Paul Volcker (1927-2019)

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La réglementation contre la pollution (Le Monde)

Le fioul lourd, ultrapolluant, banni des eaux territoriales islandaises

Lors de sa combustion, ce carburant émet des particules de soufre hautement nocives pour la santé et contribue aux émissions de gaz à effet de serre.

Le Monde avec AFP Publié le 06 décembre 2019 à 18h44 – Mis à jour le 06 décembre 2019 à 19h21

Temps de Lecture 2 min.

L’Islande a annoncé vendredi 6 décembre l’interdiction quasi totale des navires consommant du fioul lourd dans ses eaux territoriales. Le ministère de l’environnement a fait savoir qu’il abaissait la teneur en soufre autorisée dans ses eaux de 3,5 % à 0,1 % à compter du 1er janvier 2020.

« Avec ces changements que je viens de signer, l’Islande aura les normes parmi les plus strictes du monde en matière de fioul », s’est félicité le ministre Gudmundur Ingi Gudbrandsson, cité dans un communiqué. Les eaux territoriales islandaises s’étendent sur 12 miles marins (22,2 kilomètres) entre les côtes islandaises et le front de mer.

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La limitation à 0,1 % s’applique déjà pour les navires à quai dans les ports de l’Union européenne depuis le 1er janvier 2010 et dans des zones d’émission contrôlée (ECA). Il en existe quatre dans le monde, notamment en mer Baltique et en mer du Nord.

Le fioul lourd, utilisé pour la propulsion des cargos et bateaux de croisière, pollue plus que n’importe quel autre carburant. Lors de sa combustion, il émet des particules de soufre hautement nocives pour la santé et contribue aux émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du réchauffement climatique.

« Un pas en avant »

Son rejet dans l’atmosphère est aussi en partie responsable d’un dépôt de suie sur les glaciers islandais. Le carbone noir qu’elle contient, exposé aux rayonnements solaires, absorbe plus de chaleur et accélère ainsi la fonte de la glace. En 2018, il représentait près d’un cinquième du combustible marin utilisé en Islande, selon un rapport de l’Agence islandaise de l’environnement.

Le gouvernement islandais emboîte le pas de manière plus draconienne à la convention internationale pour la prévention de la pollution marine par les navires (MARPOL), qui prévoit de ramener le taux de soufre à 0,5 % au 1er janvier, contre 3,5 % actuellement. Les navires peuvent toutefois continuer à préférer le fioul lourd, à condition de s’équiper d’épurateurs pour extraire le soufre des gaz d’échappement. Ces équipements, appelés « scrubbers », sont coûteux et certains navires rejettent en mer leurs eaux de lavage.

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Si l’Association islandaise pour la conservation de la nature salue « un pas en avant », elle demande l’interdiction pure et simple du fioul lourd.

Les secteurs de la pêche et du transport maritime cumulaient 17 % des émissions totales de CO2 en Islande en 2016, selon l’Institut national de la statistique, derrière le transport aérien (33 %) et l’industrie lourde (30 %). L’Organisation maritime internationale (OMI) a déjà imposé pareille interdiction en Antarctique depuis le 1er août 2011 et travaille à une mesure similaire en Arctique qui pourrait être adoptée en 2021.

Déconnexion sphère financière/réelle (Le Monde)

« Simple ralentissement économique » ? Non, « crise financière bien plus grave qu’un simple trou d’air conjoncturel »

L’économiste Sébastien Laye, dans une tribune au « Monde », décrit notre économie comme « bilancielle », c’est-à-dire que la richesse provient plus de la valeur financière des actifs que de la production effective, engendrant bulles et krachs.

Publié hier à 06h00 Temps de Lecture 3 min.

« La politique macroéconomique est de retour et elle devra faire preuve d’inventivité pour nous sortir du prochain ralentissement. »
« La politique macroéconomique est de retour et elle devra faire preuve d’inventivité pour nous sortir du prochain ralentissement. » JONATHAN MCHUGH / Ikon Images / Photononstop

Tribune. Alors que les nuages s’amoncellent sur la croissance mondiale, la question qui taraude les économistes les plus sérieux, et devrait en conséquence nous alerter, est celle de la nature de la prochaine séquence négative du cycle économique : simple ralentissement comme les lois d’airain de l’économie nous en promettent tous les cinq ou six ans après une phase d’expansion ? Ou bien répétition d’une crise financière comme celles du début des années 1990, du début des années 2000 et enfin en 2008, avec des conséquences économiques et sociales bien plus graves qu’un simple « trou d’air » temporaire ?

A la suite de Richard Koo, dans son ouvrage phare The Holy Grail of Macroeconomics (Wiley, 2008), nous pensons que la nature de nos économies a changé depuis trente ans : du fait du retrait des Etats et de la baisse de l’investissement public, et surtout de la financiarisation de nos économies et du crédit, ces dernières sont devenues des économies « bilancielles » : elles ne reposent pas tant sur les bénéfices des entreprises ou les salaires des ménages, que sur les patrimoines des divers acteurs économiques ; elles sont fondées sur la valeur d’actifs, tels que l’immobilier, le stock de liquidités (souvent empruntées), des titres obligataires.

L’exemple du Japon

Les bilans sont ainsi de plus en plus étendus par rapport à des revenus et à des rendements à faible croissance. Le pilier premier de la science économique, « les agents maximisent leurs profits », est mort. L’effet richesse est un effet papier : la hausse du cours d’une action ou d’une obligation détermine l’enrichissement d’un acteur économique. Il a supplanté la soif du profit en numéraire, sauf quand celui-ci provient de la revente d’actifs… souvent financiers !

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Cela signifie que la valeur des actifs est bien plus importante pour la stabilité systémique que les rendements tirés de ces actifs. Là ou un gérant de fonds pouvait acheter de simples bons du Trésor pour atteindre un objectif de rendement de 7 % à 8 % il y a encore vingt ans, il lui faut aujourd’hui acheter à tour de bras tout type d’actifs risqués.

Les récessions elles-mêmes, au lieu d’être de simples récessions conjoncturelles comme avant les années 1990, se transforment en « récession bilancielle » : les acteurs économiques, réalisant qu’ils ne sont plus solvables (quel que soit le niveau des taux d’intérêt, même zéro !), cherchent à dégonfler leur bilan et n’empruntent plus ensuite pendant quelques années.

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C’est ce qui s’est passé pendant vingt ans au Japon avant que les autorités ne comprennent que seule une forte reprise de la croissance permettrait de sortir de cette impasse. L’économiste Hyman Minsky fut le premier, dans les années 1980, à avoir étudié le rôle primordial de la finance dans les récessions. Son disciple David Levy, président du groupe de réflexion américain Jerome Levy Forecasting Center, montre dans une étude récente que ces bilans ont crû beaucoup plus rapidement que les revenus et les résultats au cours des vingt dernières années (« Bubble or Nothing », septembre 2019).

Une situation de bulle

Lors de la crise de 2008, les autorités ont eu si peur d’une déflation brutale de ces bilans (comme en 1929 où, après la crise, certaines sociétés n’ont plus fait appel à l’emprunt jusque dans les années 1960) qu’ils ont regonflé la bulle de crédit en injectant des milliards de dollars dans l’économie pour éviter que pris de panique, les acteurs économiques ne vendent en masse leurs actifs. Nous sommes aujourd’hui dans la même situation de bulle.

Ce n’est donc pas uniquement le niveau d’activité économique qui régit l’actuel ralentissement, mais bien la taille de la dette privée qui augmente à chaque pic de cycle, avec des taux de plus en plus bas afin de la soutenir et d’éviter son implosion.

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La prochaine récession, selon Koo et Levy, sera donc inéluctablement similaire à celles du début des années 1990 et 2000 ; elle ne ressemblera pas au simple trou d’air conjoncturel analysé par la science économique. Les Etats-Unis y paraissent d’ailleurs mieux préparés depuis la crise de 2008 ; en revanche, l’Europe et les marchés émergents pourraient fortement souffrir de cette prochaine récession bilancielle.

Face à cette menace, l’exemple japonais nous montre qu’une normalisation par la hausse des taux, alors même que la demande de crédit pour des investissements productifs demeure atone, n’est pas une possibilité. Face à des tailles de dette trop importantes relativement aux revenus, il faut actionner deux leviers : élever le niveau de croissance par le stimulus fiscal (baisse des impôts) et budgétaire, y compris des investissements publics, et par ailleurs permettre au secteur privé de se désendetter par un soutien de la demande par les Etats.

Dans tous les cas, Koo et Levy nous enseignent que la politique macroéconomique est de retour et qu’elle devra faire preuve d’inventivité pour nous sortir du prochain ralentissement.

La Banque de France teste une monnaie digitale (Le Monde)

« Monnaie centrale digitale » : la Banque de France va lancer une expérimentation en 2020

Cette initiative de la banque centrale française constituera une première dans la zone euro. Son but sera de développer à terme un « stablecoin » c’est-à-dire une monnaie virtuelle dont le cours est fixe et qui repose sur la technologie blockchain.

Le Monde avec AFP Publié hier à 17h02

 

La Banque de France s’apprête à lancer des expérimentations pour développer une « monnaie digitale de banque centrale » (MDBC) destinée aux transactions « de gros », c’est-à-dire aux montants très élevés, a annoncé son gouverneur François Villeroy de Galhau, mercredi 4 décembre.

Cette initiative de la banque centrale française constituera une première dans la zone euro. Son but sera de développer à terme un « stablecoin », c’est-à-dire une monnaie virtuelle dont le cours est fixe et qui repose sur la technologie blockchain. L’institution veut débuter des expérimentations « rapidement » et lancer un appel à projets d’ici la fin du premier trimestre 2020, a-t-il précisé lors d’une conférence à Paris.

Elle participera « à l’étude d’un éventuel “e-euro” » porté par l’Eurosystème, un sujet déjà évoqué lundi devant le Parlement européen par la nouvelle présidente de la banque centrale européenne, Christine Lagarde, a développé M. Villeroy de Galhau.

Une monnaie digitale de banque centrale au niveau européen permettrait de « disposer d’un puissant levier d’affirmation de notre souveraineté face aux initiatives privées du type Libra », a-t-il défendu. D’après la Banque de France, une monnaie virtuelle européenne permettrait de réaliser des « gains d’efficacité », de réduire des « coûts d’intermédiation » mais aussi de donner la possibilité « d’échanger ses avoirs contre de la monnaie légale ».

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Libra sur la défensive

En juin dernier, Facebook s’était attiré les foudres de nombreux gouvernements dans le monde en annonçant vouloir lancer en 2020 sa propre cryptomonnaie, adossée à un panier de devises. Depuis le géant des réseaux sociaux a dû revoir ses ambitions à la baisse face aux réticences des autorités et régulateurs, notamment américains, et les défections d’entreprises partenaires pour l’accompagner dans ce projet.

Outre Facebook, la banque américaine JPMorgan, la première au monde, a également annoncé en février le prochain lancement du JPM Coin, adossé au dollar et réservé aux investisseurs institutionnels.

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