Flexicurité et fiscalité (Le Monde)

Transférer la fiscalité des entreprises vers la consommation : l’exemple danois

Un dispositif de flexisécurité et la mise en place d’importantes réformes fiscales ont permis au pays de renouer avec la croissance et de devenir l’un des plus riches d’Europe.

Par Béatrice Madeline Publié aujourd’hui à 18h00

Plusieurs pays européens, tels que le Danemark, la Suède, la Finlande, les Pays-Bas ou, plus loin de nous, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, sont parvenus à rebâtir une économie compétitive et une croissance durable dans les décennies passées. Des exemples de « pays phénix » dont la France pourrait s’inspirer, comme l’expose Henri Lagarde, chef d’entreprise, ancien PDG de plusieurs grandes entreprises (Thomson Electroménager, Guyomarc’h et Royal Canin) dans son ouvrage Sortir de l’ornière (Presses des Mines, 146 pages, 25 euros).

Parmi ces pays, selon M. Lagarde, « le Danemark fait clairement figure de champion et de précurseur ». Au début des années 1980, ce petit pays est en effet dans une situation difficile : le chômage se situe autour de 10 % de la population active, les déficits publics sont importants, la balance des paiements est déficitaire…

A son arrivée au pouvoir, en 1982, le premier ministre conservateur Poul Schlüter met en œuvre d’importantes réformes fiscales visant à restaurer la compétitivité des entreprises. L’une des plus spectaculaires est le basculement de la fiscalité des entreprises vers la consommation.

« Résultats spectaculaires »

La première étape est la hausse significative de la TVA, qui passe de 8 % à 25 %, y compris pour les produits alimentaires. Seuls certains secteurs conservent le taux initial de 8 % : santé, éducation, services financiers, transports publics, presse quotidienne et événements sportifs. Certains produits de luxe ou considérés « non écologiques », tels que voitures, alcools, tabac, engrais chimiques subissent, eux, de lourdes taxes supplémentaires, pouvant atteindre 100 % des coûts de production. Article réservé à nos abonnés Lire aussi « La désindustrialisation a des conséquences économiques, sociales et politiques profondes »

Parallèlement, la part patronale des cotisations sociales est réduite à zéro. Le financement des charges sociales revient désormais entièrement à l’Etat, les salariés supportant, pour leur part, le financement de leur retraite complémentaire. Toujours dans l’optique d’alléger les coûts de production, les « taxes régionales » et l’impôt sur les bénéfices sont réduits.

« Les résultats de cette politique sont spectaculaires », selon Henri Lagarde. Dès 1988, la balance commerciale et la balance des paiements redeviennent positives. Pour autant, la forte hausse des taxes à la consommation ne fait pas flamber les prix, au contraire : de plus de 10 % au début des années 1990, l’inflation est ramenée à 2 % en 1992. Le pays peut renouer avec la croissance et devient l’un des plus riches d’Europe. En termes de PIB par habitant, le Danemark arrive, en 2020, au 5rang européen après le Luxembourg, la Norvège, l’Irlande et la Suisse, selon les données Eurostat. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les secrets de la flexisécurité danoise

« L’explication tient en un mot : flexisécurité », résume Henri Lagarde. « L’objectif est de permettre aux entreprises d’embaucher et de licencier facilement tout en garantissant aux individus des revenus et des moyens de reconversion suffisants en cas de perte d’emploi. »

Lors d’un déplacement à Copenhague, en 2018, Emmanuel Macron lui-même a vanté les vertus du modèle. Mais la recette de la compétitivité à la danoise repose sur un ingrédient qui manque cruellement dans l’Hexagone : le dialogue social entre Etat, patronat et syndicats, et la forte adhésion de la population.

Béatrice Madeline