Vers un accord commercial UE-Inde (Le Monde)

L’UE et l’Inde reprennent leurs négociations pour un accord commercial

Le partenariat conclu samedi porte également sur une coopération accrue dans le domaine de la santé, au moment où l’Inde est submergée par la pandémie.

Le Monde avec AFP Publié hier à 20h59, mis à jour hier à 21h29

Le président du Conseil européen, Charles Michel, s’exprime au cours d’une conférence de presse lors d’un sommet de l’UE à Porto, le 8 mai 2021.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, s’exprime au cours d’une conférence de presse lors d’un sommet de l’UE à Porto, le 8 mai 2021. LUIS VIEIRA / AFP

L’Union européenne et New Delhi ont décidé, samedi 8 mai, de relancer leurs relations à l’occasion d’un sommet à Porto. Leur partenariat repose sur la reprise des négociations en vue d’un accord de libre-échange et d’une coopération accrue dans le domaine de la santé, au moment où l’Inde est submergée par la pandémie.

« Je suis heureux d’annoncer que l’UE et l’Inde ouvrent un nouveau chapitre important de leurs relations », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, à l’issue d’une réunion organisée en visioconférence à cause de la pandémie. « Nous sommes convenus de lancer des négociations et des accords sur le commerce, la protection des investissements et les indications géographiques », s’est-il félicité.

« Il est prématuré d’entrer dans les détails, mais nous allons mener trois négociations en parallèle », a précisé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le premier ministre indien, Narendra Modi, devait rejoindre les dirigeants des Vingt-Sept réunis en sommet informel depuis vendredi à Porto, mais il a été contraint d’annuler son déplacement en raison de la flambée de l’épidémie, qui a déjà fait plus de 230 000 morts dans ce pays de 1,366 milliard d’habitants. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : la Chine aide l’Inde, mais la défiance demeure

S’allier pour les prochaines pandémies

Producteurs de vaccins et considérés comme les « pharmacies du monde », l’UE et l’Inde se sont également entendus pour renforcer leur coopération afin de faire face aux prochaines pandémies. « Je pourrais très bien imaginer une coopération encore plus étroite entre l’Union européenne et l’Inde dans la production de vaccins », a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, qui avait elle aussi renoncé au déplacement à Porto à cause de la pandémie. Lire aussi Vaccins contre le Covid-19 : l’Union européenne conclut un nouveau contrat avec Pfizer pour 1,8 milliard de doses

Narendra Modi a pressé l’UE de soutenir la demande de l’Inde et de l’Afrique du Sud de faire suspendre les brevets sur les vaccins afin de garantir « un accès équitable et mondial, et de sauver des vies », a rapporté Vikas Swarup, haut fonctionnaire du ministère des affaires étrangères.

La proposition, relancée par le président américain avant le sommet de Porto, a agacé les Européens, mais l’échange avec le premier ministre indien est resté « très civil », a assuré un participant. « L’urgence, c’est produire plus et avoir plus de solidarité maintenant », a affirmé le président, Emmanuel Macron. « Il faut d’abord que les Anglo-Saxons arrêtent les interdictions d’exporter », a-t-il insisté.

Convergence d’intérêts

Le maintien du sommet au niveau des dirigeants des Vingt-Sept a été « très important, au moment où l’Inde vit une situation dramatique », a souligné le premier ministre du Portugal, Antonio Costa, hôte du sommet. « Il y a une dynamique, car il existe une convergence d’intérêts », a expliqué un diplomate européen.

« L’Inde a choisi d’investir davantage dans sa relation avec l’UE à cause de la Chine et du Brexit qui oblige New Delhi à ne plus considérer Londres comme son unique entrée dans l’UE », explique le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Londres veut aussi commencer à négocier un accord de libre-échange avec l’Inde dès l’automne, a annoncé le gouvernement britannique. Lire aussi Covid-19 : le G7 s’engage à soutenir financièrement le système de partage des vaccins, Washington favorable à la levée des brevets sur les vaccins

Les accords recherchés par l’UE ne seront « pas faciles ni rapides à obtenir », a reconnu un haut fonctionnaire européen. D’autant que l’UE ne va pas éluder les questions liées aux droits de l’homme, a assuré Charles Michel. « L’Inde est un pays très protectionniste, et, même si c’est une grande démocratie, les questions des droits de l’homme sont très sensibles, et les Indiens se braquent facilement », a confié un responsable européen à l’Agence France-Presse.

La décision de relancer la coopération « ne veut pas dire que l’UE et l’Inde vont constituer un bloc entre les Etats-Unis et la Chine », a-t-il averti. « L’Inde est un pays non aligné, lié aux Etats-Unis dans le cadre duQuad”[une alliance informelle entre les Etats-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie], mais il ne veut pas être un junior partner, et, sur ce point, il rejoint l’UE », a-t-il expliqué. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le débat sur l’avenir de Narendra Modi commence à s’ouvrir en Inde

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