Un budget pour la zone euro ? (Le Monde 14/12)

Le principe d’un budget de la zone euro est acté

L' » instrument « , qui devait être validé vendredi à Bruxelles, est très éloigné des ambitions de M. Macron

Le sommet bruxellois de la zone euro, vendredi 14  décembre, devait représenter un aboutissement pour Emmanuel Macron, après dix-huit mois d’efforts intenses menés auprès de ses partenaires européens, et des dizaines d’heures de discussions entre le ministre français de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, et son homologue allemand, Olaf Scholz.

Comme avec la  » taxe GAFA  » (Google, Apple, Facebook, Amazon), réduite à la portion congrue début décembre, les dirigeants de l’Union européenne s’apprêtent toutefois à endosser une feuille de route très éloignée des ambitions de départ du président français, qui souhaitait un budget de la zone euro à  » plusieurs points de PIB « , soit plusieurs centaines de milliards d’euros.

Néanmoins, le principe en est acté, et les Français, qui le défendent depuis des années – François Hollande, avant M. Macron, l’avait réclamé – pensent avoir mis un pied dans la porte. Peut-être ce  » mini-budget  » prendra-t-il de l’ampleur et permettra-t-il à un gouvernement économique de la zone euro de voir le jour, jugent-ils.

Il s’agit d’un  » vrai saut « , analyse l’Elysée,  » une étape politique qui n’avait jamais été franchie entre les Etats membres  de la zone euro « .  » Notre diagnostic, c’est que, dans une zone où on a abandonné volontairement la souveraineté monétaire, on ne peut pas vivre avec des divergences économiques et sociales aussi fortes que dans un simple marché unique comme l’est l’Union européenne. « 

Le projet de conclusion du sommet ne mentionne pas explicitement les termes de  » budget de la zone euro  » ; il parle seulement d’un » instrument budgétaire  » pour ne pas heurter les Néerlandais, qui se sont engagés, dans leur accord de coalition gouvernementale, à refuser tout  » budget  » pour la monnaie unique…

Demandes  » trop pressantes « Cet  » instrument « , dont les ministres des finances de l’Eurogroupe devront définir les modalités pratiques, sera avant tout destiné à  » la convergence  » et à  » la compétitivité « Fondamentale aux yeux des Français, sa fonction de  » stabilisation «  – le budget viendrait en aide aux Etats obligés de couper dans leurs investissements publics par temps de crise – n’apparaît pas, faute de consensus. Les Allemands continuent en effet à redouter que cette notion dissimule une forme de redistribution budgétaire entre Etats, un tabou suprême outre-Rhin.

Enfin, cet  » instrument budgétaire  » ne bénéficiera que d’une ligne dans le cadre financier pluriannuel de l’Union (CFP) 2021-2027. Cela risque de réduire sérieusement son volume, tant les tractations autour du CFP sont âpres à Bruxelles. Tout est mis sur la table, des moyens dévolus à la Politique agricole commune (PAC) aux fonds de cohésion, en passant par l’argent consacré à la défense et à la sécurité communes. Peu d’Etats accepteront de sacrifier ces politiques pour céder un peu de place à un nouvel outil.

Le président Macron aurait-il pu obtenir davantage ? Des sources proches des discussions évoquent une posture un peu trop véhémente, des demandes françaises  » trop pressantes « , qui auraient été peu appréciées, voire contre-productives. Le fait que Bruno Le Maire ait tout misé sur un accord préalable avec Berlin et M. Scholz n’aurait pas non plus aidé, les autres capitales goûtant peu de ne pas être suffisamment consultées.

Au-delà de la méthode, ce résultat médiocre traduit aussi une réalité : la confiance entre Etats membres, écornée par la crise, n’est pas restaurée. Une majorité d’entre eux, à commencer par l’Allemagne, refuse de pousser l’intégration plus loin. Dans ce contexte, la politique de relance budgétaire annoncée par l’Italie pour 2019 et les mesures à 10  milliards d’euros promises par le président français pour apaiser l’ire des  » gilets jaunes  » n’arrangent rien.

Selon plusieurs sources diplomatiques, les inquiétudes autour d’une dérive budgétaire hexagonale en  2019 risquent de peser sur les discussions. A Berlin, La  Haye, Dublin ou Helsinki, on préfère insister sur les autres actualités du sommet de vendredi : le feu vert à une réforme du Mécanisme européen de stabilité (MES, le fonds d’aide aux Etats en difficulté mis en place pendant la crise) et la validation, après trois années de négociations, d’un  » filet de sécurité  » supplémentaire, en cas de grave faillite bancaire.  » Le budget de l’eurozone, c’est la façade. Ces mesures, c’est la plomberie : moins visible, mais indispensable pour renforcer la zone euro « , glisse un diplomate du nord de l’Europe.

Cécile Ducourtieux

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