Guerre en Ukraine et Europe politique (Le Monde)

Guerre en Ukraine : l’Europe face à une « nouvelle ère »

Éditorial

Le Monde

Réunis en sommet à Vendredi les 10 et 11 mars, les Vingt-Sept ont réaffirmé leur volonté d’augmenter leur effort de défense commune, revenue au centre des priorités. Restent à définir besoins et moyens, en espérant que le réveil européen suscité par Vladimir Poutine se concrétisera rapidement et fermement.

Publié hier à 10h24, mis à jour hier à 19h19 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». Il y a une certaine ironie à ce que l’Union européenne, ayant pris des sanctions d’une ampleur sans précédent contre la Russie pour mettre son économie à genoux et tenter d’infléchir le cours de la guerre en Ukraine, continue de verser chaque jour au même régime russe quelque 700 millions de dollars (640 millions d’euros) pour assurer l’approvisionnement des Européens en gaz. Réunis à Versailles, les jeudi 10 et vendredi 11 mars, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept n’ont pas trouvé le courage de mettre fin à cette contradiction, du moins à court terme. Lire aussi Article réservé à nos abonnés Guerre en Ukraine : l’Europe tente de se mettre en ordre de bataille face à la probable aggravation du conflit

Un embargo sur les hydrocarbures russes, comme le demande le président ukrainien, aurait évidemment un coût majeur pour les économies des Etats membres de l’UE et un impact direct sur la vie quotidienne de leurs citoyens. Ni les gouvernements ni les opinions publiques n’y sont prêts. L’Allemagne et l’Italie, qui figurent parmi les pays les plus dépendants des énergies fossiles russes, ont logiquement pesé de tout leur poids à Versailles pour résister à une mesure aussi radicale.

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L’orientation est cependant désormais fixée : la Commission européenne est chargée d’élaborer un plan visant à réduire la dépendance européenne au gaz russe de deux tiers d’ici à la fin de l’année 2022 et à y mettre fin d’ici à 2027. « C’est faisable », a affirmé sa présidente, Ursula von der Leyen, qui doit présenter des propositions concrètes en ce sens dans les semaines à venir. Il n’est pas impossible que la tournure des événements, en Ukraine et en Russie, lui impose une accélération. Les gouvernements et les responsables économiques doivent se préparer à cette éventualité – et alerter les consommateurs européens.

Sur l’autre défi que la guerre russe en Ukraine pose à l’UE, le volet militaire, les Vingt-Sept ont été plus déterminés. La décision de doubler, pour la porter à 1 milliard d’euros, l’enveloppe destinée à financer la livraison d’armes aux forces ukrainiennes va dans le bon sens. Elle ne compensera que partiellement la déception du président Zelensky de se voir refuser une voie rapide vers l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Lire aussi Guerre en Ukraine : comment l’OTAN s’est élargie en Europe de l’Est

Sur ce sujet aussi, le Conseil européen, malgré la pression des pays ex-communistes soucieux de fournir à Kiev la protection à laquelle ils ont eux-mêmes aspiré lorsqu’ils se sont libérés de l’emprise de Moscou, s’est mis d’accord sur un compromis minimal : la promesse d’un chemin vers l’Europe pour l’Ukraine, reconnue comme faisant partie de la « famille européenne ». Il est clair qu’aucune procédure réaliste ne permet à ce stade d’intégrer l’Ukraine, pays en guerre ; il ne faudra pas, cependant, se contenter de promesses creuses si les Ukrainiens parviennent à sortir indépendants de ce conflit. Par deux fois, en 2014 et aujourd’hui, ils ont démontré, en le payant de leur sang, que leur choix était celui de la liberté et de la souveraineté. Leurs valeurs sont celles de l’UE et il faudra en tirer les conclusions concrètes, le moment venu, quelle que soit l’attitude de Moscou.

Enfin, les Vingt-Sept ont réaffirmé leur volonté d’augmenter leur effort de défense commune, revenue au centre des priorités face à un régime russe sur lequel ils ont enfin ouvert les yeux. Restent à définir les besoins – et les moyens. Là encore, il faut espérer que le réveil européen suscité par Vladimir Poutine se concrétisera rapidement et fermement. Plusieurs dirigeants européens ont évoqué depuis deux semaines la « nouvelle ère » ouverte par l’agression russe. Cette nouvelle ère va exiger une grande lucidité et beaucoup de courage politique. Lire aussi Guerre en Ukraine : malgré la poursuite des bombardements, Zelensky relève une « approche fondamentalement différente » de Moscou dans les pourparlers

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