Vers un second plan de relance en France (Le Monde)

Le gouvernement planche sur un deuxième plan de relance

Destiné à rattraper la croissance perdue durant la crise, ce plan devrait être orienté sur la recherche et l’investissement, mais aussi la relocalisation industrielle.

Par Elsa Conesa et Audrey Tonnelier Publié le 30 avril 2021 à 15h32 – Mis à jour le 03 mai 2021 à 09h10

Emmanuel Macron au palais de l’Elysée, à Paris, le 29 avril.
Emmanuel Macron au palais de l’Elysée, à Paris, le 29 avril. YOAN VALAT / POOL VIA REUTERS

En annonçant un calendrier précis de déconfinement dans la presse régionale, vendredi 30 avril, Emmanuel Macron n’a pas seulement donné le top départ de la réouverture du pays, alors que la pandémie de Covid-19 se maintient à un niveau très élevé. Le chef de l’Etat a également exprimé sa volonté d’inventer un « deuxième temps de la relance ». « Il devra passer par une simplification drastique et une accélération des investissements », a indiqué le locataire de l’Elysée dans son entretien, sans plus de précisions. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : le déconfinement en quatre étapes sous conditions d’Emmanuel Macron

Selon nos informations, c’est bel et bien un second plan de relance sur lequel planche l’exécutif, en complément du premier, voté à l’automne 2020. « Le dimensionnement du premier plan apparaît un peu inférieur à ce qui est nécessaire pour rejoindre notre sentier de croissance », résume une source au sein de l’exécutif, évoquant un « plan d’investissement qui soit à la fois le prolongement et le relais du premier ». Une piste déjà évoquée par le président dans une intervention après un sommet européen, fin mars. Emmanuel Macron avait alors indiqué que l’Europe devrait « améliorer » sa réponse économique et budgétaire à la crise, afin que la relance soit « plus vigoureuse » et ne diverge pas trop de celle des Etats-Unis.

Lancé en grande pompe en septembre 2020 avec la double volonté de doper l’économie et les emplois au sortir de la crise, et de « relancer la France de 2030 », ce premier plan de 100 milliards d’euros s’est rapidement heurté à la deuxième, puis la troisième vague de la pandémie. La crise sanitaire a duré plus longtemps que prévu et le retour à meilleure fortune, initialement attendu au premier semestre 2021, aura plutôt lieu au second, reconnaît-on au sein du gouvernement.

Exemple américain

L’un des objectifs du plan de l’automne était de retrouver en 2022 le niveau d’activité économique de 2019. Ce nouveau plan viserait, lui, à rattraper la croissance perdue pendant la pandémie. « On sort de la crise avec une croissance inférieure au potentiel de notre économie, indique-t-on au sein de l’exécutif. La question qui se pose aujourd’hui, c’est : en fait-on assez ? »

L’exemple américain est évidemment dans toutes les têtes. Après avoir déployé 1 900 milliards de dollars (environ 1 600 milliards d’euros) pour soutenir l’économie en début d’année, le président américain Joe Biden porte depuis quelques semaines un gigantesque plan d’investissement dans les infrastructures, dont l’enveloppe dépassera les 2 000 milliards de dollars – s’il est adopté au Congrès. Même si une partie non négligeable des fonds vient en réalité compenser l’absence de filets sociaux, rendant la comparaison des chiffres difficile, « il y a une volonté d’investir massivement dans la recherche, l’innovation technologique, les secteurs du futur », insiste-t-on. L’enjeu : le risque de décrochage de la France et de l’Europe par rapport aux Etats-Unis et à la Chine. Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Joe Biden est en passe d’accomplir une révolution économique aux Etats-Unis »

Ce second temps de la relance pourrait être l’occasion de renforcer l’accompagnement des entreprises qui souhaitent relocaliser leur production en Europe

Au sein du gouvernement, on a aussi en tête les ratés de la mise au point d’un vaccin tricolore, et la nécessité d’investir massivement dans la recherche. Mais ce second temps de la relance pourrait aussi être l’occasion de renforcer l’accompagnement des entreprises qui souhaitent relocaliser leur production en Europe, ou qui se posent la question, et pas seulement dans le secteur de la santé. Les enveloppes consacrées à certains secteurs stratégiques (produits de santé, intrants critiques pour l’industrie, électronique, agroalimentaire et télécommunications), dans le premier plan de relance, pourraient ainsi également être renflouées.

Plan européen toujours pas validé

Certains sujets, comme les constellations de satellites ou les semi-conducteurs, pourraient être plus efficacement traités au niveau européen. Pour l’heure, le plan européen de 750 milliards d’euros, élaboré à l’été 2020, n’a toujours pas été validé par l’ensemble des pays membres et le versement des premiers milliards promis à l’Hexagone n’est pas attendu avant septembre. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, s’est encore agacé de cette lenteur, mardi 27 avril, appelant à « décaisser l’argent le plus tôt possible ». Article réservé à nos abonnés Lire aussi En France, le redémarrage de l’économie sera trop lent pour effacer les effets de la crise

Mais l’idée d’un nouveau coup de pouce à la croissance au niveau européen est évoquée par plusieurs membres du gouvernement. « L’Europe devra ajouter un nouveau volet d’investissement de long terme au-delà du plan de relance déjà lancé, pour être à la hauteur » de ce qui se fait aux Etats-Unis, expliquait ainsi aux Echos Clément Beaune, le secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, le 28 avril.

Ce qui n’empêche pas la France de travailler sans attendre à de nouvelles mesures. « Il y a la place pour un plan européen, et ce serait le bon échelon pour de nombreux projets. Mais s’il y a des choses à faire, on les fera au niveau national », répond-on au sein de l’exécutif. Et même si « pour le moment, rien n’est décidé », « il ne faut pas attendre 2022 » pour lancer ce nouveau volet, argue-t-on.

Si aucun montant n’est pour l’heure avancé pour ce nouvel opus de la relance, il s’agit d’une nouvelle entorse assumée à la fin du « quoi qu’il en coûte »

Interrogé lundi 3 mai sur RTL, Bruno Le Maire, ministre de l’économie des finances et de la relance, a indiqué qu’à l’été, un « bilan de tous les dispositifs » du plan de relance serait fait avec les partenaires sociaux et les élus locaux pour évaluer « d’éventuels besoins », et voir s’il est « utile ou non de réinjecter de l’argent dans le plan de relance », dont un tiers de l’enveloppe a été décaissé à ce stade.

Pour aller plus vite, Bercy s’est employé ces derniers mois à réallouer les fonds non dépensés de certains volets du plan, vers ceux qui connaissent le plus de succès (territoires d’industrie, numérisation des PME…), éludant jusqu’ici toute idée de rallonge budgétaire.« Il n’y a pas de divergence philosophique entre Emmanuel Macron et Bruno Le Maire sur le sujet, indique-t-on à Bercy. Nous avons toujours dit que nous étions ouverts à de nouvelles propositions. La question, c’est d’identifier des projets. Pour cela il faudra concerter, échanger. L’objectif n’est pas de dépenser pour dépenser, il faut que ce soit efficace. Peut-être qu’on peut aussi rester dans l’enveloppe budgétaire et redéployer des crédits. »

Si aucun montant n’est pour l’heure avancé pour ce nouvel opus de la relance, une chose est sûre : il s’agit là d’une nouvelle entorse assumée à la fin du « quoi qu’il en coûte », alors que le programme de stabilité envoyé mi-avril par Bercy à Bruxelles prévoit un net freinage de la dépense publique dans les prochaines années. « Le sujet, c’est la croissance. Nous l’avons toujours dit, c’est par la croissance qu’on remboursera la dette, pas par l’impôt. Et, in fine, que nous pourrons avoir une trajectoire budgétaire plus robuste », justifie-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les économistes et les politiques français gagnés par la « Biden-mania »

Elsa Conesa et Audrey Tonnelier