ENI sera le premier groupe pétrolier à introduire en Bourse son activité dans les énergies renouvelables 

L’entreprise italienne a annoncé scinder en deux ses activités. Sa filiale verte (éolien, solaire, bornes électriques…) sera côtée à Milan. Un modèle imposé par la transition écologique, constate Jean-Michel Bezat, éditorialiste économique au « Monde ».

Par Jean-Michel Bezat Publié le 23 novembre 2021 à 11h19

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Laboratoire ENI, à San Donato, près de Milan, le 15 mars 2019.
Laboratoire ENI, à San Donato, près de Milan, le 15 mars 2019. MIGUEL MEDINA / AFP

Les choses sont vraiment en train de changer au pays de l’or noir, dans une position quasi schizophrénique : il remplit toujours ses caisses de pétrodollars, mais les investisseurs l’évitent de plus en plus et ne lui donnent pas plus de trois décennies avant de disparaître progressivement après un siècle de domination. En Europe, les compagnies prennent les devants… pour assurer leurs arrières : elles se transforment en producteurs multiénergies offrant moins d’hydrocarbures et plus de produits décarbonés. Lire aussi Article réservé à nos abonnés Aberdeen, la capitale britannique des hydrocarbures, « vit encore au rythme des cours du brut »

Mettons de côté le danois Dong, devenu 100 % énergies renouvelables en 2018 sous le nom d’Orsted après la vente de son activité pétrole et gaz par l’Etat, son principal actionnaire. L’italien ENI sera donc le premier groupe pétrolier à se scinder en deux et à introduire en Bourse son activité dans les énergies renouvelables, sans doute suivi par l’espagnol Repsol. Il a annoncé, lundi 22 novembre, que sa filiale verte (éolien, solaire, bornes électriques, commercialisation), côtée à Milan en 2022, se dénommera « Plenitude ».

Modèle d’affaires

La maison mère conservera 70 % de cette société dont la valeur boursière pourrait atteindre 10 milliards d’euros, selon RBC Capital Markets. Patron du « chien noir à six pattes » crachant une flamme rouge, son emblème historique depuis 1953, Claudio Descalzi juge que Plenitude, délesté de toute dette dès le départ, sera plus apte, seul, à fournir 100 % d’énergie sans CO2 d’ici à 2040. Une ambition considérable, puisqu’il s’est fixé comme « priorité absolue » de réduire à zéro ses émissions directes et surtout indirectes de carbone (scope 3) à cet horizon. Lire aussi Article réservé à nos abonnés Changement climatique : comment Total et Elf ont contribué à semer le doute depuis des décennies

La transition écologique impose, selon M. Descalzi, un nouveau modèle d’affaires. Sur les marchés, les électriciens puissants dans la production bas carbone sont d’ailleurs mieux valorisés que les pétroliers. La preuve par l’Italie : longtemps première capitalisation de la Bourse de Milan, ENI (44 milliards) vaut moins cher qu’Enel (70 milliards). Et par l’Espagne : Iberdrola (64 milliards) pèse quatre fois plus que Repsol sur la place de Madrid. Privilège abonnés Newsletter « La lettre éco » Le regard du Monde sur l’actualité économique du jour. S’inscrire

Ce business model n’a pas convaincu les dirigeants des trois majors européennes, Royal Dutch Shell, BP et TotalEnergies, qui défendent les sociétés intégrées. Pour le moment, et contre l’avis de certains actionnaires. Third Point, le fonds de l’activiste Daniel Loeb, vient d’investir des centaines de millions de dollars dans Shell avec l’objectif clairement affiché de séparer le « oil & gas » des productions vertes. Outre-Atlantique, ExxonMobil ou Chevron ne sont toujours pas convertis à l’éolien et au solaire. Chez Big Oil, il n’y a toujours rien à séparer entre le « noir » et le « vert ». Lire aussi Article réservé à nos abonnés « La crise des carburants en Asie s’ajoute à la longue liste des grains de sable qui grippent la machine commerciale mondiale »

Jean-Michel Bezat