De la difficulté à réaliser la transition énergétique (l’exemple du plan de relance français)

 On va investir des milliards dans des entreprises polluantes sans aucune contrepartie »

Le député écologiste Matthieu Orphelin s’insurge contre le projet consistant à augmenter la participation de l’Etat sans contrepartie dans des secteurs comme l’automobile ou l’aérien, durement touchés par l’épidémie due au coronavirus.

Propos recueillis par Publié le 16 avril 2020 à 18h36 – Mis à jour le 16 avril 2020 à 19h03

Le député Matthieu Orphelin, le 4 février à l’Assemblée nationale.
Le député Matthieu Orphelin, le 4 février à l’Assemblée nationale. THOMAS SAMSON / AFP

Le projet de budget rectificatif qui prévoit un paquet de mesures d’urgence pour permettre de soutenir l’économie française en pleine crise sanitaire doit être voté en urgence, vendredi 17 avril, à l’Assemblée nationale. Parmi les dispositions de ce plan de plus de 100 milliards d’euros, figure une ligne budgétaire de 20 milliards d’euros, dont l’objectif prioritaire est de « contribuer au redressement économique et financier des entreprises stratégiques les plus affectées par la crise sanitaire ».

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Le député écologiste du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin (ex-La République en marche, LRM) estime que le gouvernement fait une erreur en ne conditionnant aucunement ces aides au respect de la trajectoire climatique de la France.

Pourquoi vous semble-t-il important d’intégrer la question climatique dans ce budget d’urgence ?

Ce qui est en cours est absolument fou : on va voter sur 20 milliards de participation de l’Etat dans des entreprises sans demander aucune garantie ou aucune trajectoire qui respecte l’accord de Paris sur le climat ! Ces soutiens sont bien sûr indispensables pour préserver nos emplois, mais il faut les conditionner à des engagements de moyen terme. La logique dans laquelle est le gouvernement, c’est : « Il faut d’abord sauver les entreprises, la transformation et le climat, on verra après. » Cela révèle un problème de compréhension des enjeux : on va déverser des milliards d’argent public, sans fixer aucun cadre sur le monde d’après ? Les enjeux climatiques n’ont pas disparu soudainement.

On voit que tous les lobbys industriels et polluants sont à l’œuvre. Le Medef a déjà écrit à la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, pour demander à renégocier les lois sur la mobilité ou sur l’économie circulaire. C’est comme si on n’apprenait rien d’une crise sur l’autre. On va investir des milliards dans des entreprises polluantes sans aucune contrepartie.

Que peut-on demander à ces grandes entreprises en difficulté ?

Premièrement, ces entreprises devraient s’engager à respecter les règles existantes et ne pas batailler pour les amoindrir. On voit le lobby de l’automobile à l’œuvre – y compris Renault et PSA – qui fait pression au niveau européen pour repousser les limitations d’émissions des véhicules, qui doivent s’appliquer dès cette année. C’est irresponsable. Leur imposer de respecter les engagements pris me semble être la moindre des choses.

Ensuite, il faut se projeter sur le moyen terme. D’accord pour aider Air France, mais en réfléchissant à progressivement arrêter des lignes intérieures et à les remplacer par des offres TGV, comme par exemple Paris-Bordeaux ou Paris-Lyon. Ou généraliser le roulage électrique des avions sur les tarmacs, par exemple. Il ne s’agit pas de tout faire du jour au lendemain, mais d’imposer une trajectoire.

Vous critiquez également la manière dont se déroule ce vote…

On nous demande en vingt-quatre heures de voter 20 milliards d’euros de soutien public ! Cela peut se justifier pour les aides sur du fonds de solidarité, mais on parle ici de participer au capital d’entreprises. Mais ces délais ne respectent aucune règle de l’Assemblée et aucun cadre démocratique. Nous avons déposé un amendement, soutenu par plusieurs députés LRM, pour demander une prise en compte de l’accord de Paris et des impératifs climatiques au texte. Mais, puisque chaque groupe est représenté par trois députés seulement pour respecter les mesures de confinement, les députés signataires ne pourront même pas voter pour leur propre amendement !