Fusion Alstom-Siemens (la décision de la Commission européenne de la concurrence)

La Commission européenne justifie son rejet de la fusion Alstom-Siemens

Lionel Steinmann Le 06/02 à 12:16

Les deux groupes souhaitaient créer un géant européen du ferroviaire. Mais Bruxelles a jugé que ce rapprochement serait néfaste pour la concurrence.

La Commission européenne a annoncé mercredi, comme prévu, qu’elle bloquait  le projet de fusion Siemens-Alstom . Une décision que Margrethe Vestager, la commissaire chargée de la Concurrence, a justifiée avec énergie lors d’une conférence de presse, répliquant (sans les nommer) aux critiques virulentes formulées ces derniers jours par les deux entreprises concernées.

Elle a d’abord vanté le sérieux du travail de ses équipes, qui ont démarré leur enquête au mois de juillet 2018, et ont examiné dans ce cadre « plus de 800.000 documents ». Sur la plupart des marchés couverts par les deux groupes, comme les rames de métro ou les trains régionaux par exemple, de nombreux constructeurs ferroviaires sont présents et la fusion de Siemens et d’Alstom n’aurait pas posé de problème.

« Des observations négatives »

Mais ce n’est pas le cas pour les trains à très grande vitesse et pour la signalisation ferroviaire, deux domaines sur lesquels la fusion « aurait réduit de manière significative la concurrence, a avancé Margrethe  Vestager. Sur certains segments, il n’y aurait même plus eu de concurrence du tout. » Ce qui se serait traduit par une hausse des prix pour les clients et une réduction de l’innovation.

La Commission n’était pas seule à faire cette analyse, a souligné la Danoise. « Durant l’enquête, elle a reçu plusieurs plaintes émanant de clients, de concurrents, d’associations professionnelles et de syndicats. Elle a aussi reçu des observations négatives de plusieurs autorités nationales de la concurrence ».

« Pas de remèdes appropriés »

Face aux problèmes soulevés, Alstom et Siemens « auraient pu obtenir notre approbation en apportant des solutions appropriées. Mais ces remèdes n’étaient pas très clairs », a pointé Margrethe Vestager, les deux entreprises ayant refusé selon elle des cessions d’actifs à la hauteur des enjeux. Dès lors, « l’interdiction s’imposait. »

La commissaire a également écarté de manière très sèche  la réalité de la menace chinoise, souvent invoquée par les partisans de la fusion pour la justifier. « CRRC réalise 90 % de son chiffre d’affaires en Chine. Mais il n’y a aucune perspective d’entrée des Chinois en Europe dans un avenir prévisible. » Même constat sur le marché de la signalisation ferroviaire : « Ils ne sont nulle part en Europe. »

Questionnée sur les pressions politiques exercées par Paris et Berlin, Margrethe Vestager s’est posée en garante de l’intérêt de l’ensemble de l’Union : « L’intérêt pour cette fusion a été très important de la part de l’Allemagne et de la France, mais il y a 26 autres pays qui eux aussi ont un intérêt pour ce marché, a-t-elle soutenu. Ce n’est pas seulement ceux qui crient le plus fort qu’il faut écouter, mais aussi ceux qui nous ont écrit pour exprimer leurs préoccupations. »

« Une mauvaise décision »

Cela n’a pas empêché les patrons des deux entreprises et les gouvernants des deux pays de monter dans les décibels, après l’officialisation du veto bruxellois. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a dénoncé « une mauvaise décision » prise « sur de mauvais fondements ». La secrétaire d’Etat à l’Economie, Agnès Pannier-Runacher, a qualifié le veto de « complètement à côté de la plaque ».

Même son de cloche chez Siemens : « Protéger les intérêts des clients localement ne signifie pas se priver d’être sur un pied d’égalité avec des pays leaders comme la Chine et les Etats-Unis », a déploré le patron Joe Kaeser. A l’inverse, les syndicats français d’Alstom se sont déclarés « satisfaits » de la décision de la Commission, alors que le canadien Bombardier (concurrent direct de Siemens et Alstom) s’est dit, lui, « heureux ».

Lionel Steinmann
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