Plan de soutien de l’UE et coronavirus (Le Monde)

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Coronavirus : « L’UE, qui promet un plan d’aide de 500 milliards d’euros, joue beaucoup dans cette crise. Sa popularité d’abord »

Alors que les Vingt-Sept ont trouvé un accord, la correspondante du « Monde » à Bruxelles, Virginie Malingre, a répondu à vos questions.

La police montée patrouille dans les rues désertes de Rome, le 10 avril.
La police montée patrouille dans les rues désertes de Rome, le 10 avril. ALBERTO LINGRIA / REUTERS

La correspondante du Monde à Bruxelles, Virginie Malingre, a répondu, vendredi 10 avril dans notre direct, à vos questions sur l’accord trouvé par les Vingt-Sept, jeudi soir, pour un plan de soutien de plus de 500 milliards d’euros.

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Louison : Concernant le financement de ce plan d’aide de l’Union européenne, d’où vont provenir les fonds, quand on sait que le budget de l’UE est assez restreint ? De la dette ?

Ce plan d’aide n’est pas financé par le budget de l’Union européenne. Les Etats européens vont apporter des garanties à hauteur de 25 milliards d’euros à la Banque européenne d’investissement, qui va ainsi pouvoir prêter 200 milliards d’euros à des entreprises.

La même opération de la part des Vingt-Sept va permettre à la Commission européenne de lever 100 milliards sur les marchés pour ensuite prêter cet argent, à des conditions très intéressantes, aux pays européens qui ont besoin d’être aidés pour financer la montée du chômage partiel.

Enfin, le Mécanisme européen de stabilité (MES), troisième pilier de ce plan d’aide, dispose déjà d’une force de frappe de 410 milliards d’euros et n’a donc pas besoin d’être recapitalisé pour mettre à disposition des pays qui en auraient besoin 240 milliards d’euros de ligne de crédit. J’espère avoir été claire… Cela dit, pour la suite, la Commission va proposer aux Etats membres une hausse du budget européen, ce qui lui permettrait d’aider directement les pays qui en auraient le plus besoin… mais cela laisse présager des débats houleux.

Xavier – Pondichéry : Pourquoi ne pas faire fonctionner la planche à billets plutôt que d’emprunter à des banques ? N’y a-t-il pas un risque d’être dans la main des banques comme pendant la « crise des dettes souveraines », consécutives à la crise de « subprimes » ?

La planche à billets fonctionne. La Banque centrale européenne s’est engagée à racheter pour plus de mille milliards de titres… Mais elle ne peut pas tenir toute seule l’économie européenne. Elle a besoin d’être secondée par les Etats. Pour l’instant, les mécanismes imaginés ne portent pas en eux les germes d’une nouvelle crise des « subprimes ». Nous ne sommes pas dans une crise financière aujourd’hui, mais dans une crise économique majeure, avec le monde quasi à l’arrêt. La situation est très différente.

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Grégoire77 : Qu’en est-il de la réaction des autres pays européens face à cette solution, notamment des Pays-Bas ou encore de l’Italie ?

L’accord trouvé est un compromis. Il permet donc à chaque pays de se dire satisfait. L’Italie a obtenu d’avoir accès aux lignes du crédit du MES sans devoir en contrepartie s’engager sur des réformes, comme la demandait La Haye.

Mais Rome n’a pas obtenu l’engagement des Vingt-Sept ou des dix-neuf pays de la zone euro à émettre des obligations communes pour financer les ravages de la pandémie. Un projet à ce jour exclu par La Haye ou Berlin. Ceci dit, le dossier n’est pas complètement fermé et il sera sur la table des négociations européennes des prochains mois. Bref, un compromis. Mais qui permet d’avancer dans l’immédiat.

L’orchestre symphonique de la MAV joue devant une maison de retraite, à Budapest, le 7 avril.
L’orchestre symphonique de la MAV joue devant une maison de retraite, à Budapest, le 7 avril. BERNADETT SZABO / REUTERS

Bond : On entend beaucoup parler des « coronabonds », qui permettraient aux pays de l’UE de s’endetter en commun pour faire face à la crise. Pourriez-vous nous expliquer les avantages et inconvénients de ce mécanisme ?

Le mot « coronabonds » a été utilisé par Giuseppe Conte, le premier ministre italien, qui s’en est fait le chantre. Il s’agirait en fait d’obligations communes émises par les Etats européens afin de financer les dommages économiques occasionnés par la pandémie.

Premier avantage : ces obligations seraient émises à des taux intéressants puisqu’elles bénéficieraient notamment du triple A allemand. Pour l’Italie ou l’Espagne, qui empruntent à des conditions moins intéressantes, ce ne serait pas négligeable. C’est là une première manière d’être solidaire.

Reste ensuite la question du remboursement et plusieurs options existent. L’argent récolté par l’émission de ces euro-obligations sera donc prêté aux pays qui en auront besoin. Soit ils devront ensuite rembourser ce qu’ils ont emprunté, et dans ce cas l’avantage de l’euro-obligation réside dans le coût du financement évoqué ci-dessus, soit ils remboursent à proportion, par exemple, de leur PIB dans l’économie européenne. Ce qui veut donc dire qu’il y aura des transferts de solidarité bien plus importants.

En clair, l’Allemagne, qui aura sans doute moins besoin d’aide que l’Italie, remboursera plus compte tenu du poids de son économie. Tout cela reste à débattre.

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Ambroise : Pourquoi est-ce que les Néerlandais ont été aussi réticents à signer cet accord ?

Les Néerlandais, comme les Allemands, ont toujours eu du mal avec tous les mécanismes qui s’apparentent à des transferts d’un pays à l’autre. Le désastre de la crise de zone euro en 2010 et 2012 a cependant fait comprendre au nord de l’Europe que les divisions avec le Sud pouvaient être une plaie mortelle pour l’Europe.

Cette fois-ci, la crise n’est pas liée aux comportements budgétaires peu vertueux de tel ou tel pays, la pandémie touche tout le monde. Berlin a bien compris ceci. La Haye, sans doute pour des raisons de politique intérieure, a résisté.

Un homme achète des gants dans un distributeur, dans une rue de Varsovie, le 10 avril.
Un homme achète des gants dans un distributeur, dans une rue de Varsovie, le 10 avril. KACPER PEMPEL / REUTERS

Arno : Les prêts du MES engageront-ils les Etats à respecter les mêmes conditions, de réformes par exemple, que celles imposées à la Grèce par le passé ?

Non pas du tout. Après de longues négociations, il a été convenu que les pays qui emprunteront au MES devront, à terme, rejoindre le chemin du pacte de stabilité et de croissance. Ce qui en réalité n’est rien d’autre que la règle normale à laquelle sont censés se plier les Etats de la zone euro.

Pour l’heure le pacte de stabilité a été suspendu (il faut dire que plus aucun pays n’est en mesure d’afficher un déficit public inférieur à 3 % du PIB compte tenu des plans de relance lancés partout). Une fois la pandémie passée, et la reprise entamée, la question sera donc de savoir quand remettre en selle le pacte de stabilité et comment… Ce qui augure, là aussi, de longues nuits de négociations. Mais ce n’est pas pour tout de suite.

Malim : Est-ce que ces fonds seront utilisés pour rapatrier dans l’UE des industries délocalisées ? Notamment en Chine, dont l’importance nous est maintenant évidente (par exemple les masques et autres produits sanitaires).

Dans le plan de relance tel que conclu hier, seuls les fonds prêtés par la Banque européenne d’investissement (BEI) peuvent participer de cette démarche. Le MES, lui, prête aux Etats pour les aider à financer les dommages économiques et sanitaires créés par la pandémie. La Commission prête aux Etats pour les aider à financer leur système de chômage partiel.

Cela dit, quand l’Europe sera sortie du confinement et quand il sera temps donc de s’occuper de la relance, la question sera posée. Et, que ce soit avec le budget européen ou le fonds de relance proposé par la France, des fonds pourraient être affectés à accroître la souveraineté économique de l’Europe dans certains domaines, comme ceux que vous évoquez. A ce stade rien n’est décidé, mais cela fera sans aucun doute partie des discussions.

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Nicolas : L’Union européenne ne joue-t-elle pas son existence dans cette crise ? Elle peut en sortir renforcée comme en sortir encore plus affaiblie, non ?

L’UE joue beaucoup dans cette crise. Sa popularité d’abord, qui a été mise à mal dans beaucoup de pays ces dernières années, après la crise de la zone euro en 2010, puis celle des migrants en 2015, notamment. Le ressentiment européen est en progression partout, parfois pour des raisons opposées, si on prend par exemple l’Allemagne et l’Italie.

Le personnel soignant de l’hôpital départemental de Bischwiller, près de Strasbourg, pendant un confinement, 9 avril.
Le personnel soignant de l’hôpital départemental de Bischwiller, près de Strasbourg, pendant un confinement, 9 avril. CHRISTIAN HARTMANN / REUTERS

Emilie : Qu’en est-il des pays de l’UE qui ne se sont pas confinés, ou alors moins drastiquement ? Sont-ils d’accord avec ce plan d’aide ? Y contribuent-ils ?

Tous les pays y contribuent puisqu’ils vont apporter des garanties à la Banque européenne d’investissements et à la Commission européenne. Pour la partie relevant du Mécanisme européen de stabilité, seuls les pays de la zone euro y contribuent.

Matt : Sait-on quand les chefs d’Etat et de gouvernement doivent se réunir à présent pour évoquer le plan de relance, y compris les « coronabonds » ?

La date n’est pas encore arrêtée mais ce devrait être la semaine prochaine. Cela dit, lors de ce sommet les chefs d’Etat et de gouvernement entérineront le plan concocté par les ministres des finances. Et ils engageront les discussions sur le fond de relance et donc les euro-obligations. Sur ces derniers points il ne sera pas conclusif mais marquera le début des discussions.