Démocratie et séparation des pouvoirs, le cas Trump (Le Monde)

Trump renforcé et les institutions affaiblies : la presse américaine tire les leçons de l’acquittement du président

Les positions des sénateurs, campées sur des lignes partisanes, inquiètent aussi les éditorialistes quant à la solidité des institutions et la signification de ce vote pour l’avenir du parti républicain

Par Publié aujourd’hui à 06h15

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Historique, l’acquittement de Donald Trump par le Sénat américain, mercredi 5 février, à l’issue de son procès en destitution, l’est à plus d’un titre. Il n’est que le troisième président de l’histoire des Etats-Unis à connaître un tel sort. Mais il est le premier dans ce cas à faire campagne pour sa réélection, en dépit de « l’astérisque » de l’impeachment, désormais accolé à son nom, souligne le Washington Post.

Enfin, pour la première fois, un sénateur, Mitt Romney, a voté pour la destitution d’un président issu de son camp. « Trump ne peut plus techniquement dire que cette procédure a été menée par les seuls démocrates », ajoute le quotidien. Mais pour lui, comme pour une partie de la presse, ce procès entérine surtout l’extrême fracture partisane de la vie politique américaine.

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« Le drame de l’impeachment va institutionnaliser davantage la polarisation de Washington pour les années à venir », écrit le Wall Street Journal. Le « traumatisme » laisse deux personnalités majeures de chaque parti, Donald Trump chez les républicains et la speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi chez les démocrates, « incapables de travailler ensemble ».

« Une blague faite aux dépens de la Constitution »

Les positions des sénateurs, campées sur des lignes partisanes, inquiètent aussi certains éditorialistes quant à la solidité des institutions et la signification de ce vote pour l’avenir du parti républicain. Dans son éditorial, le New York Times estime que « le procès fut une blague faite aux dépens de la Constitution. Quiconque espérait une démonstration d’une gouvernance responsable ou la défense de la séparation des pouvoirs ne peut qu’être consterné ».

Pour le Los Angeles Times, « le Sénat n’a pas seulement donné son approbation aux crimes du président, mais il a aussi encouragé un Trump victorieux à violer à nouveau la Constitution ». Acquitté, « il va se sentir plus libre pour tricher lors de la prochaine élection » : « Si c’est le cas, les sénateurs qui ont fermé les yeux sur ces méfaits pourront être considérés comme ses complices. »

Vox va plus loin encore, dénonçant chez les sénateurs républicains un « légalisme corrompu, commun aux partis politiques dominants dans les démocraties qui ont glissé dans l’autocratie ». Le Washington Post souligne aussi le caractère purement politique de ce procès : « Les sénateurs ont voté en ayant en tête leur futur politique, plus que les faits. » Et si le quotidien reconnaît que « la loyauté partisane n’est pas anormale dans la vie politique », il estime toutefois que « l’intensité avec laquelle les élus ont défendu le président l’est » : « Trump a créé un environnement qui ne laisse aucune place à une prise de distance, même (et surtout) lorsqu’il est face à des allégations aussi sérieuses que celles avancées sur l’Ukraine. »

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« Culte de la personnalité »

L’acquittement marque donc pour Politico « la fin d’un chapitre spectaculaire du scandale présidentiel qui a avant tout accéléré et accentué la main mise de Trump sur un parti qu’il avait autrefois méprisé ». Le procès illustre aussi « à quel point les républicains sont dépendants de M. Trump et de son approche destructive, renchérit le New York Times. La déliquescence du parti a permis sa prise en mains par un chef autoritaire comme Trump et sa transformation en un culte de la personnalité ».

S’il est difficile de prévoir quelles seront les conséquences de cet épilogue sur l’élection de novembre, Fox News rappelle les résultats du sondage Gallup paru la veille de l’acquittement. Avec un taux d’approbation de 49 % (et de 94 % chez les républicains), M.Trump enregistre les chiffres les plus hauts de son mandat. Et, ajoute le Wall Street Journal, aussi « déconcertant et exaspérant que cela puisse être pour les démocrates, l’impeachment pourrait en fait avoir augmenté les chances de Trump d’être réélu à l’automne ».

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Le vote de certains démocrates pour la destitution pourrait se retourner contre eux, notamment la trentaine d’élus se représentant dans des districts gagnés par Trump en 2016. Le New York Times pronostique d’ailleurs que pour gagner, « M. Trump pourra faire ce qu’il veut, le parti le soutiendra ».

Le site conservateur Washington Examiner estime enfin que « malgré ses lamentations face à la chasse aux sorcières, l’affaire se termine plutôt bien pour Trump » : « Il est acquitté, il est toujours président et il va passer les huit prochains mois à attaquer les démocrates. » Quelques minutes après l’annonce de son acquittement, le président américain publiait sur Twitter une vidéo parodique suggérant qu’il pourrait rester président ad vitam aeternam.