planétaires doit être -conduite. Il faut veiller à la participation des collectivités aux décisions.

Rawls a donc posé le socle théorique du choix social en rompant radicalement avec l’utilitarisme. L’économiste indien Amartya Sen a fait une avancée considérable dans la poursuite pratique de ces principes en ouvrant la voie à une démocratie participative (L’Idée de justice, Flammarion, 2010). Il donne aux biens premiers une signification dynamique en forgeant la notion de  » capabilities «  ( » capacités « ). Les capacités sont les libertés réelles d’accomplissement : capacités à transformer les ressources dont on dispose en liberté réelle de choisir le projet de vie que l’on a des raisons de valoriser. Sen met l’accent sur les facteurs de conversion des ressources en réalisations de vie. Parmi ces facteurs, l’accès à l’éducation sur toute la vie est crucial.

Lorsque les économistes  » classiques  » critiquent cette définition de la richesse inclusive, ils font une confusion entre prix et prix de marché. Un prix est une valeur partagée résultant d’un contrat social, dont l’envergure dépend de la taille et du nombre des participants, directement ou indirectement impliqués par l’accord. Lorsque cet accord échappe à l’organisation du marché parce qu’il s’agit de biens publics, de biens communs ou d’interrelations qui sont des externalités par rapport au marché, il n’en a pas moins une valeur sociale.

Les valorisations partagées doivent, selon les situations, surmonter deux distorsions complémentaires que le marché est incapable de corriger. La première : le marché sous-produit des biens et services fournissant des externalités positives, parce que le rendement social est supérieur au rendement privé. La seconde : le marché surproduit des biens et services qui produisent conjointement des externalités négatives, parce que le coût privé est inférieur au coût social. Un accord collectif sur la valeur sociale est un préalable à la mise à disposition et au calibrage d’instruments économiques destinés à fermer cet écart, et donc à inciter les entreprises à agir dans le sens de la croissance soutenable. Cette organisation des interdépendances, dépassant et complétant les relations marchandes, est particulièrement pertinente pour le capital -humain, les coopérations au sein des entreprises et les interrelations entre économie et environnement.

Il faut donc une démarche en trois phases.. D’abord, il faut comprendre ce que la condition de soutenabilité signifie pour la comptabilité macroéconomique. Ensuite, il faut saisir comment des actifs qui n’ont pas de prix négociables et des services qui n’ont pas de prix de marché peuvent être valorisés pour étendre le domaine de la comptabilité monétaire. Enfin, il faut réfléchir à la transformation de la comptabilité d’entreprise pour la rendre compatible avec les conditions de soutenabilité dérivées du niveau macroéconomique.

Une telle stratégie de transformation du capitalisme peut être considérée comme symbiotique en ce qu’elle cherche à atteindre un point d’équilibre entre l’impératif de rendement économique des entreprises et celui d’un bien-être social, élargi à l’environnement.

Stratégie coûteuseMais toute transformation  » progressiste  » des structures du capitalisme se heurte au pouvoir de blocage d’acteurs puissants, profitant des structures existantes et capables de mobiliser toutes leurs ressources pour s’y opposer. Or le changement climatique est une catastrophe d’un type nouveau. C’est un -potentiel de destruction de la civilisation qui est irréversible s’il se produit. Il peut être prévenu, mais pas enrayé.

C’est dans ce contexte qu’émerge l’idée de  » catastrophisme éclairé « , -défendue initialement par Jean-Pierre Dupuy (Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, 2004). En donnant à voir les dangers les plus fondamentaux pour les sociétés, le catastrophisme éclairé est un outil de choix social pour le temps des ruptures et des incertitudes. Il conduit à avertir les individus sur les sources de la catastrophe, et donc à éclairer les rapports sociaux catalyseurs de changement et ceux catalyseurs d’inégalités.

Mais la mise en œuvre du catastrophisme éclairé requiert une forte implication du politique et une adhésion des citoyens pour orienter la finance vers les investissements nécessaires à la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit donc d’une stratégie coûteuse, qui doit être mise en œuvre dans le présent pour s’étendre dans le temps long, de manière à porter ses fruits dans plusieurs décennies. C’est cette planification du temps que les dirigeants politiques et économiques sont incapables de conduire sous l’emprise du capitalisme financiarisé.

Il revient aux responsables politiques de donner les orientations permettant à la finance de jeter un pont entre un présent marqué par l’aversion au risque et un futur construit sur des -enjeux collectifs portés par l’adhésion des citoyens. Pour que la démocratie de participation dépasse la contestation et aille dans le sens des investissements transformant le régime de croissance, il faut accroître la taxation du carbone, baisser les taxes sur les salaires et -accroître la progressivité de l’impôt sur les revenus. Pour remettre la finance au service de l’économie, il faut éradiquer l’évasion fiscale en réglementant les oligopoles transnationaux et imposer fortement les plus-values oisives.

La démocratie de participation à tous les niveaux de l’organisation des sociétés est indispensable pour rétablir la soutenabilité de la vie sur la planète. Elle ne mobilisera les citoyens qu’associée au principe de justice pour démocratiser la richesse.

Michel Aglietta

Qu’est-ce qu’une entreprise ? (ECE1 – B.Segrestin/Xerfi)

B.Segrestin et l’auteure d’un livre, avec Armand Hatchuel, dont je conseille vivement la lecture sur le thème de l’entreprise; les deux auteurs retracent notamment l’évolution de la gouvernance de l’entreprise et les enjeux de ses transformations futures. Leurs travaux ont influencé la récente loi PACTE

Un entretien sur le site XERFi

https://www.xerficanal.com/fog/emission/Blanche-Segrestin-Objet-social-enjeux-et-portee-de-la-loi-PACTE-integralite-_3746518.html