La France se donne « cinq ans pour rétablir les finances publiques après la crise », dit Bruno Le Maire (Le Monde)

La France se donne « cinq ans pour rétablir les finances publiques après la crise », dit Bruno Le Maire

Les dépenses publiques progresseront deux fois moins vite d’ici à 2027, prévoit le ministère de l’économie dans son programme de stabilité.

Par Audrey Tonnelier Publié le 08 avril 2021 à 22h00 – Mis à jour le 09 avril 2021 à 09h06

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, à Bercy, à Paris, le 8 avril.
Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, à Bercy, à Paris, le 8 avril. SARAH MEYSSONNIER / REUTERS

Churchill promettait « du sang et des larmes ». Après plus d’un an de crise sanitaire liée au Covid-19 et une récession historique, Bruno Le Maire, lui, préfère parler d’« efforts importants » et de « choix » à faire pour maîtriser la dépense publique et redresser le pays.

« Nous nous donnons cinq ans pour rétablir les finances publiques après la crise », a indiqué le ministre de l’économie, des finances et de la relance, jeudi 8 avril, en présentant le programme de stabilité, cet exercice budgétaire adressé à la Commission européenne à travers lequel la France dessine chaque année, à la mi-avril, sa trajectoire de finances publiques.

Un quinquennat, donc, pour renouer avec le « sérieux » budgétaire dont l’exécutif et la majorité avaient fait leur mantra au début du mandat d’Emmanuel Macron. De quoi donner une coloration très politique à ce programme de stabilité, à moins d’un an de l’élection présidentielle et alors que la France doit prendre, au 1er janvier 2022, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Bercy va ainsi envoyer d’ici à quelques jours à Bruxelles − et dès jeudi au Haut Conseil des finances publiques, l’organisme rattaché à la Cour des comptes, et chargé de donner un avis sur ces calculs − des prévisions allant jusqu’en… 2027.

Nouveaux instruments de cadrage

Que penser d’un tel horizon, à l’heure où les Français entament leur troisième confinement et où le gouvernement concentre ses efforts sur la gestion de la crise sanitaire ? « C’est un objectif ambitieux mais crédible », veut-on croire à Bercy. Tout en précisant que le programme de stabilité s’entend « à partir d’une situation où la crise sanitaire serait derrière nous à l’été 2021 ». Sans envisager donc le scénario noir d’un nouveau variant insensible aux vaccins. Lire aussi la chronique : « La dette, nouvelle passion politique »

Dans le détail, alors que le déficit public a plongé en 2020, à 9,2 % du produit intérieur brut (PIB), et devrait encore atteindre 9 % cette année en raison du reconfinement, l’objectif affiché du programme de stabilité est de revenir sous les 3 % en 2027. C’est le niveau de déficit qui permettrait de stabiliser la dette en 2025 et de la faire baisser à partir de 2026, argue-t-on au ministère de l’économie.

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Pour cela, il faudra en passer par une réduction des dépenses publiques à un rythme soutenu. Ces dernières ne progresseraient que de 0,7 % par an en moyenne en volume (hors mesures de soutien et de relance) jusqu’en 2027, soit la plus forte maîtrise des vingt dernières années. Le freinage serait tout aussi conséquent par rapport au rythme de progression du début du quinquennat, hors crise liée au Covid-19 (+ 1 % par an).

Après une hausse de 6,9 % en 2020 et d’encore 2,7 % en 2021, les dépenses publiques baisseraient même de 3,3 % en 2022, et stagneraient l’année suivante. La dépense elle-même, qui a explosé à 61,3 % du PIB en 2020 (hors crédits d’impôt), serait progressivement ramenée à un peu plus de 53 % en 2027. Quant à la dette publique, qui a atteint 115,7 % du PIB en 2020, elle plafonnerait à un peu plus de 118 % en 2025 avant de refluer légèrement. Le tout avec une croissance, déjà revue à la baisse à 5 % pour 2021, qui atteindrait 4 % en 2022 puis oscillerait autour de 1,5 % du PIB sur le quinquennat suivant.

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Comment tenir une telle trajectoire ? D’abord grâce à de nouveaux instruments de cadrage du budget, assure Bercy, qui veut fixer à l’exécutif une règle de dépenses pluriannuelle valable sur cinq ans. C’est la piste prônée par Bruno Le Maire depuis quelques semaines, et formalisée dans une proposition de loi organique que comptent déposer prochainement Laurent Saint-Martin, le rapporteur (La République en marche) du budget, et Eric Woerth, le président (Les Républicains) de la commission des finances de l’Assemblée nationale. M. Le Maire est favorable à ce qu’elle prenne une valeur constitutionnelle. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Après l’explosion de la dette Covid-19 en France, le dilemme du gouvernement

Réformes structurelles

Mais la maîtrise des finances publiques doit aussi, encore et toujours, passer par des réformes structurelles, à prendre une fois l’économie rétablie, assure M. Le Maire. Au premier rang de celles-ci : la réforme des retraites, que souhaite relancer l’ex-membre du parti Les Républicains (LR). En revanche, rappelle Bercy, pas question de reproduire les erreurs commises après la crise financière de 2008, lorsque les prélèvements obligatoires avaient été massivement augmentés pour réduire les déficits, au détriment de la reprise. « Nous refusons l’austérité », a martelé, jeudi, M. Le Maire, récusant l’idée d’une « réduction brutale des dépenses » et excluant toute hausse d’impôts − y compris pour les plus aisés ou pour les entreprises, contrairement à ce qu’envisagent le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. « On va sortir de la crise avec une situation budgétaire très dégradée. Stabiliser la dette, ce n’est pas juste pour la beauté du geste, c’est aussi pour pouvoir affronter de nouvelles crises à l’avenir », souligne un conseiller gouvernemental.

Cela sera-t-il suffisant pour atteindre les objectifs que se donne Bruno Le Maire en matière de freinage des dépenses ? « Il faudra faire un choix politique : certaines politiques publiques n’ont pas apporté la preuve de leur efficacité », glisse-t-on à Bercy. Ce choix dans les dépenses à couper ou à maintenir devra être « fait sereinement par les Français au moment de l’élection présidentielle », avait d’ailleurs déclaré le ministre de l’économie, dimanche 4 avril, dans l’émission « Le Grand Jury-RTL-Le Figaro-LCI ». Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les pistes de Bruno Le Maire pour « rembourser » la dette Covid

Officiellement, les priorités de l’exécutif demeurent de continuer à protéger les secteurs qui souffrent encore de la crise (événementiel, restauration, aérien…) et d’amplifier la reprise avec le plan de relance. Mais vu de Bercy, le « quoi qu’il en coûte » a bel et bien vécu. « Notre réponse devra être la plus circonscrite possible », a indiqué le ministre délégué aux comptes publics, Olivier Dussopt.

La facture de la crise due au Covid-19 pour l’année 2021 est désormais évaluée à 55 milliards d’euros − en incluant les mesures d’urgence liées au troisième confinement et les dépenses de santé −, dont environ 40 milliards d’euros à la charge de l’Etat.

Audrey TonnelierContribuer

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