Préparer les entretiens (Le Monde du 10 Mai 2016)

En école de commerce, l’oral fait toute la différence

LE MONDE | 10.05.2016 à 14h27 | Par Maxime François

Le concours Passerelle est un concours commun à 12 grandes écoles de commerce et de management.

« Voici un chèque de 100 000 euros. Vous n’avez pas le droit de faire d’investissements spéculatifs, pas de placements, pas de voyages. Que faites-vous avec cet argent ? » La question a été posée à Rémi, 20 ans, lors de son oral d’admission à la Kedge Business School. Le jeune homme ne s’y attendait pas et a préféré rendre le chèque aux membres du jury.

Ce type de question a de quoi surprendre des élèves jusqu’alors concentrés sur les écrits, qui constituent les premiers groupes d’épreuves des différents concours, qu’il s’agisse des écoles accessibles après une classe préparatoire, ­regroupées majoritairement dans la banque commune d’épreuve (BCE) et Ecricome, tout comme les écoles post-bac, via les concours Sésame, Accès, et Atout +3, ou sur titre (Passerelle 1 et 2). Et c’est là que le bât blesse, puisque, peu ou prou, selon leur filière, ils suivent tous la même formation pour les écrits.

« Pourquoi notre école plutôt qu’une autre ? Dans quel secteur voulez-vous travailler ? Si vous aviez une baguette magique, avec qui aimeriez-vous dîner ? Comment êtes-vous perçu dans un groupe ? » Autant de questions auxquelles il faut se préparer. « 90 % des élèves sèchent dès qu’on leur demande de citer trois ministres du gouvernement. Ils sont souvent déconnectés du monde qui les entoure après deux ans en prépa ou une année de terminale à réviser le baccalauréat. Lire les journaux régulièrement – et surtout à l’approche de l’entretien – est important », conseille Elian Pilvin, directeur du développement de l’EM Normandie et membre du jury, pour qui « le gros facteur ­discriminant est le niveau de langue ».

« Comme un entretien d’embauche »

«  L’oral doit être abordé comme un entretien d’embauche. Les trois premières minutes sont les plus importantes. L’élève doit emmener le jury dans une zone de confort et orienter le choix des questions sur des sujets qu’il maîtrise. Réciter son CV ou un discours appris sur le bout des doigts est contre-productif. Le jury est ­attentif à l’ambition du candidat, au savoir-vivre et à sa curiosité. Il ne s’agit pas de noter son niveau d’expertise dans un domaine  », explique-t-il.

« Un entretien, ça se prépare autant que les écrits  ! »
Geneviève Poulingue, Skema Business School

« Un entretien d’admission, ça se prépare autant que les écrits ! » prévient Geneviève Poulingue, professeure de management et directrice du programme grande école à la Skema Business School. Le jury demande aux élèves d’imaginer leur carrière dix ans plus tard, sous la forme d’un CV projectif  : «  Il s’agit de vérifier s’ils se sont renseignés sur les spécificités de l’école. Ce n’est pas nous qui allons créer leur projet professionnel. C’est à eux d’être acteurs de leur formation, sinon le diplôme ne servira à rien sur le marché du travail.  » Pas question d’arriver à l’oral avec un projet ficelé, mais il faut montrer au jury qu’une réflexion est engagée.

A l’Essec, un test d’aptitude en mathématiques sous forme de QCM compte pour un tiers de la note d’oral (coefficient 10). « L’idée est de pouvoir évaluer la capacité et la rapidité de raison­nement en mathématiques, en français et en culture générale. Il est conçu pour que les étudiants ne puissent pas le ­terminer. La sélection se fait sur les mathéma­tiques », assure Anne-Claire Pache, directrice générale adjointe en charge de la grande école et des masters à l’Essec. « Cet exercice nécessite un ­entraînement régulier et chronométré. Il ne s’agit pas d’apprendre par cœur mais d’en comprendre la logique. »

Ensuite, l’entretien de personnalité, d’une durée de quarante-cinq minutes, éprouve la motivation et l’aisance orale du candidat. « Il ne faut pas exagérer ses engagements ou embellir la réalité. Le but est de montrer son potentiel de management. Pourquoi pas à travers des expériences ratées et les enseignements qu’on en a tirés. La capacité à apprendre de ses erreurs est un plus », dit-elle.

« Des journées gratuites de formation à l’écrit et à l’oral sont organisées dans la plupart des écoles, indique Christian Chenel, directeur des programmes de Novancia Bu­siness School et délégué général du ­concours Atout +3, qui regroupe huit écoles de commerce post-bac. C’est l’occasion de se renseigner sur les coefficients de chaque épreuve, différents selon les écoles, pour savoir sur quoi mettre l’accent. Des sujets types sont disponibles en ligne. S’y intéresser en amont permet d’être plus ­serein le jour J et de mettre en avant cette démarche lors de l’entretien. »

  • Maxime François

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