Les prêts à la Grèce dans le Monde du 30 juin 2015 (faire le point sur)

260 milliards d’euros de prêts depuis 2010

La France détient, à elle seule, 11,4 milliards d’euros de prêts directs à la Grèce
Depuis 2010 et le début de la crise de la dette grecque, les créanciers publics d’Athènes ont mis plus de 260 milliards d’euros sur la table. Sur cette somme, l’immense majorité provient des autres pays de la zone euro, qui ont fourni près de 230 milliards. Le solde provient du Fonds monétaire international (FMI).

Ce financement s’est découpé en deux plans d’aide. Le premier a été décidé dans l’urgence le 2 mai 2010. 110 milliards d’euros (dont 80 milliards d’euros issus de pays de la zone euro) ont permis à la Grèce de financer son déficit, qui avait été largement sous-estimé dans les statistiques officielles. Après l’annonce de ces trucages, à l’automne 2009, les taux d’intérêt demandés par les banques à la Grèce avaient bondi, empêchant Athènes de se financer sur les marchés. En parallèle de ce plan d’aide, l’Union européenne a mis en place le 9 mai 2010 un Fonds européen de stabilité financière (FESF) de 750 milliards d’euros, qui doit permettre d’éviter que la crise de la dette grecque se propage à d’autres pays.

Rassurer les marchés
Le fonds doit rassurer les marchés en garantissant le financement de leur dette. Le premier plan d’aide à la Grèce devait courir jusqu’à mai 2013. Il s’est accompagné d’une sévère cure d’austérité pour le pays, les créanciers exigeant une réduction drastique des dépenses publiques, surveillée en permanence par les représentants de la fameuse  » Troïka « .

Mais, dès 2011, les créanciers constatent que le premier plan d’aide ne suffira peut-être pas, la Grèce étant incapable de retourner financer sa dette sur les marchés. Le 12 mars 2012, la zone euro et le FMI s’entendent pour lancer un deuxième plan d’aide, pour un montant de 130 milliards d’euros. En comptant les ajustements en cours de route, ce sont même 164,5 milliards d’euros (dont 144,7 milliards d’euros issus des fonds européens) qui auront été dépensés sur toute la durée de ce programme, censé venir à son terme fin 2014. C’est le déblocage de l’ultime tranche – 7,2 milliards d’euros – de ce plan qui est à l’origine du blocage actuel.

Alors que le premier programme était financé par des prêts bilatéraux entre Etats, cette fois-ci c’est le FESF qui prend le relais. Celui-ci est devenu entre-temps le Mécanisme européen de stabilité (MES), mais il est toujours financé par les pays de la zone euro. En parallèle, la dette de la Grèce est restructurée, les créanciers privés subissant une décote de 50 % de leurs titres. Près de 200 milliards d’euros de dette grecque sont effacés et un nouveau programme de réduction des dépenses publiques est imposé à Athènes.

Au total, la dette hellène atteignait fin 2014 près de 320 milliards d’euros. Sur cette somme, 144 milliards d’euros étaient dus au FESF, 53 milliards d’euros aux Etats européens et 27 milliards d’euros à la Banque centrale européenne (BCE), soit en tout 224 milliards d’euros directement ou indirectement dus aux Européens. La France, elle, détient 11,4 milliards d’euros de prêts directs à la Grèce et est engagée à hauteur de 32 milliards d’euros via le FESF.

Cette dette est toutefois génératrice d’intérêt. La France a par exemple perçu 700 millions d’euros d’intérêts entre 2010 et 2013 de la part de la Grèce. Ce calcul ne prend pas en compte le coût du financement de l’argent que la France a dû emprunter pour le prêter aux Grecs. Les intérêts de la dette grecque ont par ailleurs été plusieurs fois réduits pour soutenir le pays et les Etats ont même décidé que la BCE reverserait à la Grèce les intérêts qu’elle perçoit.

Les intérêts du MES ont, eux, été suspendus pendant dix ans.

Tous ces  » coûts  » sont cependant théoriques, étant donné qu’il s’agit de prêts et non de dons. Si la Grèce finit par rembourser les Etats et le MES à temps, la Grèce n’aura pas coûté grand-chose aux Européens. En revanche, si le pays est obligé de sortir de la zone euro, les Etats devront sans doute renoncer à une partie de leurs créances et ils afficheront alors des pertes sèches. Même en cas de maintien, il semble peu probable que la Grèce puisse retourner dans les prochains mois sur les marchés. La question d’une restructuration de la dette – et donc d’une perte pour les Etats de la zone euro – se posera alors inévitablement.

Jean-Baptiste Chastand

Pascal Lamy dénonce le rôle du FMI
Pascal Lamy, l’ancien directeur de l’Organisation mondiale du commerce de 2005 à 2013, a regretté que l’Union européenne ait associé le Fonds monétaire international (FMI) aux négociations avec la Grèce.  » J’ai toujours pensé que c’était une erreur « , a dit celui qui fut le directeur de cabinet de Jacques Delors à la Commission européenne (1985-1994), dimanche 28 juin sur TV5 Monde dans  » Internationales « , dont Le Monde et RFI sont partenaires.  » Le problème de la Grèce n’est pas un problème de dette. Le pays est à plat et il faut le reconstruire « , a déclaré M.Lamy. Il enjoint au Conseil européen de  » ne pas regarder cette affaire sous un angle financier ou budgétaire, qui est l’affaire des techniciens « .

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