Faut-il citer des journalistes dans une copie ? Un exemple d’article fallacieux paru dans le Figaro.fr aujourd’hui

L’article suivant http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/09/05/20002-20180905ARTFIG00247-l-impot-sur-les-societes-baisse-dans-les-pays-riches-mais-rapporte-plus.php

prend comme point départ une récente étude de l’OCDE sur l’évolution de la fiscalité. L’auteur de l’article s’appuie sur le rapport de l’OCDE pour affirmer que depuis que les Etats ont entrepris de baisser leurs IS, les recettes fiscales (prélevées sur l’IS) ont augmenté. Il en conclut donc que moins d’impôts, c’est plus de recettes fiscales et, que les politiques de l’offre fonctionnent (il ne cite pas la courbe de Laffer mais il n’en est pas loin).

Cet article est fallacieux :

  • lorsque l’on prend le résumé (en français que j’ai lu) du rapport de l’OCDE (uniquement en anglais – je n’ai pas lu), nulle part on ne trouve trace d’un lien de causalité entre baisse de la fiscalité des entreprises et hausse des recettes fiscales (le rapport constate seulement une corrélation); par ailleurs, la notion de politique de l’offre n’est pas citée par l’OCDE;
  • l’auteur écrit que l’IS a baissé depuis 2009 dans beaucoup de pays de l’OCDE et que cela expliquerait la hausse des recettes fiscales dans ces mêmes pays. Pour rappel 2009 est une des pires années en matière de recettes de l’IS, Entre 2007 et 2009, la montant de l’IS récolté a été divisé par 3 en France. Il est alors logique, lorsque l’activité cesse de s’effondrer et repart, que, toutes choses égales par ailleurs, les recettes se remettent à augmenter. Cela n’a rien à voir avec la baisse de l’IS. C’est un phénomène purement conjoncturel de retournement du cycle.
  • l’auteur ne s’étonne pas d’ailleurs d’un paradoxe : plus l’IS baisse, plus les stratégies d’optimisation fiscale progressent, pénalisant les recettes publiques (cf travaux de G.Zucman). Le paradoxe est donc que les entreprises cherchent à fuir la baisse des impôts sur les sociétés !
  • enfin, si les profits des entreprises après taxes ont augmenté, ce n’est pas toujours le cas après versement des dividendes. la France en est une illustration (cf travaux Artus). La hausse des profits n’entraîne pas spontanément celle de l’investissement mais plutôt celle des dividendes versés (vs le vieux théorème de Schmidt).

En résumé, tant que les journalistes économiques continueront à s’appuyer sur leurs vieux cours de fac des années 1980 et à prendre leurs rêves pour la réalité, l’éducation à l’économie restera au niveau zéro. Moralité, il faut éviter de citer des journalistes dans une copie, ce n’est pas toujours une garantie de pertinence scientifique.

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