Quels scénarios de sortie de crise ? (Le Monde)

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Coronavirus : quels scénarios pour la sortie de crise économique ?

Au cours des premiers jours du confinement, des économistes entrevoyaient une reprise rapide de l’activité, une fois les commerces rouverts. Mais ce scénario dit « en V » s’éloigne.

Par Publié hier à 02h13, mis à jour hier à 17h22

Si l’entrée en vigueur des mesures de confinement, le 17 mars à midi, a donné un coup d’arrêt brutal à l’économie française, dont l’activité a chuté d’un bon tiers en l’espace de quatre semaines, la sortie de crise aura une physionomie toute différente. « Le redressement économique sera long, difficile et coûteux », a insisté le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, jeudi 9 avril, en annonçant un doublement du budget du plan d’urgence, alors que le produit intérieur brut (PIB) de la France devrait plonger de 6 % en 2020.

Au cours des premiers jours du confinement, les économistes entrevoyaient une reprise rapide de l’activité, une fois les commerces rouverts, les salariés retournés à leur poste de travail et l’industrie repartie. Mais ce scénario dit « en V » s’éloigne au fur et à mesure que les dispositions prises le 17 mars se prolongent. « Il est très peu probable que la sortie du confinement s’accompagne d’un retour immédiat de l’activité économique à la normale », avançaient les économistes de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans leur note de conjoncture, publiée jeudi.

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Tout repose aujourd’hui, expliquent les experts, sur le calendrier et les modalités de sortie du confinement. Alors que la Banque de France estime que chaque quinzaine entraîne une perte de PIB annuel proche de 1,5 %, l’Insee alerte sur l’effet délétère de cette mesure sanitaire : « Plus la période de confinement se sera prolongée, plus les chaînes de valeur dans certaines filières mettront du temps à se réorganiser, plus les activités dans certains services aux entreprises seront durablement pénalisées », insistent les spécialistes dans la note de conjoncture.

Outre le calendrier, ce sont les modalités du déconfinement qui joueront sur la reprise. « Si [celui-ci] se fait par tranche d’âge et que sa poursuite concerne les plus de 65 ans, il n’y aura pas trop d’impact économique, avance Xavier Timbeau, directeur principal de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Mais si cela inclut les 50 ans et plus, c’est une autre histoire. » Il en est de même sur le calendrier de réouverture des commerces, hôtels, restaurants, et sur les possibilités de circuler. Enfin, l’éventuelle réouverture des écoles aura une incidence sur l’activité, « libérant » les parents aujourd’hui contraints de garder leurs enfants.

Reprise « très progressive » de l’activité

Deuxième inconnue du scénario, le comportement des acteurs, qu’il s’agisse des entreprises ou des ménages. « Si l’on observe ce qui se passe en Chine, la reprise de la production et la reprise de la demande après le confinement sont plus lentes que ce que l’on imaginait », fait valoir William de Vijlder, chef économiste chez BNP Paribas, qui entrevoit, lui aussi, une reprise de l’activité « très progressive » en France.

De fait, pendant ces semaines, « les entreprises ont sollicité des crédits, consommé leur cash et de ce fait dégradé leurs bilans : ce n’est pas l’élément qui va les pousser à investir en sortie de crise, souligne-t-il. La dynamique de l’emploi va être plus lente, elle aussi ».

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De quoi inciter les ménages à « faire preuve de précaution » dans leurs dépenses, d’autant que, en dépit des mesures protectrices prises par le gouvernement, beaucoup de foyers auront subi des pertes de revenus. Toutefois, cet effet négatif sur la consommation des ménages pourrait n’être que passager au fur et à mesure que les choses reviendront à la normale. « Je ne crois pas du tout à un changement profond du comportement de consommation », déclare M. Timbeau, qui rappelle l’appétit inédit qui a suivi la seconde guerre mondiale.

Il faudra aussi compter avec les restrictions de circulation qui devraient persister encore longtemps sur la planète, avec sans doute des mesures de quarantaine imposées aux voyageurs arrivant dans les pays les plus touchés par la pandémie, et qui vont affecter de manière profonde et durable le secteur du tourisme.

Rassurer les acteurs économiques

Troisième inconnue : le contexte international, « a priori très difficile à anticiper et pas entièrement positif », relève Xavier Timbeau. « Le gros point d’interrogation vient des Etats-Unis, partis pour une grande récession qui va avoir un impact sur les pays émergents et l’Amérique latine. Même si on parvient à absorber au mieux le choc en Europe grâce à la dette publique, on dépendra quand même de ce qui va se passer dans ces pays-là », avance-t-il.

Les entreprises françaises qui travaillent au niveau international risquent d’être entravées dans leur activité par des partenaires commerciaux encore en lockdown, confirme William De Viljder, ce qui pose la question de la coordination des politiques sanitaires.

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Enfin, la dernière inconnue, mais non la moindre, est celle de l’évolution de la pandémie. « La crainte majeure des chefs d’entreprise aujourd’hui, au-delà de la sortie du confinement, est que cet épisode soit amené à se reproduire », confie Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes.

Soutenir la confiance des acteurs économiques, entreprises et ménages, représente donc un enjeu capital pour la reprise. A cet égard, l’existence d’un mécanisme assurantiel prenant en charge les pertes des entreprises en cas de pandémie serait un puissant levier pour rassurer. Si l’idée a été lancée par Thomas Buberl, le directeur général d’Axa, la création d’un tel régime par les assureurs n’est pas à l’ordre du jour.